Critique ciné : Jack le chasseur de géants

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D’un côté, Jack est né pauvre et a été élevé par son oncle fermier suite au décès de ses parents. De l’autre, Isabelle est une princesse n’ayant jamais manqué de rien de sa vie. Tout séparait ces jeunes gens si ce n’est leur croyance indéfectible dans les légendes d’autrefois, racontant comment des haricots magiques permirent aux géants de descendre de leur citadelle céleste et comment un roi glorieux les y renvoya. Mais à peine se rencontrent-ils et tombent amoureux que la légende se reproduit, jetant une nouvelle ombre gargantuesque sur le royaume

«Singer a sauté sur l’opportunité de réinvestir ce qui a nourri son imaginaire»

Magie et contes de fées sont décidément très en vogue en ce moment dans les salles et de la même manière que pouvait nous surprendre le recrutement de Sam Raimi par Disney pour Le Monde fantastique d’Oz, l’arrivée du cartésien Bryan Singer sur Jack le chasseur de géants – blockbuster à mille lieues de ses précédents travaux – avait de quoi laisser dubitatif. Faut-il y voir une manière pour lui de se refaire une virginité auprès des studios après le semi-échec de son Walkyrie ? Peut-être bien, mais en partie seulement alors. Car comme ce qui s’était passé avec le réalisateur des Evil Dead, celui de Usual Suspects a en fait sauté sur l’opportunité qu’on lui offrait de réinvestir ce qui a nourri son imaginaire et cela se ressent fortement au visionnage.

C’est donc une vraie surprise que de le voir sur ce type de projet, son cinéma n’ayant jamais versé dans la fantaisie. Même lorsqu’il portait à l’écran X-Men, péloche maousse s’il en est, il le faisait en effet sans céder au fan-service (rappelez-vous la levée de boucliers des lecteurs devant les premières images) ni sans se dépareiller de son goût pour le réalisme. Une approche osée qui a finalement fait école, tout particulièrement chez le concurrent DC Comics pour qui il a commis Superman Returns, et que Singer abandonne ici complètement pour la première fois. Exception faite de l’épilogue, son film prend ainsi place dans un univers foncièrement féerique (voir la direction artistique aux nombreuses influences) avec une candeur et un émerveillement rappelant les films d’aventure que produisait Hollywood dans les années 40 jusqu’à la fin des 70′s. Du Voleur de Bagdad aux œuvres de Ray Harryhausen, avant la mode du space-opera et l’avènement du numérique. Sans le moindre second degré ou post-modernisme, il mêle les histoires du Brave petit tailleur et de Jack et le haricot magique en y adjoignant des touches de chevalerie arthurienne, une pureté des sentiments vieille école. On se rappelle effectivement qu’il a bossé sur un remake de Excalibur avant que ça ne tombe à l’eau et il a passé sa frustration dans Jack le chasseur de géants, lui prodiguant d’une certaine manière le lustre des grands récits classiques du Moyen-Age. Parce qu’il voulait mettre en images un conte, un vrai (sans valeur moralisatrice prédominante toutefois), avec la production-value d’aujourd’hui mais le feeling d’hier.

Le truc, c’est que Singer n’a pas du tout une vision rose bonbon du conte de fées, il le conçoit davantage dans la veine des modèles cités plus haut que dans celle popularisée par Disney et consorts. Or c’est précisément ce que ses confrères producteurs devaient attendre de lui, histoire de marcher dans les très rentables traces du Alice au pays des merveilles de Burton. Une exigence qu’il est difficile de refuser lorsqu’on est à la tête d’un budget de 200 millions de dollars, et le réalisateur s’y plie bon gré, mal gré, faisant naître chez le métrage une curieuse petite schizophrénie. Aux aspirations les plus hautes répondent ainsi les blagues les plus basses à grand renfort de pets de géants et de vannes foireuses, pour beaucoup du fait des méchants qui n’y gagnent pas en crédibilité. De même, on sent l’envie du cinéaste de livrer un spectacle épique plus proche du Seigneur des anneaux que du tout-venant de la fantasy pour kids (la très impressionnante charge des géants parle pour elle) et ne s’épargnant pas une cruauté propre aux contes d’autrefois, où les géants ne font pas dans la dentelle et s’imposent comme de véritables ogres. Sauf qu’on ne lui laisse rien développer ou montrer de tout cela, toute la violence est hors-champ afin bien sûr de ne pas choquer les plus jeunes membres du public.

La vision de Bryan Singer perd par le fait en âpreté et rigueur mais fort heureusement, cela n’entame pas le capital merveilleux de son film ni sa capacité à divertir. L’échec cinglant de Jack le chasseur de géants au box office US l’a alors contraint à revenir à la franchise X-Men pour un nouvel épisode, X-Men : Days of Future Past (la voilà sa vraie tentative de rachat auprès des studios) ; mais qu’importe, car cette récréation aura permis de découvrir une nouvelle facette chez un artiste qu’on imaginait incapable de se lâcher, limite psychorigide. On se trompait. Et on se demande bien comment cette expérience influera sur ses retrouvailles avec les mutants de Marvel.

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