Critique ciné : Oblivion

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Il y a de cela plusieurs années, une race extraterrestre belliqueuse a envahi la Terre. La réponse de l’humanité fut alors sans appel et grâce à la puissance nucléaire, la menace fut réduite à néant. Au prix toutefois du monde, la surface de la planète étant devenu invivable. Les survivants se sont ainsi réfugiés dans une station spatiale et ne doivent leur salut qu’à certains restés derrière, pour assurer l’entretien des stations d’énergie. Jack Harper est de ceux-là et s’il a subi comme les autres l’effacement obligatoire de la mémoire, le souvenir de la Terre continue de le hanter. Mais lorsque des caissons cryogéniques tombent un jour du ciel avec des humains à l’intérieur, il va découvrir une vérité qu’il n’aurait jamais imaginée

«Certains collaborateurs, même les plus éloignés, peuvent également saper le travail»

Sorti de nulle part comme son confrère Rupert Wyatt (La Planète des singes : les origines) pour se retrouver aux commandes d’un blockbuster remettant au goût du jour une licence culte, Joseph Kosinski avait surpris pas mal de monde grâce à son Tron : l’héritage, péloche SF et geek faisant preuve d’un sens certain du spectacle. C’est donc avec impatience que nous attendions son second effort, pour juger de ce que vaut vraiment le bonhomme. Savoir s’il s’agissait d’un coup de bol. Et le voici en la personne de Oblivion, tiré d’une obscure bande dessinée que le réalisateur avait lui-même créé il y a de cela quelques années sous la bannière Radical Comics. Il s’en retrouve par conséquent doublement responsable des forces et faiblesses du film, parce qu’il doit assumer la confiance qu’il met dans son histoire au point de l’exhumer ainsi, mais il ne faut pas oublier que certains de ses collaborateurs – même les plus éloignés – peuvent également saper le travail.

La réussite de son trip cybernétique n’était alors pas due au hasard car Kosinski confirme ici qu’il est loin d’être un manche avec une caméra. Que ce soit dans l’imagerie post-apocalyptique ou celle d’architectures épurées (la maison céleste rappelle beaucoup le penthouse de Kevin Flynn), il livre en effet des visions d’une beauté cristalline et en même temps pas exemptes d’une fibre anxiogène. La scène du bain de minuit durant la tempête est spécialement éloquente sur ce point, et le reste de la bande témoigne de sa capacité à magnifier la désolation tout comme à rendre honneur aux merveilles de la nature, épaulé par la très belle lumière du chevelu récemment oscarisé Claudio Miranda (L’Odyssée de Pi). Son approche de la technologie s’avère de plus aussi intelligente que dans la suite de Tron, avec d’une part des véhicules très cool et cinégéniques (mention spéciale à l’insectoïde Techoptère) et d’autre part des drones particulièrement bien personnifiés, lesquels deviennent de vrais cerbères aux accents mythologiques et des personnages à part entière. Mais surtout, Kosinski convainc par la façon qu’il a d’insuffler une réelle grandeur dans sa réalisation, un indéniable caractère épique que ce soit dans le contemplatif – la bande originale (composée en partie par le groupe français M83) rappelant celle de Daft Punk fait souvent des merveilles – ou dans l’action, au travers d’envolées de fureur toujours parfaitement lisibles et que l’on pourrait assimiler à du Star Wars auteurisant. Comme il le faisait sentir avec son précédent travail, le jeune réalisateur est donc décidément très à l’aise dans la science-fiction.

C’est pourtant bien de ce côté-là que le bât va malheureusement blesser quelque peu, vis à vis de ce qu’il fait du genre et de son récit. Passons sur la petite gêne de voir Tom Cruise – chantre de la scientologie comme chacun sait – devenir un martyr dans un récit faisant l’apologie du sacrifice pour se concentrer sur les problèmes qui comptent réellement, à savoir donc les lacunes du scénario. Sans trop en dire de peur de déflorer le seul twist inattendu du métrage, certains concepts de science-fiction sont ainsi utilisés de bien curieuse manière, à l’encontre d’une tradition au raisonnement pourtant implacable. Mais plus encore c’est dans les maladresses d’une histoire ne sachant pas cacher ses retournements de situation (l’argument de la mémoire effacée est tout de même fortement soupçonnable, tout comme l’utilisation de la numérotation) que ça coince, Oblivion se voulant comme un film à tiroirs nous conduisant de surprise en surprise. Raté. D’autant que la campagne de promotion s’était déjà bien chargée de déflorer le mystère, lourdement même (rappelez-vous l’utilisation par deux fois du même plan de Morgan Freeman). Pour peu qu’on se souvienne un chouïa des trailers, on comprend ainsi au bout de cinq, dix minutes les tenants et aboutissants de l’intrigue, la faute à un monologue trop explicatif permettant d’agencer avec certitude les pièces du puzzle. Et si la première partie du métrage en reste malgré tout belle à pleurer, elle perd cruellement en intérêt, le spectateur attendant l’irruption des nœuds narratifs pour que ça se débloque et (peut-être) être enfin un peu surpris.

Si Oblivion lui permet donc de ne laisser planer aucun doute sur ses talents de réalisateur, Joseph Kosinski s’y avère en revanche bien moins concluant au poste de scénariste, son intrigue ayant un potentiel de suspense qu’il ne parvient pas à exploiter correctement. Il faut dire aussi qu’il n’est pas aidé par une communication d’un déplorable comme on ne l’a pas vu depuis longtemps, gâchant les cartouches du film dans le seul but de racoler. Soit, il faut vendre des tickets, mais ne vaut-il pas mieux laisser les qualités de l’oeuvre s’en charger plutôt que de les atténuer à trop en dire, trop en montrer ? On connaît la réponse, et on espère que Kosinski s’en rappellera lui-aussi pour son prochain effort qu’il nous tarde déjà de découvrir.

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