Critique ciné : Les Misérables

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Condamné au bagne pour avoir volé un morceau de pain dans la France du début du 19ème siècle, Jean Valjean est libéré au bout de deux décennies et choisit d’adopter une nouvelle vie, de prendre un nouveau nom. Des années plus tard, devenu un industriel aisé et un maire respecté, il a la surprise de voir son ancien maton Javert se présenter à lui, d’abord sans le reconnaître. Mais alors qu’il fait la promesse à une ancienne employée, Fantine, de venir en aide à la fille qu’elle a laissé en pension, Javert reconnaît celui qu’il a autrefois gardé et est désormais recherché pour avoir trahi sa conditionnelle

«Certaines comédies musicales feraient mieux de rester à Broadway»

Pas très connue par chez nous, la version musicale des Misérables de Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg est une vraie institution outre-Atlantique et outre-Manche, sur les planches depuis presque trente ans. Sa première adaptation au cinéma reste donc l’occasion pour certains de découvrir l’oeuvre de Victor Hugo sous un nouveau jour, non sans une certaine curiosité vu les arguments avancés. Déjà, couronné par son récent Oscar pour Le Discours d’un roi, nous retrouvons Tom Hooper à la réalisation. Et le casting assemblé autour de lui est une nouvelle fois de haute volée. Mais surtout, ce sont les premières images dévoilant un visuel d’une grande richesse qui ont su nous convaincre de l’intérêt de la chose. On s’attendait en conséquence à du spectaculaire, de l’épique, à être emporté par cette histoire bien connue dont les accès romanesques et passionnels auraient été démultipliés sous cette forme musicale. La bonne blague.

Tout commence pourtant fort bien avec l’évocation du passé de bagnard de Jean Valjean au travers d’une scène gargantuesque dans ses proportions et sa mise en scène, couplée à une galvanisante chanson entonnée par des cohortes de damnés. De la très grande comédie musicale à en rester bouche-bée, et il faut bien en profiter car la suite ne retrouvera jamais ce niveau. En fait, seules deux autres scènes valent le coup sur presque trois heures de durée, la chanson des Thénardier et celle du peuple lors de l’enterrement (avec sa reprise finale). La première pour son humour – Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter apportent une fantaisie bienvenue – et la seconde pour son ampleur, mais surtout parce qu’elles seront les seules à rendre honneur au genre cinématographique qu’emprunte cette version. Ca bouge, c’est vivant, c’est exactement ce qu’on est en droit d’attendre de l’exercice.

Pour le reste, nous sommes confrontés à un parti-pris de réalisation surprenant de la part de Hooper. Et particulièrement décevant puisqu’en gros, on passe les trois-quarts du métrage en plan serré sur les visages des comédiens. Sans exagérer, dès que ça chante, on est collé à leur tronche. Et ça chante beaucoup, tout le temps. Pas top pour les chorégraphies. Les Misérables donne alors le désagréable sentiment que le réalisateur a décidé de se reposer seulement sur sa distribution, dont il veut d’ailleurs préserver au mieux l’interprétation avec cette méthode peu commune en comédie musicale de capture vocale sur le tournage. Heureusement, il est un excellent directeur d’acteurs et les pousse à donner tout ce qu’ils ont, à se mettre les tripes à l’air, les nominés aux Oscars Hugh Jackman et Anne Hathaway en tête (mention spéciale également à Eddie Redmayne). Cette dernière se transcende même lors d’une impressionnante chanson en plan-séquence où on la voit véritablement se briser de l’intérieur. La magie n’opère toutefois qu’un moment car la caméra statique et sans ouverture de Hooper finit par rendre la chose ridicule, lui donner des airs de «musical-porn», et nombreuses sont les séquences à tourner de la sorte tant il n’y a quasiment aucune idée de montage.

Ce côté minimaliste jure avec ce que nous espérions du film, d’autant qu’il est aussi mécanique que l’enchaînement de chansons qui finissent par toutes se ressembler. La production value est ainsi loin d’être à la hauteur de ce que nous avions entrevu, parce qu’en plus la caméra focalisée sur les comédiens ne cache rien des décors en studio soignés mais très limités. Les barricades de Paris semblent par exemple se limiter à un seul carrefour, on ne trouve qu’un unique plan essayant d’élargir l’échelle de l’événement. Tom Hooper est comme complètement dépassé par l’ampleur du projet, on le sent hésitant au travers d’une caméra curieusement instable ou le fait que dès que ça s’agite dans l’action, son film ressemble au Vidocq de Pitof. Et en même temps pourquoi se faire suer quand on doit travailler avec un scénario à ce point indigent, qui n’a pas peur du risible et se contente du service minimum dans l’adaptation du roman de Hugo entre les deus ex machina à foison ou la scène où la vérole Javert se confie aux étoiles comme une princesse Disney ?

En définitive, cette adaptation des Misérables présente tous les mauvais aspects du Sweeney Todd de Tim Burton multipliés par dix et avec presque une heure de durée en plus, pour un résultat imbuvable et bien chiant en dépit des performances incroyables du casting. Une grosse boursouflure stylistique nous convaincant que certaines comédies musicales seraient plus avisées de rester à Broadway, ou en tout cas de mieux choisir celui engagé pour les porter à l’écran. Hooper, ce coup-ci, tu t’es foiré dans les grandes largeurs.

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