Critique ciné : L’Ecume des jours

l'ecume des jours_romain duris_audrey tautou_omar sy_gad elmaleh_michel gondry_boris vian_affiche_poster

Inventeur rêveur n’ayant jamais eu à se soucier du moindre problème d’argent, Colin vit entouré de Nicolas, son avocat-cuisinier-maître à penser, et de Chick, un ami dévoré par sa passion pour l’auteur et philosophe Jean-Sol Partre. Mais lorsqu’il comprend qu’il est le seul à être encore célibataire, il se décide à trouver le grand amour. C’est alors qu’il fait la rencontre de Chloé : coup de foudre immédiat et mutuel. Et la belle histoire de commencer. En tout cas jusqu’à ce que le monde et la maladie viennent mettre leur grain dans cette mécanique trop bien huilée

«Le roman en témoigne, même les plus belles rencontres peuvent finir dans le drame»

Roman culte pour toute une génération de collégiens, L’Ecume des jours de l’insaisissable Boris Vian fut longtemps réputé inadaptable. Rien d’étonnant à cela lorsqu’on fait l’inventaire du caractère délirant de cette œuvre, un livre surréaliste dans ces proportions ne pouvant qu’aboutir à un film forcément barré, complètement affranchi des notions de réalisme et crédibilité. Il fallait donc bien évidemment un réalisateur capable de donner corps à cela et c’est là que le bidouilleur génial Michel Gondry apparaît comme l’homme de la providence, le candidat idéal pour retranscrire la poésie jazzy de Vian sur grand écran. On le sait pourtant, et d’ailleurs l’histoire du roman en témoigne, même les rencontres les plus merveilleuses sont susceptibles de ne pas tenir toutes leurs promesses pour finir au bout du compte dans le drame.

L’ancien clippeur de Bjork et Daft Punk était ainsi indubitablement parfait pour porter à l’écran l’univers du bouquin, de la même manière que ce dernier était un matériau de premier choix afin que le cinéaste puisse explorer les limites de son style. De cette réunion aussi logique qu’inespérée résulte une inventivité constante, où l’artiste use de tout l’arsenal – à l’exception de CGI trop évidents – offert par ce média qu’il aime à triturer pour plonger son film dans un visuel irréel et rétro. L’osmose entre les délires de Vian et ceux de Gondry est par le fait totale, absolue, et cette émulsion les amène à côtoyer le meilleur puisque le travail du réalisateur rappelle parfois celui de Terry Gilliam quand le discours se fait plus social (le meeting de Jean-Sol Partre ou l’atelier d’écriture n’auraient pas dépareillé dans Brazil). Le français pousse en fait à son paroxysme le principe de ses effets «swedés» car pour la première fois de sa carrière, le monde du film tourne autour d’eux, ils n’y sont pas des interruptions du réel mais bien des éléments constitutifs.

Cependant, et en toute logique, ces gimmicks finissent par en devenir trop présents. On peut même dire que l’hystérie ambiante verse très rapidement dans le fatigant (les premières minutes font extrêmement peur sur ce point) car il y a sans cesse des choses qui bougent à l’écran, des éléments curieux, en conséquence de quoi notre regard et notre concentration sont en permanence sollicités par des questions sur le «comment ?» de ces effets. Sans oublier le «pourquoi ?», le pire étant qu’ils détournent donc plus encore l’attention d’une intrigue déjà bien bordélique. Gondry avait pourtant démontré avec brio grâce à son Green Hornet qu’il peut très bien les intégrer dans une œuvre lui étant «étrangère» tout en s’assurant que ça fonctionne, ils y sont même par ce biais mis en valeurs et rendus mémorables. Malgré leur profusion et bien-fondé, rien ne peut ainsi prétendre ici à atteindre les hauteurs de scènes comme le split-screen évolutif ou l’explication en mille-feuilles de son comic-book movie américain.

Les efforts du réalisateur desservent donc un peu au final le film. Déjà que l’histoire originale a de quoi déconcerter dans ses tenants et aboutissants, cette tragédie basique ne valant surtout que pour ses effets de style et autres métaphores, le traitement qui lui est appliqué n’aide en rien à la faire tenir debout. Mais Gondry n’est pas le seul à incriminer. Sans être mauvais, les acteurs – et tout particulièrement le duo vedette – naviguent effectivement dans un registre qui sonne comme factice, les faisant ressembler à des toons. Ce qui a pour effet de créer une barrière empêchant de s’impliquer émotionnellement, le récit et les personnages sont vraiment trop déconnectés pour faire naître des sentiments sincères. Quand le drame arrive, il est alors trop tard pour qu’on soit pris par lui.

Michel Gondry est donc à l’évidence très impliqué dans son adaptation de L’Ecume des jours (il se donne même un rôle angulaire avec celui du docteur décelant la maladie de Chloé) mais curieusement, ce projet-ci partage des problèmes très similaires à ceux rencontrés sur La Science des rêves, l’un de ses films les plus personnels et qui n’arrivait pas plus à nous émouvoir avec son histoire d’amour. A croire qu’il fait mieux de garder une certaine distance avec son sujet, car son discours et son travail y gagnent alors en limpidité. Vivement donc qu’on le revoit aux commandes d’un blockbuster.

Critique ciné : L'Ecume des jours dans Cinema Cinema 02-150x10003-150x100 dans Cinema Cinema04-150x100

Une Réponse à “Critique ciné : L’Ecume des jours”

  1. Mattepainting Paris dit :

    Ca envoie le bois mais j’aurais envoyé le bleu.

    C’est une production superbe. D’une sobriété sans fin et une qualité de finition
    sans faute qui ne manqueront pas de plaire aux amateurs qui aiment les
    belle lignes!

    Youahh! Ca balance! La lumière est énorme. <3 <3 <3

Laisser un commentaire