Critique ciné : Vive la France

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Parce que leur seul fait de gloire est d’avoir inventé il y a mille ans la recette du taboulé, avant de s’en faire voler la paternité par le Liban, les chefs du Taboulistan décident un jour de faire parler de leur pays en perpétrant un acte de terrorisme à la diabolique ignominie : crasher un avion sur la Tour Eiffel. Bergers pas très malins, les demi-frères Muzafar et Feruz sont alors recrutés et après un entraînement intensif, ils embarquent pour la France. Ou la Corse plus précisément, puisque leur vol est dérouté pour cause de grève. Commence pour les deux apprentis-terroristes un périple au terme duquel, peut-être, comprendront-ils qu’il vaut mieux s’éclater que se faire exploser

«Youn veut faire du «vrai» cinéma»

Trublion poil à gratter du petit écran, Michaël Youn a pas mal galéré pour convaincre lors de son passage sur le grand en dépit d’expériences variées, de la bonne grosse comédie franchouillarde au drame performance d’acteur à la Tchao pantin en passant par le délire entre potes. La reconnaissance simultanée du public et des professionnels, il l’atteint finalement en prenant les choses en main et en se mettant lui-même en scène avec l’excellent Fatal. Un film sous très forte influence du Zoolander de Ben Stiller mais malgré ça (ou peut-être grâce à ça d’ailleurs), le comique prouvait qu’il était capable de nous faire autant rire qu’à l’époque du Morning Live. Avec son nouveau métrage, Vive la France, il louche alors très clairement du côté de Sacha Baron Cohen et de son Borat, autre comédie-culte s’il en est. Cependant, loin d’être une référence embarrassante ou étouffante, elle lui permet une nouvelle fois de faire son truc à sa sauce et de persévérer dans une voie des plus encourageantes.

Comme pour l’excursion ciné de son alter-ego rappeur, Youn ne peut donc cacher cette fois encore où il a été puiser l’inspiration. Déjà, les intrigues fonctionnent sur le même principe avec leurs expatriés de l’Est découvrant les pays riches de l’occident. Et tant qu’à pomper sur le petit copain, on retrouve même des gags très similaires (la rencontre avec les nudistes fait par exemple beaucoup penser à celle de Borat avec les juifs dans le bed & breakfast). Mais surtout, le comique-réalisateur n’hésite pas à emprunter telles quelles de nombreuses idées de réalisation, presque sans vergogne. Le début, entre la voix-off et la présentation du pays, pourrait ainsi quasiment être substitué à celui du faux-documentaire de Jay Roach tant ils se ressemblent, jusqu’aux cartes. Il existe toutefois des différences entre Borat et Vive la France, et d’importance. Pas de trace de la caméra-vérité et pas du tout le même humour, bien plus incisif et provocateur chez Cohen. Quant au début in medias res pour ne pas reproduire la linéarité de son modèle ou l’estompage du format «vignettes» inséparable des road-movies, ils démontrent le désir de Youn de ne pas seulement casser du sucre ou faire rire mais également de raconter une histoire, et en cela il rappelle en fin de compte davantage l’anglais We Are Four Lions.

En fait, le français veut faire du «vrai» cinéma et c’est peut-être pour ça qu’il coupe pour de bon les ponts avec sa bande de potes issus de l’époque télévisuelle, de la même manière qu’il ne part de rien avec ce film-ci (Fatal Bazooka était déjà un personnage connu grâce au tube Fous ta cagoule). Même s’il continue de placer sa meuf, l’affolante Isabelle Funaro, il travaille donc avec des comédiens plus respectables dont José Garcia, plus grand public, qui se révèle être une co-star parfaite afin d’insuffler du cœur au récit. Et l’ex-comparse d’Antoine de Caunes n’est pas venu pour rien car ça fait longtemps qu’il n’avait pas été aussi marrant, sans commune mesure avec la catastrophe La Vérité si je mens ! 3. C’est justement dans cette alchimie entre grosse blague et émotion sincère que Vive la France trouve un ton qui lui est propre, achevant de se démarquer de Borat. Youn y va ainsi franco sur la caricature, parfois dans le vrai et toujours outrancière (quoique le centre de rétention administrative sonne cruellement juste), et tout le monde en prend pour son grade ou presque parce qu’il ne peut pas non plus couvrir tout le territoire (faut bien garder une certaine logique pour que l’histoire se tienne). Pour autant, le comique ne se montre jamais méchant car il garde une certaine tendresse envers ces gens et plus encore envers la France, dont il ne cesse de nous dévoiler les beautés au travers de plans carte-postale. Un peu démago certes mais après tout, c’est bien vrai que nous sommes une bande de cons vivant dans un magnifique pays.

Vive la France marque donc une nouvelle réussite pour Michaël Youn en tant que réalisateur, celui-ci accouchant d’un métrage drôle et tendre et même courageux à vouloir faire marrer avec un sujet chaud comme le terrorisme. Soit, tout ça n’est pas fin pour un rond mais on ne va pas voir un de ses films être préparé à un minimum de potache, et on l’espère même tant il excelle dans le registre. En tout cas, nous attendons maintenant avec impatience de voir sur quelle source d’inspiration il basera son prochain effort car quelles que soient les similitudes, on peut quasiment être assuré que ce sera avant tout son film. Et qu’on se paiera une bonne barre de rire.

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