Archive pour mars, 2013

Critique ciné : Warm Bodies

30 mars, 2013

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Cela fait plusieurs années que la surface de la planète a été ravagée par l’apparition d’un virus inconnu, transformant la population en morts-vivants. L’un d’entre eux, R, erre inlassablement dans un aéroport avec ses consorts mais contrairement à eux, un flot incessant de questions et réflexions lui passent par la tête. Jusqu’au jour où lors d’un raid en ville pour se nourrir, il tombe face à face avec Julie, une jeune survivante qu’il va sauver d’un destin funeste. Dès lors, R n’aura plus que l’amour en tête. Et cela va avoir des conséquences inattendues pour les morts comme les vivants

«La romzomcom s’est trouvée un nouveau champion»

Twilight étant (enfin) parvenu à sa conclusion, la place sur le marché de la romance fantastique est désormais libre pour ses envieux successeurs. Il y a quelques semaines sortait donc en salles Sublimes créatures et voici maintenant Warm Bodies, qui fleure au premier abord l’adaptation de la saga de Stephenie Meyer à la sauce zombie. Plus encore avec la présence au générique de Teresa Palmer, le clone blond de Kristen Stewart. Ce serait toutefois une grossière erreur de s’arrêter à cette impression car si la présence derrière la caméra de Jonathan Levine – responsable du troublant slasher All the Boys Love Mandy Lane – ne suffit pas à vous mettre la puce à l’oreille, sachez que ce film représente tout ce que l’amourette compliquée de Bella et Edward ne pourra jamais que rêver d’être.

Comme il l’a démontré avec ses précédents travaux, Levine est ainsi un réalisateur foutrement capable, au travail d’une précision chirurgicale mais sans jamais être froid ou austère. Au contraire, il s’en dégage une chaleur perçant même dans l’horreur et qui tient à son attachement aux sentiments de personnages toujours dépeints avec soin, la manière qu’il a de les représenter et de les transmettre au spectateur. Indéniablement, il était l’homme de la situation pour mettre en images cette histoire centrée sur l’éveil des émotions. Que ce soit par le biais d’une direction d’acteurs impeccable (Nicholas Hoult va faire parler de lui ce mois-ci entre Warm Bodies et Jack le chasseur de géants) ou bien l’utilisation jamais anodine de la musique car prenant des résonances multiples, il excelle à user de tous les moyens que lui offre le média. Mais surtout, et plus encore dans le cas présent, il s’avère un raconteur d’histoire hors-pair, donnant vie à sa narration de la même façons que ses zombies voient leurs cœurs se remettre à battre. Les pensées en voix over de R sont ainsi à mourir de rire et dynamisent le récit, tout comme la très bonne idée des effets de l’ingestion de cervelle sur les morts-vivants qui légitime les flashbacks tout en leur permettant d’avoir de vraies répercutions. Cette fluidité sert alors une parfaite gestion des différents genres auxquels touche la péloche, aboutissant à une sorte de négatif à Shaun of the Dead. On le sait pas spécialement fan de cinéma d’horreur et on ne l’imagine pas se pâmer devant les comédies romantiques mais il n’empêche que Levine mêle le tout avec brio, sans rien trahir bien que certains viandards reprocheront certainement l’absence de gore.

En cela, Warm Bodies enterre dans les grandes largeurs la franchise Twilight qui n’a jamais su faire la part des choses et s’était ainsi aliéné le public fantasticophile, dégoûté de voir certaines de ses plus grandes icônes travesties à ce point. Mieux, à la romance nombriliste et lénifiante de Meyer, le film de Levine répond par une histoire d’amour simple en apparence mais aux répercutions gigantesques, porteuse d’un message fort. Dans la grande tradition du genre à la Romero, la mythologie de ces zombies véhicule un constat social où l’on comprend en filigrane que ça pourrait être le manque d’amour, de proximité et de chaleur entre les hommes qui aurait conduit à l’apparition de l’épidémie. La thématique de la belle et la bête prend alors un sens tout autre dans ce cadre, relayée par des rappels constants à comment on peut laisser la différence et l’indifférence nous éloigner quand, au bout du compte, on ne demande en fait qu’à se rapprocher. Les scènes où les deux héros tombent amoureux et «contaminent» les autres zombies sont ainsi extrêmement fortes et touchantes, au point que le simple plan où ils se prennent par la main pour la première fois constitue l’un des plus exaltants moments de cinéma qu’on ait vus depuis le début de l’année. C’est con à dire mais c’est beau, tout simplement. Et ça file de sacrés frissons.

Reste alors que si l’on veut chipoter, le film comporte bien sûr quelques problèmes. Le deuxième acte dans l’avion fait par exemple un peu couloir ; on trouve quelques raccourcis et petites bizarreries dans l’intrigue ; et enfin, les «osseux» sont aussi peu convaincants qu’originaux dans leur design. Mais l’oeuvre possède une telle personnalité et une telle sensibilité – doublées d’un vrai discours – qu’elle nous donnerait presque envie de (re)tomber amoureux. Warm Bodies en tout cas, on adore, et la romzomcom s’est trouvée un nouveau champion.

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Critique ciné : Hansel & Gretel – Witch Hunters

26 mars, 2013

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Abandonnés dans les bois par leur père alors qu’ils étaient enfants, Hansel et sa sœur Gretel survécurent à leur rencontre avec une sorcière et tuèrent celle-ci, devenant des célébrités. Aujourd’hui considérés comme les meilleurs chasseurs de sorcières ayant jamais parcouru ces terres maudites, tous deux arrivent dans un petit village où les disparitions d’enfants se sont curieusement multipliées ces derniers temps, ne laissant planer aucun doute sur la présence de leurs ennemies jurées dans les parages. Mais une menace plus grave encore pèse sur eux

«Du film pop-corn qui colle aux dents et fait mal au ventre»

Dans sa soif inextinguible et coutumière de nouveaux talents, Hollywood continue de faire son marché parmi les révélations du cinéma mondial et c’est aujourd’hui au tour de Tommy Wirkola de voyager chez l’Oncle Sam, un norvégien remarqué pour sa parodie potache de Tarantino Kill Buljo et surtout Dead Snow, comédie horrifique avec des zombies-nazis ayant profité d’un bon buzz sur la toile. Prédisposé à mettre en images Hansel & Gretel : Witch Hunters, gloubi-boulga entre conte de fées, bande dessinée et jeu vidéo, le geek venu du froid le semblait donc, son cinéma étant éminemment référentiel et porté sur le fun. Manque de pot, cela ne remplace pas une maturité et une carrure lui faisant cruellement défaut face aux impitoyables exécutifs de L.A.

On le sent pourtant ravi d’être là, le petit Tommy, gonflé à bloc de se voir confié un tel projet après avoir galéré dans le grand nord. Comme un môme face à un nouveau jouet, il veut l’explorer sous tous les angles et laisse divaguer son imagination en roue libre, nourrissant ainsi son film de quantité d’idées qui en étoffent l’univers, lui procurent une patte toute personnelle. Avec le soutien de ses départements créatifs et dédouané de tout réalisme de par une inspiration franchement comic book, il met dans les mains de ses héros des armes d’une classe folle (mention spéciale au fusil de sniper repliable) et leur fait affronter des sorcières aux maquillages très spéciaux, originaux tout en ayant une indéniable patte 80′s dans l’exécution. Le personnage du troll abonde d’ailleurs plus encore dans cette direction un brin nostalgique, avec un aspect gloumoutte en plastoc – sans être ridicule pour autant – comme on n’en voit quasiment plus par les temps qui courent. De manière générale, le métrage cache donc bien son budget un peu chiche dans le contexte hollywoodien (les problèmes financiers de la MGM sont passés par là) grâce à son esthétique inspirée, laquelle lui évite même de tomber dans le rendu des téléfilms SyFy où il aurait pu aisément s’échouer avec ses forêts d’Europe de l’est. Il faut voir le très beau – et très attendu, forcément – décor de la maison en pain d’épice, dont on sent à la fois tout le sucré et le vénéneux, pour comprendre l’attention portée sur le visuel.

Toutefois, à force de s’attacher aux détails, plus fun à concevoir, Wirkola en oublie de raconter une histoire. Ou même de livrer une péloche décente. La présence de MTV parmi les producteurs n’est pas anodine, bien moins en tout cas que celle des trublions Adam McKay et Will Ferrell, car le style de la réalisation semble en fait découler en droite ligne de l’héritage de la chaîne, avec ce qu’on a vu de pire dans le genre montage ultra-cut et bordélique. On ne peut dès lors éviter d’avoir le sentiment que le film est formaté pour s’intercaler entre deux clips vidéo, avec ce que cela implique de scènes d’action foirées et illisibles mais aussi de manipulations massacrant le récit : durée tassée sur moins d’une heure et demie (ça coûte cher quand même la conversion en relief), humour qui se tire dans le pied à force d’en faire trop, incohérences en pagaille (le combat de sorcières à la fin alors qu’on nous a expliqué que c’était impossible)… Pire que tout, le réalisateur gâche le plus beau jouet qui lui était offert en la personne d’un duo d’acteurs d’ordinaire méritants (Jeremy Renner et l’affolante Gemma Arterton), ici réduits à des action-heroes sans saveur et sans le moindre charisme, la narration au cordeau n’ayant ni le temps de les magnifier ni de mettre en valeur leurs faits d’armes. Et lorsque même les rôles-titres ne sont pas convaincants, ça ne sent pas bon.

C’est indéniable alors, Tommy Wirkola n’a pas eu les épaules assez larges pour imposer avec Hansel & Gretel : Witch Hunters une vision quelconque face aux producteurs et on se retrouve par conséquent avec une péloche bâclée, conçue autour d’impératifs commerciaux plutôt que cinématographiques. Du film pop-corn qui colle aux dents et fait mal au ventre, voilà ce qu’est ce regard alternatif sur le célèbre conte, jamais ennuyant mais pas davantage passionnant et encore moins réussi. Le norvégien va en tout cas devoir sérieusement réétudier son plan de carrière s’il ne veut pas devenir un yes man autrefois prometteur de plus à Hollywood. On le sait, ça n’a rien d’un pays de conte de fées.

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Critique ciné : Le Monde fantastique d’Oz

17 mars, 2013

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Petit prestidigitateur minable et magouilleur du Kansas, Oscar Diggs, connu sous le pseudonyme du grand et puissant Oz, est un jour emporté dans une tornade avec un ballon dirigeable et se retrouve dans un monde inconnu. Le pays d’Oz, rempli de magie et de merveilles. Ou en tout cas autrefois, une méchante sorcière ayant tué le bon roi et plongé depuis le monde dans les ténèbres, jusqu’à ce qu’un prophétique sauveur fasse son apparition. Voyant là l’occasion de satisfaire son ego et remplir ses poches, Oz accepte alors de se faire passer pour celui que tout le monde attend

«La passion de Raimi hisse le projet au-dessus du simple film de commande»

Encouragé par la foutrement lucrative adaptation d’Alice au pays des merveilles que nous a pondu Tim Burton en 2010, le studio aux grandes oreilles entend bien poursuivre dans cette voie et revisite aujourd’hui Le Magicien d’Oz, autre conte ayant traversé les décennies sous les formes les plus diverses. Pour ne pas refaire toutefois le coup de la suite sortie de nulle part, les responsables ont opté pour une préquelle des romans de L. Frank Baum et plus encore au film de Victor Fleming, ceci étant dû à l’amour que lui porte l’inattendu réalisateur de ce blockbuster disneyen, le trublion en costard Sam Raimi. Oui, le mec derrière les Evil Dead et les Spider-Man, c’est bien ça. Et c’est bien grâce à sa seule passion pour le projet qu’il hisse ce Monde fantastique d’Oz un cran au-dessus du film de commande sans âme qu’avait livré le chevelu de Burbank, dépassant les lourdeurs d’une relecture dont on a déjà éprouvé le manque d’inspiration.

Indéniablement, les deux films sortis à trois ans d’intervalle partagent ainsi un ADN commun, hérité de la maison-mère Disney en une pure logique de reproduction d’une recette. Pas spécialement réputé en tant que créateur d’univers fictifs et graphiques (ce qui s’en approche le plus dans sa carrière, Mort sur le grill, restant l’un de ses échecs les plus cuisants), Sam Raimi a laissé à l’évidence une grande part de la conception visuelle aux bons soins des équipes ayant oeuvré sur Alice au pays des merveilles. Le monde d’Oz et «l’Underworld» se ressemblent en effet sacrément, leurs différences et limites se perdant dans le flou baveux de leurs teintes pastelles. Pas toujours très heureux (la méchante sorcière évoque quand même furieusement le méchant de The Mask), le design n’est pourtant pas le pire puisqu’il faut donc se coltiner un travail d’adaptation déplorable, se limitant à plaquer les pires poncifs de la fantasy dans des univers bien connus. Ils avaient fait de leur suite au roman de Lewis Carroll un sous-Narnia et ils ont voulu refaire la même chose ici, en réutilisant l’argument de la prophétie et du héros qui doit se révéler, la promesse d’une bataille finale… C’était déjà faiblard et inapproprié la première fois, ça l’est tout autant la seconde.

Ou presque car ce coups-ci, au moins, les choses prennent une tournure ayant un sens avec l’oeuvre à laquelle elles sont connectées. Là où Burton trahissait en définitive un matériau qu’on le rêvait de voir investir, Raimi parvient à respecter celui qui le poursuit depuis sa petite enfance, parce qu’il se reconnaît en lui et en son héros (incarné par un James Franco un poil trop en mode «stoner comedy»). Bien plus sincère dans sa démarche et parvenant ainsi à trouver et communiquer le cœur de son récit, le cinéaste réussit en plus à inscrire ses propres gènes cinématographiques dans le bouillon de culture du métrage, il en fait un représentant évident de sa filmographie. Après tout l’homme derrière Mort ou vif ou Un plan simple n’est pas vraiment ce qu’on appelle un auteur mais plus un artisan génial, un entertainer capable de briller sur des genres très différents, et il ne se trahit pas en rejoignant l’écurie Disney s’il parvient à préserver son style inimitable. L’énergie qu’il insuffle sur pellicule.

Ce qu’il fait de manière surprenante car en fin de compte, passés ses aspects les plus disneyens, Le Monde fantastique d’Oz est bien plus proche de la veine horrifique de Sam que ne pouvaient l’être les trois Spider-Man réunis. Cela passe dans ses tics de réalisation (beaucoup des effets des Evil Dead sont réutilisés ici) ou des motifs similaires (la méchante sorcière est autant la petite sœur du Bouffon vert que des cadavéreux) mais aussi dans une vraie volonté de faire peur aux petits, au moins autant que lui tremblait de trouille devant la version de Fleming. Sans se limiter pourtant à cela, accompagné de la magnifique partition tout à la fois romanesque, mélancolique et organique de Danny Elfman (ce qu’ils ont repris de mieux au Alice de Burton), il transcende les limites de son script pantouflard – où seul ce qui se rapporte au thème des apparences trompeuses est à sauver – par plusieurs scènes à la puissance évocatrice fabuleuse, nous rappelant qu’il compte bien parmi les faiseurs de films les plus doués de Hollywood. Un magicien, un vrai, voilà ce qu’il est.

Bien sûr alors, Le Monde fantastique d’Oz n’est pas vraiment le genre de projet sur lequel les fans de la première heure veulent voir Sam Raimi oeuvrer mais en contrepartie, il sauve ce qui s’annonçait comme une nouvelle catastrophique boursouflure disneyenne et continue ainsi de nourrir une carrière décidément passionnante, où tout fonctionne (grâce) au coup de cœur. C’est pour ça qu’on l’aime, Sam, et qu’on continuera à lui faire confiance même s’il paraît frayer avec le Diable ou se barrer en sucette.

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Critique ciné : Du plomb dans la tête

3 mars, 2013

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Engagé pour un contrat en apparence des plus banals, Jimmy Bobo, un tueur à gages de la Nouvelle-Orléans, se fait doubler par ses employeurs et son coéquipier est assassiné. Réclamant vengeance dans le sang, il se retrouve alors à collaborer avec un policier isolé sur la piste d’un promoteur véreux. Mais si les deux hommes partagent le même but, leurs méthodes n’ont rien de comparable

«Si le revival des 80′s doit servir à une chose, c’est à ça»

En droite lignée de sa vague revival du cinoche d’action des 80′s, Sylvester Stallone veut nous prouver qu’il en a toujours dans les biscottos avec Du plomb dans la tête, buddy-movie hardboiled tiré d’un roman graphique français (yep, la classe) éponyme et sous très forte influence des classiques de la catégorie. Qui de mieux alors pour mettre cela en images que le revenant Walter Hill, venu remplacer au pied levé un Wayne Kramer (Droit de passage) brouillé avec Sly ? Qui de mieux en effet que l’homme nous ayant livré le binôme 48 heures et Double détente, véritables fleurons du genre ? «Personne» serait-on tenté de dire car même si ça fait une grosse décennie que nous n’avons pas vu son travail sur grand écran, depuis Un seul deviendra invincible, le bonhomme n’a rien perdu de sa niaque légendaire.

Sans en faire aucun mystère avec un tel pedigree, le métrage descend donc clairement de ce que l’on pouvait voir il y a une trentaine d’années dans les salles obscures. La bande-dessinée originale était déjà comme ça et son adaptation renforce cette impression, Hill abondant pleinement dans cette direction avec un plaisir non-feint. Après tout, on lui demande de refaire ce qu’il sait faire de mieux et de ne pas se préoccuper des modes actuelles, de faire ce qu’il veut en somme. Le rythm’n blues qui ouvre le film donne tout de suite le ton, et on aura même droit par la suite à quelques notes de saxophone (on avait presque oublié que ça existait, tout comme le coup du coéquipier tué en début d’intrigue). A l’image, tous les lieux que l’histoire nous fait traverser ont un parfum de déjà-vu et la boîte de strip-tease est en fait le seul aux abonnés-absents. Pour le reste ils ne manquent jamais de nous rappeler les décors d’autres métrages, d’autant que le cinéaste adore les néons et en met partout comme à la belle époque. Le réalisateur des Guerriers de la nuit cède bien alors à quelques tics de réalisation de ses jeunes successeurs telle une caméra trop agitée lors des scènes d’action – une pratique quand même utile pour camoufler l’âge de Stallone et son implication moindre dans les cascades – mais ça ne retire rien à l’impact de ces moments d’une violence ultra-sèche et en même temps ultra-fun. Du pur 80′s style. On retrouve la fureur de Dernier recours dans les fusillades et les bastons font mal pour de vrai, rarement on a ressenti à ce point le choc des coups. Hill veut nous mettre KO et livre un spectacle sans concession, en une impunité similaire à celle de l’époque Reagan dont ce fut bien l’un des seuls aspects positifs.

La vraie bonne surprise est cependant que Du plomb dans la tête est bien supérieur à ce que laissait entendre sa campagne de promotion, nombre de scènes présentes dans les trailers étant en réalité absentes du montage final. L’intrigue avec la fille du tueur à gages se passe ainsi des considérations lénifiantes entrevues et surtout, nous échappons à la cascade de vannes sur le fait que Sly est vieux et son collègue jeune, lesquelles s’annonçaient bien lourdingues. Bon, on a quand même droit aux blagounettes racistes sur les asiatiques mais là encore, c’est dans la tradition du buddy-movie de charrier à tout-va et un peu n’importe comment. Hill nous fait en tout cas oublier ça en conduisant son intrigue au plus court (avec le risque d’un enchaînement parfois un brin trop métronomique), il fait dans l’efficacité et le fait plutôt bien, déjà en choisissant ses thèmes avec soin. Au lieu de la confrontation générationnelle, il a en effet resserré son récit sur l’antagonisme criminel / flic, bien plus riche pour la caractérisation des personnages et prenant pour les spectateurs. De quoi satisfaire aux exigences du buddy-movie tout en adoptant un ton un peu plus rêche qu’à l’accoutumée. La star de soixante-six ans est alors parfaitement à l’aise dans ce cadre qu’il connaît par cœur et Sung Kang (les derniers Fast and Furious) ne démérite pas bien qu’il ait à certains moments du mal à s’imposer face à la gouaille de Sly. Mais plus encore, c’est Jason Momoa qui impressionne par le charisme et la dangerosité qu’il dégage. Le comédien hawaïen mérite vraiment qu’on lui redonne une chance après l’échec public de Conan, dans lequel il était loin de se ridiculiser par ailleurs, tant il sait donner de l’envergure à des rôles presque aussi causants que ceux de The Artist.

Petite péloche sans prétention autre que de nous faire renifler des effluves de poudre et sueur avec une bonne marrade de temps en temps au milieu, Du plomb dans la tête marque donc surtout le grand retour de Walter Hill aux affaires après son excursion westernienne sur le petit écran (Deadwood, Broken Trail). On ne sait pas s’il voudra persévérer de la sorte (peut-être voit-il cela comme un chant du cygne, ce qui serait crédible vu la teneur nostalgique du projet) ou même s’il le pourra (le film est l’un des plus gros plantages de Stallone au box-office US) mais ce qui est certain, c’est que nous prenons un réel panard à le voir ainsi ressusciter l’âge d’or du buddy-movie. Si le revival des années 80 doit servir à quelque chose, c’est bien à cela.

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