Critique ciné : Warm Bodies

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Cela fait plusieurs années que la surface de la planète a été ravagée par l’apparition d’un virus inconnu, transformant la population en morts-vivants. L’un d’entre eux, R, erre inlassablement dans un aéroport avec ses consorts mais contrairement à eux, un flot incessant de questions et réflexions lui passent par la tête. Jusqu’au jour où lors d’un raid en ville pour se nourrir, il tombe face à face avec Julie, une jeune survivante qu’il va sauver d’un destin funeste. Dès lors, R n’aura plus que l’amour en tête. Et cela va avoir des conséquences inattendues pour les morts comme les vivants

«La romzomcom s’est trouvée un nouveau champion»

Twilight étant (enfin) parvenu à sa conclusion, la place sur le marché de la romance fantastique est désormais libre pour ses envieux successeurs. Il y a quelques semaines sortait donc en salles Sublimes créatures et voici maintenant Warm Bodies, qui fleure au premier abord l’adaptation de la saga de Stephenie Meyer à la sauce zombie. Plus encore avec la présence au générique de Teresa Palmer, le clone blond de Kristen Stewart. Ce serait toutefois une grossière erreur de s’arrêter à cette impression car si la présence derrière la caméra de Jonathan Levine – responsable du troublant slasher All the Boys Love Mandy Lane – ne suffit pas à vous mettre la puce à l’oreille, sachez que ce film représente tout ce que l’amourette compliquée de Bella et Edward ne pourra jamais que rêver d’être.

Comme il l’a démontré avec ses précédents travaux, Levine est ainsi un réalisateur foutrement capable, au travail d’une précision chirurgicale mais sans jamais être froid ou austère. Au contraire, il s’en dégage une chaleur perçant même dans l’horreur et qui tient à son attachement aux sentiments de personnages toujours dépeints avec soin, la manière qu’il a de les représenter et de les transmettre au spectateur. Indéniablement, il était l’homme de la situation pour mettre en images cette histoire centrée sur l’éveil des émotions. Que ce soit par le biais d’une direction d’acteurs impeccable (Nicholas Hoult va faire parler de lui ce mois-ci entre Warm Bodies et Jack le chasseur de géants) ou bien l’utilisation jamais anodine de la musique car prenant des résonances multiples, il excelle à user de tous les moyens que lui offre le média. Mais surtout, et plus encore dans le cas présent, il s’avère un raconteur d’histoire hors-pair, donnant vie à sa narration de la même façons que ses zombies voient leurs cœurs se remettre à battre. Les pensées en voix over de R sont ainsi à mourir de rire et dynamisent le récit, tout comme la très bonne idée des effets de l’ingestion de cervelle sur les morts-vivants qui légitime les flashbacks tout en leur permettant d’avoir de vraies répercutions. Cette fluidité sert alors une parfaite gestion des différents genres auxquels touche la péloche, aboutissant à une sorte de négatif à Shaun of the Dead. On le sait pas spécialement fan de cinéma d’horreur et on ne l’imagine pas se pâmer devant les comédies romantiques mais il n’empêche que Levine mêle le tout avec brio, sans rien trahir bien que certains viandards reprocheront certainement l’absence de gore.

En cela, Warm Bodies enterre dans les grandes largeurs la franchise Twilight qui n’a jamais su faire la part des choses et s’était ainsi aliéné le public fantasticophile, dégoûté de voir certaines de ses plus grandes icônes travesties à ce point. Mieux, à la romance nombriliste et lénifiante de Meyer, le film de Levine répond par une histoire d’amour simple en apparence mais aux répercutions gigantesques, porteuse d’un message fort. Dans la grande tradition du genre à la Romero, la mythologie de ces zombies véhicule un constat social où l’on comprend en filigrane que ça pourrait être le manque d’amour, de proximité et de chaleur entre les hommes qui aurait conduit à l’apparition de l’épidémie. La thématique de la belle et la bête prend alors un sens tout autre dans ce cadre, relayée par des rappels constants à comment on peut laisser la différence et l’indifférence nous éloigner quand, au bout du compte, on ne demande en fait qu’à se rapprocher. Les scènes où les deux héros tombent amoureux et «contaminent» les autres zombies sont ainsi extrêmement fortes et touchantes, au point que le simple plan où ils se prennent par la main pour la première fois constitue l’un des plus exaltants moments de cinéma qu’on ait vus depuis le début de l’année. C’est con à dire mais c’est beau, tout simplement. Et ça file de sacrés frissons.

Reste alors que si l’on veut chipoter, le film comporte bien sûr quelques problèmes. Le deuxième acte dans l’avion fait par exemple un peu couloir ; on trouve quelques raccourcis et petites bizarreries dans l’intrigue ; et enfin, les «osseux» sont aussi peu convaincants qu’originaux dans leur design. Mais l’oeuvre possède une telle personnalité et une telle sensibilité – doublées d’un vrai discours – qu’elle nous donnerait presque envie de (re)tomber amoureux. Warm Bodies en tout cas, on adore, et la romzomcom s’est trouvée un nouveau champion.

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