Critique ciné : Hansel & Gretel – Witch Hunters

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Abandonnés dans les bois par leur père alors qu’ils étaient enfants, Hansel et sa sœur Gretel survécurent à leur rencontre avec une sorcière et tuèrent celle-ci, devenant des célébrités. Aujourd’hui considérés comme les meilleurs chasseurs de sorcières ayant jamais parcouru ces terres maudites, tous deux arrivent dans un petit village où les disparitions d’enfants se sont curieusement multipliées ces derniers temps, ne laissant planer aucun doute sur la présence de leurs ennemies jurées dans les parages. Mais une menace plus grave encore pèse sur eux

«Du film pop-corn qui colle aux dents et fait mal au ventre»

Dans sa soif inextinguible et coutumière de nouveaux talents, Hollywood continue de faire son marché parmi les révélations du cinéma mondial et c’est aujourd’hui au tour de Tommy Wirkola de voyager chez l’Oncle Sam, un norvégien remarqué pour sa parodie potache de Tarantino Kill Buljo et surtout Dead Snow, comédie horrifique avec des zombies-nazis ayant profité d’un bon buzz sur la toile. Prédisposé à mettre en images Hansel & Gretel : Witch Hunters, gloubi-boulga entre conte de fées, bande dessinée et jeu vidéo, le geek venu du froid le semblait donc, son cinéma étant éminemment référentiel et porté sur le fun. Manque de pot, cela ne remplace pas une maturité et une carrure lui faisant cruellement défaut face aux impitoyables exécutifs de L.A.

On le sent pourtant ravi d’être là, le petit Tommy, gonflé à bloc de se voir confié un tel projet après avoir galéré dans le grand nord. Comme un môme face à un nouveau jouet, il veut l’explorer sous tous les angles et laisse divaguer son imagination en roue libre, nourrissant ainsi son film de quantité d’idées qui en étoffent l’univers, lui procurent une patte toute personnelle. Avec le soutien de ses départements créatifs et dédouané de tout réalisme de par une inspiration franchement comic book, il met dans les mains de ses héros des armes d’une classe folle (mention spéciale au fusil de sniper repliable) et leur fait affronter des sorcières aux maquillages très spéciaux, originaux tout en ayant une indéniable patte 80′s dans l’exécution. Le personnage du troll abonde d’ailleurs plus encore dans cette direction un brin nostalgique, avec un aspect gloumoutte en plastoc – sans être ridicule pour autant – comme on n’en voit quasiment plus par les temps qui courent. De manière générale, le métrage cache donc bien son budget un peu chiche dans le contexte hollywoodien (les problèmes financiers de la MGM sont passés par là) grâce à son esthétique inspirée, laquelle lui évite même de tomber dans le rendu des téléfilms SyFy où il aurait pu aisément s’échouer avec ses forêts d’Europe de l’est. Il faut voir le très beau – et très attendu, forcément – décor de la maison en pain d’épice, dont on sent à la fois tout le sucré et le vénéneux, pour comprendre l’attention portée sur le visuel.

Toutefois, à force de s’attacher aux détails, plus fun à concevoir, Wirkola en oublie de raconter une histoire. Ou même de livrer une péloche décente. La présence de MTV parmi les producteurs n’est pas anodine, bien moins en tout cas que celle des trublions Adam McKay et Will Ferrell, car le style de la réalisation semble en fait découler en droite ligne de l’héritage de la chaîne, avec ce qu’on a vu de pire dans le genre montage ultra-cut et bordélique. On ne peut dès lors éviter d’avoir le sentiment que le film est formaté pour s’intercaler entre deux clips vidéo, avec ce que cela implique de scènes d’action foirées et illisibles mais aussi de manipulations massacrant le récit : durée tassée sur moins d’une heure et demie (ça coûte cher quand même la conversion en relief), humour qui se tire dans le pied à force d’en faire trop, incohérences en pagaille (le combat de sorcières à la fin alors qu’on nous a expliqué que c’était impossible)… Pire que tout, le réalisateur gâche le plus beau jouet qui lui était offert en la personne d’un duo d’acteurs d’ordinaire méritants (Jeremy Renner et l’affolante Gemma Arterton), ici réduits à des action-heroes sans saveur et sans le moindre charisme, la narration au cordeau n’ayant ni le temps de les magnifier ni de mettre en valeur leurs faits d’armes. Et lorsque même les rôles-titres ne sont pas convaincants, ça ne sent pas bon.

C’est indéniable alors, Tommy Wirkola n’a pas eu les épaules assez larges pour imposer avec Hansel & Gretel : Witch Hunters une vision quelconque face aux producteurs et on se retrouve par conséquent avec une péloche bâclée, conçue autour d’impératifs commerciaux plutôt que cinématographiques. Du film pop-corn qui colle aux dents et fait mal au ventre, voilà ce qu’est ce regard alternatif sur le célèbre conte, jamais ennuyant mais pas davantage passionnant et encore moins réussi. Le norvégien va en tout cas devoir sérieusement réétudier son plan de carrière s’il ne veut pas devenir un yes man autrefois prometteur de plus à Hollywood. On le sait, ça n’a rien d’un pays de conte de fées.

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