Critique ciné : Le Monde fantastique d’Oz

le monde fantastique d'oz_oz the great and powerful_james franco_mila kunis_sam raimi_affiche_poster

Petit prestidigitateur minable et magouilleur du Kansas, Oscar Diggs, connu sous le pseudonyme du grand et puissant Oz, est un jour emporté dans une tornade avec un ballon dirigeable et se retrouve dans un monde inconnu. Le pays d’Oz, rempli de magie et de merveilles. Ou en tout cas autrefois, une méchante sorcière ayant tué le bon roi et plongé depuis le monde dans les ténèbres, jusqu’à ce qu’un prophétique sauveur fasse son apparition. Voyant là l’occasion de satisfaire son ego et remplir ses poches, Oz accepte alors de se faire passer pour celui que tout le monde attend

«La passion de Raimi hisse le projet au-dessus du simple film de commande»

Encouragé par la foutrement lucrative adaptation d’Alice au pays des merveilles que nous a pondu Tim Burton en 2010, le studio aux grandes oreilles entend bien poursuivre dans cette voie et revisite aujourd’hui Le Magicien d’Oz, autre conte ayant traversé les décennies sous les formes les plus diverses. Pour ne pas refaire toutefois le coup de la suite sortie de nulle part, les responsables ont opté pour une préquelle des romans de L. Frank Baum et plus encore au film de Victor Fleming, ceci étant dû à l’amour que lui porte l’inattendu réalisateur de ce blockbuster disneyen, le trublion en costard Sam Raimi. Oui, le mec derrière les Evil Dead et les Spider-Man, c’est bien ça. Et c’est bien grâce à sa seule passion pour le projet qu’il hisse ce Monde fantastique d’Oz un cran au-dessus du film de commande sans âme qu’avait livré le chevelu de Burbank, dépassant les lourdeurs d’une relecture dont on a déjà éprouvé le manque d’inspiration.

Indéniablement, les deux films sortis à trois ans d’intervalle partagent ainsi un ADN commun, hérité de la maison-mère Disney en une pure logique de reproduction d’une recette. Pas spécialement réputé en tant que créateur d’univers fictifs et graphiques (ce qui s’en approche le plus dans sa carrière, Mort sur le grill, restant l’un de ses échecs les plus cuisants), Sam Raimi a laissé à l’évidence une grande part de la conception visuelle aux bons soins des équipes ayant oeuvré sur Alice au pays des merveilles. Le monde d’Oz et «l’Underworld» se ressemblent en effet sacrément, leurs différences et limites se perdant dans le flou baveux de leurs teintes pastelles. Pas toujours très heureux (la méchante sorcière évoque quand même furieusement le méchant de The Mask), le design n’est pourtant pas le pire puisqu’il faut donc se coltiner un travail d’adaptation déplorable, se limitant à plaquer les pires poncifs de la fantasy dans des univers bien connus. Ils avaient fait de leur suite au roman de Lewis Carroll un sous-Narnia et ils ont voulu refaire la même chose ici, en réutilisant l’argument de la prophétie et du héros qui doit se révéler, la promesse d’une bataille finale… C’était déjà faiblard et inapproprié la première fois, ça l’est tout autant la seconde.

Ou presque car ce coups-ci, au moins, les choses prennent une tournure ayant un sens avec l’oeuvre à laquelle elles sont connectées. Là où Burton trahissait en définitive un matériau qu’on le rêvait de voir investir, Raimi parvient à respecter celui qui le poursuit depuis sa petite enfance, parce qu’il se reconnaît en lui et en son héros (incarné par un James Franco un poil trop en mode «stoner comedy»). Bien plus sincère dans sa démarche et parvenant ainsi à trouver et communiquer le cœur de son récit, le cinéaste réussit en plus à inscrire ses propres gènes cinématographiques dans le bouillon de culture du métrage, il en fait un représentant évident de sa filmographie. Après tout l’homme derrière Mort ou vif ou Un plan simple n’est pas vraiment ce qu’on appelle un auteur mais plus un artisan génial, un entertainer capable de briller sur des genres très différents, et il ne se trahit pas en rejoignant l’écurie Disney s’il parvient à préserver son style inimitable. L’énergie qu’il insuffle sur pellicule.

Ce qu’il fait de manière surprenante car en fin de compte, passés ses aspects les plus disneyens, Le Monde fantastique d’Oz est bien plus proche de la veine horrifique de Sam que ne pouvaient l’être les trois Spider-Man réunis. Cela passe dans ses tics de réalisation (beaucoup des effets des Evil Dead sont réutilisés ici) ou des motifs similaires (la méchante sorcière est autant la petite sœur du Bouffon vert que des cadavéreux) mais aussi dans une vraie volonté de faire peur aux petits, au moins autant que lui tremblait de trouille devant la version de Fleming. Sans se limiter pourtant à cela, accompagné de la magnifique partition tout à la fois romanesque, mélancolique et organique de Danny Elfman (ce qu’ils ont repris de mieux au Alice de Burton), il transcende les limites de son script pantouflard – où seul ce qui se rapporte au thème des apparences trompeuses est à sauver – par plusieurs scènes à la puissance évocatrice fabuleuse, nous rappelant qu’il compte bien parmi les faiseurs de films les plus doués de Hollywood. Un magicien, un vrai, voilà ce qu’il est.

Bien sûr alors, Le Monde fantastique d’Oz n’est pas vraiment le genre de projet sur lequel les fans de la première heure veulent voir Sam Raimi oeuvrer mais en contrepartie, il sauve ce qui s’annonçait comme une nouvelle catastrophique boursouflure disneyenne et continue ainsi de nourrir une carrière décidément passionnante, où tout fonctionne (grâce) au coup de cœur. C’est pour ça qu’on l’aime, Sam, et qu’on continuera à lui faire confiance même s’il paraît frayer avec le Diable ou se barrer en sucette.

Critique ciné : Le Monde fantastique d'Oz dans Cinema Cinema 021-150x75031-150x75 dans Cinema Cinema041-150x75

Laisser un commentaire