Archive pour mai, 2013

Critique ciné : Epic – la bataille du royaume secret

29 mai, 2013

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Si l’on sait que nos forêts recèlent d’une vie trépidante, on n’imagine pas pour autant qu’y vivent de petits êtres civilisés, protecteurs de la vie végétale, en perpétuel combat contre des armées de créatures semant le pourrissement derrière eux. C’est ce que va découvrir Mary Kate, une adolescente venue s’installer suite au décès de sa mère chez un père hurluberlu, passionné seulement par ses recherches sur les habitants miniatures des bois, après qu’elle soit rapetissée par magie. Enjointe par l’impératrice agonisante de conduire à bon port un bouton de fleur sur lequel repose l’avenir de la forêt, elle part alors pour la plus grande aventure de sa vie

«Une œuvre rivalisant (presque) avec les films geekesques de Dreamworks»

Bien que leurs productions cartonnent et s’inscrivent tous les ans dans le peloton de tête du box office de l’animation, le studio Blue Sky n’a jamais jouit du même prestige que ses principaux concurrents, Pixar (en tout cas autrefois) ou Dreamworks (en tout cas pour l’instant). Un manque de reconnaissance que le fondateur et réalisateur Chris Wedge (L’Age de glace, Robots) veut désormais rattraper avec un Epic : la bataille du royaume secret dont le titre se pose comme une véritable profession de foi gentiment ironique. Leur premier «grand film», enfin, c’est à dire un métrage qui ne soit pas seulement une comédie visant avant tout un public de cours de récré. Le moment est-il alors venu de concrétiser l’envie de grandeur que nous avions décelée dans L’Age de glace 3 (Buck rules !), avant d’en perdre la trace ?

Première certitude, ce n’est pas avec son script qu’il va y parvenir puisqu’on n’y trouve rien de très novateur. On pourrait même dire que Wedge et son armada de scénaristes ne se sont pas trop foulés pour pondre leur intrigue. Qu’on le veuille ou non, son postulat de départ déjà peu original reste très proche de celui de Arthur et les Minimoys, auquel il finit par se poser comme le pendant américain. Mais surtout, guère plus inspiré que Besson, Epic ne propose rien d’autre qu’une histoire de fantasy ultra-balisée sur laquelle se greffent encore pléthore d’emprunts aux grands classiques, de Star Wars au Seigneur des anneaux en passant par Avatar. Toujours digne du mogul bien de chez nous et de sa plume légendaire, on ne s’embarrasse pas d’éviter le manichéisme outrancier et le message écolo – bien que toujours salutaire – souffre d’un traitement le galvaudant. Reste que le portrait de la cellule familiale endeuillée, non exempt des poncifs d’usage, rattrape un chouïa le coup grâce à certains éléments cassant cette ronronnante routine scénaristique. Mary Katherine, l’héroïne miniaturisée, s’avère ainsi loin d’être l’adolescente rebelle casse-bonbons qu’on pouvait craindre, et il est intéressant de noter la présence d’un chien à trois pattes qui n’a rien de la classique mignonne petite bête mais n’en est pas moins très attachant.

Car cette contradiction on la retrouve en fait au sein même du film, celui-ci parvenant, en dépit de ses défauts, à nous embarquer dans son aventure. Peu méritant quant au scénario, Wedge s’affirme donc en revanche autrement plus capable lorsqu’il s’agit de fluidifier sa narration, le rythme sans temps mort du métrage ne nous laissant d’autre choix que d’être happé – à l’image du personnage principal – dans ce nouveau monde. Ponctué de nombreuses scènes d’action fonctionnant à merveilles avec le support de la musique de Danny Elfman (ça aide toujours) et délivrant un humour régulièrement ravageur de par son dosage adéquat en sidekicks, le métrage profite aussi d’une véritable sensation de souffle épique principalement grâce à la réflexion du réalisateur sur l’utilisation des différences d’échelles. Celle-ci s’exprime au travers de la mise en scène, par le biais d’un gros travail sur l’immersion dans une nature merveilleuse et omniprésente, et également dans la constitution de l’univers, la définition de ses règles. Plus que du art design, il s’agit en effet de le rendre crédible en jouant par exemple avec les lois de la physique, qui s’appliquent bien sûr différemment à une taille si réduite. Tout est bon en fait pour contribuer à nous donner l’impression que n’importe quelle parcelle de forêt peut réellement cacher un tout autre monde, nous faire croire à la magie de la péloche. Et il faut reconnaître qu’ils s’y prennent plutôt bien, à en juger comme nous sommes emportés par elle.

En définitive, en ne faisant pas plus que ça du pied aux enfants, les créateurs de Epic : la bataille du royaume secret réussissent à livrer une œuvre pouvant rivaliser avec les péloches geekesques de Dreamworks, dont ils se rapprochent drôlement, les lacunes du scénario n’empêchant en rien de prendre plaisir à l’aventure. Qui plus est, le réalisateur Chris Wedge étonne en insufflant une dimension nouvelle dans son travail, qu’on n’imaginait pas pouvoir être aussi enlevé. Comme le disait alors le trailer de The Hobbit, «les plus grandes aventures peuvent avoir les plus petits débuts» (ou quelque chose d’approchant), et nous attendons désormais de voir si Blue Sky Studios saura persévérer dans cette voie encourageante.

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Critique ciné : Gatsby le magnifique

24 mai, 2013

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Au début des années 20, les beaux-quartiers de New York sont secoués par une fièvre abreuvée d’alcool et d’argent. Jeune provincial de bonne famille désirant percer dans le monde de la finance, Nick Carraway trouve à se loger à côté de l’immense demeure de Jay Gatsby, richissime jet-setter dont les fêtes rameutent toute la ville mais que personne ne connaît vraiment. Nick va néanmoins avoir l’occasion de faire sa connaissance et découvrir ce fascinant personnage, car celui-ci a un service à lui demander

«Le Luhrmann ayant le plus de choses à dire mais l’un des moins prenants»

Ayant clôt en un feu d’artifice festif et étourdissant sa trilogie du rideau rouge, Baz Luhrmann voulut ensuite livrer le Autant en emporte le vent des antipodes avec Australia, soit un grand film d’aventure épique et passionné selon la tradition hollywoodienne qui lui permettait de passer à autre chose. On imagine alors sa frustration devant sa réception plutôt frileuse aussi bien auprès du public que de la presse, sans oublier que lui reste en travers de la gorge des compromis avec le studio quant à la fin du film. Si son retour avec une nouvelle adaptation du célèbre roman de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, peut donc laisser croire qu’il revient à un cinéma plus proche de son triptyque séminal, celui-ci amorce pourtant ce qui pourrait être un tournant décisif dans sa carrière.

Ceci étant dit, la première bobine ne peut renier son appartenance au cinéma de Luhrmann, dès le début nous avons même l’impression très forte d’être en face d’un nouveau Moulin Rouge. Avec leurs mêmes jeunes idéalistes servant de narrateurs et arrivant dans une grande ville qui va les déniaiser, leurs postulats de départ sont déjà très similaires. Mais en plus nous retrouvons la même mise en scène furieuse, où les fêtes survoltées et sulfureuses s’enchaînent sur les mash-up caractéristiques du cinéaste, l’australien allant jusqu’à réutiliser des éléments visuels gardant le même sens d’une œuvre à l’autre : on ne manquera ainsi pas de noter que le phare vert et la fée verte (l’absinthe) représentent tous deux l’attirance vers un idéal ne pouvant conduire qu’à la perdition. Aucun doute à avoir donc, Gatsby le magnifique est tout à fait dans le style de Luhrmann, lequel précise au passage un peu plus les contours de son travail en tant qu’auteur.

Tout ça va néanmoins s’étioler au fur et à mesure que le personnage principal perd en espoir car en parallèle, la narration perd en énergie. Une direction imposée bien sûr par le livre mais on sent également chez Baz qu’il est plus cynique qu’auparavant, moins positif dans son travail. Faut-il y voir la conséquence de son expérience sur Australia ? Il a toujours le même goût pour la tragédie romantique sauf qu’ici la tonalité s’avère largement plus dépressive, parce qu’il ne fait plus preuve de la même tendresse envers ses personnages, ou plus exactement les féminins. Aucune n’est en effet mise en valeur et encore moins la principale, interprétée par Carey Mulligan, absolument pas idéalisée ni magnifiée comme avaient pu l’être Claire Danes ou Nicole Kidman (dans Moulin Rouge en tout cas). Soit tout le contraire des rôles masculins, Leonardo DiCaprio faisant spécialement preuve ici plus que jamais de la classe des grands acteurs classiques, une tradition dont il est décidément le digne représentant. Le narrateur (excellent Tobey Maguire) n’a d’ailleurs aucune histoire d’amour car à l’image du réalisateur, il paraît plus amoureux de Gatsby qu’intéressé par son histoire avec la faux-jeton Daisy Buchanan.

En conséquence de quoi la romance – et par extension le film – passionne dans une mesure bien moindre à celle de ses précédents travaux, et le rythme finit par s’enliser un peu à la manière de ce qui se produisait dans Australia (en bien moins flagrant toutefois dans le cas présent). Le métrage rappelle ainsi fortement ce que nous avons vu il y a peu de temps avec L’Ecume des jours de Michel Gondry, autre adaptation d’un roman qui torpillait son histoire d’amour pour mieux exprimer le spleen d’une époque, le malaise face à des nantis dont les errements nombrilistes poussent la société dans le chaos. En cela, Gatsby le magnifique est alors peut-être le Luhrmann ayant le plus de choses à dire mais aussi l’un des moins prenants, étrangement. Sans aller jusqu’à la débâcle du précédent, il laisse en tout cas à penser que Baz doit retrouver un peu de sa ferveur perdue en son métier.

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Critique ciné : Iron Man 3

12 mai, 2013

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Depuis qu’il a sauvé la Terre avec les autres Avengers, Tony Stark ne trouve plus le sommeil et est pris de violentes crises de panique, angoissé à l’idée de perdre la femme qu’il aime face à des menaces inconnues. C’est alors qu’un impitoyable terroriste international, le Mandarin, fait son apparition et provoque plusieurs attentats dans des conditions mystérieuses, impliquant qu’il a accès à une technologie de pointe. D’abord intrigué, Stark en fait une affaire personnelle lorsque son chauffeur et ami devient l’une des victimes du super-méchant. Mais même dans l’armure de Iron Man il n’est pas invincible, et le héros va se retrouver mis plus bas que terre

«Le film redore malgré tout le blason du personnage»

La saga Iron Man a cela de particulier dans l’univers Marvel – version cinéma – que c’est par elle que la firme a lancé ses grandes manœuvres, dont la première phase s’est achevée il y a presque un an avec la sortie de Avengers. Un départ en fanfare qui avait pris beaucoup de monde au dépourvu, tout comme sa suite même si ce n’était pas pour les mêmes raisons. Extrêmement décevante, celle-ci ne savait pas en fait exploiter le potentiel de spectacle mis en place par l’opus précédent, elle se préoccupait plus des interrogations de ses personnages que du désir des spectateurs. Pour Iron Man 3, le changement de réalisateur laissait donc espérer un changement de cap, un redressement de la barre. Surtout avec le badass Shane Black pour remplacer Jon Favreau.

Le vent de la nouveauté est pourtant loin d’être évident, ce troisième volet continuant de rester très centré sur les protagonistes et particulièrement son Tony Stark de héros, ici terrassé par le doute et les angoisses après les événements du crossover de l’année dernière. Nous n’avons ainsi toujours pas droit au blockbuster furieux que nous attendons depuis que nous avons vu l’armure en action, cependant une différence se fait au niveau de l’écriture. Incomparablement plus vivante, celle de Shane Black – scénariste réputé pour les Arme fatale ou Last Action Hero – aide à mieux faire passer la pilule. En bon spécialiste qu’il est des dialogues plus fins qu’ils n’y paraissent et bourrés d’humour, il fait déferler une avalanche de réparties cinglantes qui n’épargnent pas même les enfants, fait rare dans une grosse production chapeautée par un studio comme Disney (rappelons qu’ils sont les nouveaux propriétaires de la Boîte aux idées).

Peut-être d’ailleurs qu’il y a justement un peu trop de comédie. Outre un Robert Downey Jr en roue libre (ce à quoi nous commençons à être habitués), le cinéaste n’hésite pas en effet à tourner en ridicule un héros déjà bien diminué par sa dépression et, trahison des trahisons, il va jusqu’à démystifier l’armure dans un même mouvement. Shane Black fait du Shane Black et comme à sa grande époque de scénariste, le bonhomme s’attache à montrer l’être humain caché derrière l’image du super-héros américain traditionnel, un courant apparu en même temps que lui dans le ciné US des années 80 et dont Iron Man 3 découle indéniablement. Nombreuses sont ainsi les séquences fonctionnant selon la mécanique du buddy-movie, Stark changeant plusieurs fois de partenaire au gré des aléas du script, et le super-héros se retrouve dans des scènes d’action old-school rappelant par moment Commando (l’attaque de la villa) ou Die Hard 3 (les premières minutes du climax). Moins d’armure, plus de flingues, voilà qui ne ressemble en rien aux autres productions de la galaxie Marvel, lesquelles tendent de plus en plus vers la science-fiction épique.

Merci aux artistes de Digital Domain et Weta Digital qui remplacent ILM au pied levé sur cet opus, le film n’est pas perdu pour autant lors des passages gorgés d’effets spéciaux puisque le final ou la scène du sauvetage aérien constituent des moments de spectacle ne déméritant pas, d’autant que le milliardaire en armure est enfin mis face à des ennemis de poids. C’est toutefois vraiment grâce à son scénario que Shane Black gagne des points et démontre le bien-fondé de sa nomination sur un blockbuster de ce type, que ce soit dans l’intelligence de son traitement des thèmes de l’armement et de la surprotection ou sa petite charge sympathique contre la manipulation de la peur par le pouvoir dirigeant. Absent des plateaux depuis un bout de temps (son dernier travail officiel date de 2005 avec Kiss Kiss Bang Bang), l’artiste n’avait pas eu l’occasion d’évoquer l’Amérique post-11 septembre et étonnamment, il profite de ce film-ci pour le faire. Encore une manière de faire ressortir ce métrage des autres représentants du genre, même au sein de sa propre écurie.

Avec Iron Man 3, Shane Black a donc vraiment fait un film de super-héros à sa sauce et si ce n’est pas tout à fait ce qu’on attendait d’une nouvelle aventure de Tony Stark, plus encore après la pantalonnade du deuxième opus, il redore malgré tout le blason du personnage en solo. Et il s’est rappelé à la mémoire des grands studios qui, on l’espère, ne tarderont pas à remettre son talent à l’épreuve.

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Critique ciné : L’Ecume des jours

8 mai, 2013

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Inventeur rêveur n’ayant jamais eu à se soucier du moindre problème d’argent, Colin vit entouré de Nicolas, son avocat-cuisinier-maître à penser, et de Chick, un ami dévoré par sa passion pour l’auteur et philosophe Jean-Sol Partre. Mais lorsqu’il comprend qu’il est le seul à être encore célibataire, il se décide à trouver le grand amour. C’est alors qu’il fait la rencontre de Chloé : coup de foudre immédiat et mutuel. Et la belle histoire de commencer. En tout cas jusqu’à ce que le monde et la maladie viennent mettre leur grain dans cette mécanique trop bien huilée

«Le roman en témoigne, même les plus belles rencontres peuvent finir dans le drame»

Roman culte pour toute une génération de collégiens, L’Ecume des jours de l’insaisissable Boris Vian fut longtemps réputé inadaptable. Rien d’étonnant à cela lorsqu’on fait l’inventaire du caractère délirant de cette œuvre, un livre surréaliste dans ces proportions ne pouvant qu’aboutir à un film forcément barré, complètement affranchi des notions de réalisme et crédibilité. Il fallait donc bien évidemment un réalisateur capable de donner corps à cela et c’est là que le bidouilleur génial Michel Gondry apparaît comme l’homme de la providence, le candidat idéal pour retranscrire la poésie jazzy de Vian sur grand écran. On le sait pourtant, et d’ailleurs l’histoire du roman en témoigne, même les rencontres les plus merveilleuses sont susceptibles de ne pas tenir toutes leurs promesses pour finir au bout du compte dans le drame.

L’ancien clippeur de Bjork et Daft Punk était ainsi indubitablement parfait pour porter à l’écran l’univers du bouquin, de la même manière que ce dernier était un matériau de premier choix afin que le cinéaste puisse explorer les limites de son style. De cette réunion aussi logique qu’inespérée résulte une inventivité constante, où l’artiste use de tout l’arsenal – à l’exception de CGI trop évidents – offert par ce média qu’il aime à triturer pour plonger son film dans un visuel irréel et rétro. L’osmose entre les délires de Vian et ceux de Gondry est par le fait totale, absolue, et cette émulsion les amène à côtoyer le meilleur puisque le travail du réalisateur rappelle parfois celui de Terry Gilliam quand le discours se fait plus social (le meeting de Jean-Sol Partre ou l’atelier d’écriture n’auraient pas dépareillé dans Brazil). Le français pousse en fait à son paroxysme le principe de ses effets «swedés» car pour la première fois de sa carrière, le monde du film tourne autour d’eux, ils n’y sont pas des interruptions du réel mais bien des éléments constitutifs.

Cependant, et en toute logique, ces gimmicks finissent par en devenir trop présents. On peut même dire que l’hystérie ambiante verse très rapidement dans le fatigant (les premières minutes font extrêmement peur sur ce point) car il y a sans cesse des choses qui bougent à l’écran, des éléments curieux, en conséquence de quoi notre regard et notre concentration sont en permanence sollicités par des questions sur le «comment ?» de ces effets. Sans oublier le «pourquoi ?», le pire étant qu’ils détournent donc plus encore l’attention d’une intrigue déjà bien bordélique. Gondry avait pourtant démontré avec brio grâce à son Green Hornet qu’il peut très bien les intégrer dans une œuvre lui étant «étrangère» tout en s’assurant que ça fonctionne, ils y sont même par ce biais mis en valeurs et rendus mémorables. Malgré leur profusion et bien-fondé, rien ne peut ainsi prétendre ici à atteindre les hauteurs de scènes comme le split-screen évolutif ou l’explication en mille-feuilles de son comic-book movie américain.

Les efforts du réalisateur desservent donc un peu au final le film. Déjà que l’histoire originale a de quoi déconcerter dans ses tenants et aboutissants, cette tragédie basique ne valant surtout que pour ses effets de style et autres métaphores, le traitement qui lui est appliqué n’aide en rien à la faire tenir debout. Mais Gondry n’est pas le seul à incriminer. Sans être mauvais, les acteurs – et tout particulièrement le duo vedette – naviguent effectivement dans un registre qui sonne comme factice, les faisant ressembler à des toons. Ce qui a pour effet de créer une barrière empêchant de s’impliquer émotionnellement, le récit et les personnages sont vraiment trop déconnectés pour faire naître des sentiments sincères. Quand le drame arrive, il est alors trop tard pour qu’on soit pris par lui.

Michel Gondry est donc à l’évidence très impliqué dans son adaptation de L’Ecume des jours (il se donne même un rôle angulaire avec celui du docteur décelant la maladie de Chloé) mais curieusement, ce projet-ci partage des problèmes très similaires à ceux rencontrés sur La Science des rêves, l’un de ses films les plus personnels et qui n’arrivait pas plus à nous émouvoir avec son histoire d’amour. A croire qu’il fait mieux de garder une certaine distance avec son sujet, car son discours et son travail y gagnent alors en limpidité. Vivement donc qu’on le revoit aux commandes d’un blockbuster.

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