Critique ciné : G.I. Joe – Conspiration

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Infiltrée dans les plus hautes sphères du gouvernement américain, l’organisation secrète et diabolique Cobra s’apprête à prendre le contrôle du monde mais doit pour cela se débarrasser auparavant de son pire ennemi, les G.I. Joe’s. Suite à une mission, la faction d’élite tombe ainsi dans un piège et se fait annihiler à l’exception de quelques chanceux, qui ressortent de là avec une furieuse envie de se venger. Et de sauver le monde, au passage. Heureusement, ils pourront compter sur le coup de main d’une légende pour y parvenir

« Le seul exploit du film est d’être encore plus mal fichu que le premier»

Galvanisée par le succès de ses pétaradants Transformers, la société de jouets Hasbro a bien évidemment voulu adapter d’autres de ses licences guerrières sans toutefois parvenir au même succès. En tout cas financier car pour ce qui est de la qualité ils font preuve d’une belle constance dans le médiocre, voire pire. Battleship a ainsi coulé à pic au box office (touché !) et quant à G.I. Joe : le réveil du Cobra, il ne fut sauvé que par ses ventes en vidéo. De quoi accorder le feu vert à ce G.I. Joe : Conspiration annoncé par le final du film de Stephen Sommers. Une suite voulant se donner des airs de blockbuster de rang A avec son casting de stars lorsque le premier jouait au contraire la carte de visages peu connus, de seconds couteaux. Qu’on ne s’y trompe pas toutefois, le seul exploit accompli par ce nouveau volet est d’être encore plus mal fichu que son prédécesseur, ce qui n’est pas peu dire.

En premier lieu, et même si on ne va absolument pas voir ce genre de péloche pour cela, il faut noter la catastrophe scénaristique d’anthologie à laquelle nous sommes confrontés. Pris dans son ensemble, le script donne l’impression qu’il a été rédigé par des gamins dopés au glucose et non par le duo responsable du marrant Bienvenue à Zombieland, avec une intrigue aussi linéaire que bateau et chiante. En fait elle rappelle plus un épisode de la série animée G.I. Joe qu’autre chose, surtout avec son grand méchant qui fait de la figuration avant de s’enfuir inopinément dès que ça chauffe, pour mieux revenir la semaine suivante. Une débâcle que renforcent encore des dialogues sans queue ni tête nous laissant comme face à un montage de bande-annonce de plus d’une heure et demi, ou bien des personnages apparaissant on ne sait d’où si ce n’est du besoin de satisfaire le fan-service (voir à ce titre le retournement de veste particulièrement stupide d’un des méchants). A ce niveau ce n’est même plus servir la soupe, c’est chier directement dans l’assiette.

Mais c’est lorsqu’on y regarde de plus près que ça fait le plus mal, avec quantité d’éléments charriant une philosophie pour le moins gerbante. Le personnage de Bruce Willis, le fondateur des Joe’s et l’un des arguments les plus aguicheurs de cette suite, est ainsi un modèle de gros con réactionnaire avec des armes planquées partout chez lui et la date de l’indépendance américaine comme code de coffre-fort. Déjà que la franchise glorifiait le patriotisme, maintenant elle glorifie aussi ceux qui le font. Et que serait le nationalisme bourrin sans un peu de sexisme bas du front ? Les rôles féminins n’ont donc franchement rien de glorieux puisque les femmes sont réduites à de simples faire-valoirs sexy. Et cela même par leurs collègues, les missions de Lady Jaye consistant par deux fois à user de ses charmes pour détourner l’intention… Go macho, go ! Ceci dit, le beau-sexe n’a pas trop de quoi se plaindre car tout le monde est logé à la même déplorable enseigne, tous souffrant d’une absence complète de charisme jusqu’à Dwayne Johnson, alors que celui-ci s’était fait une spécialité de briller même dans les pires merdes. Seul Channing Tatum bénéficie en fait d’un effort pour être rendu un minimum sympathique, et c’est uniquement parce qu’il va être sacrifié dès la première bobine.

L’action peut-elle alors rattraper le coup ? Après tout, le premier film de la franchise partageait des défauts presque aussi graves tout en parvenant à s’articuler autour de séquences fortes, complètement nawakesques mais véritablement impressionnantes. On n’en trouvera que deux ici – entraperçues dans les différents trailers (le combat sur la falaise et l’explosion de Londres) – et autant le dire tout de suite, elles sont aussi foirées que les autres scènes d’action du métrage. En tout et pour tout, ça se résume à un déferlement idiot d’explosions shootées par une caméra épileptique. Le réalisateur John M. Chu est peut-être très fort pour filmer danseurs (Sexy Dance 2 et 3) et chanteurs (Justin Bieber : Never Say Never) mais c’est tout autre chose que de dompter un actioner, et il se vautre ainsi dans les grandes largeurs puisqu’on ne trouvera rien ou presque à sauver de son travail. Cela rappelle ce qu’on a vu il y a peu de temps avec Tommy Wirkola sur Hansel & Gretel : Witch Hunters (autre production dans laquelle MGM a mis son nez), où l’acte de réalisation semble se limiter à la simple élaboration de gadgets et de détails cool.

Ce qui s’avère évidemment insuffisant, et G.I. Joe : Conspiration souffre donc de sa conception au rabais, sans la moindre ambition cinématographique, que tente de camoufler un sens de l’esbroufe bien digne de publicistes pour jouets. De loin, la boîte est jolie ; mais à peine l’a-t-on ouvert que ça nous reste entre les mains, comme la bonne grosse camelote que c’est.

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