Critique ciné : Flight

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Pilote de ligne tête brûlée et sûr de lui, Whip Whitaker prend un matin les commandes de son avion sans se douter qu’il court à la catastrophe. Car quelques minutes à peine après le décollage, une avarie technique fait piquer l’engin droit vers le sol et seule sa présence d’esprit permet d’éviter le crash mortel pour tous les passagers. D’abord considéré comme un héros, une enquête va néanmoins mettre en lumière l’état déplorable dans lequel Whip s’est installé dans le cockpit, sous l’effet de l’alcool et de la drogue. Ayant fui toute sa vie, il va lui falloir désormais affronter ses démons

«Comme si privé de magie, il ne lui restait plus que Dieu»

Véritable esthète des effets spéciaux en perpétuelle quête du trucage ultime, Robert Zemeckis a passé la dernière décennie à user de son talent de conteur pour explorer les possibilités de la performance capture, qu’il a personnellement débroussaillée. En sont sortis Le Polar express, La Légende de Beowulf et Le Drôle de Noël de Scrooge, trois films fort différents mais ayant cela en commun qu’ils lui ont tous permis de brouiller une fois pour toutes la frontière entre réel et SFX, au point qu’il y en aurait de quoi être un peu déboussolé Certainement alors pour retrouver ses marques et renflouer au passage sa société ImageMovers, en petite forme après l’annulation du remake de Yellow Submarine et l’échec commercial de Milo sur Mars, l’ancien disciple de Spielberg revient au cinéma live et pas trop cher à tourner avec Flight, qu’il faut bien considérer comme le drame le plus terre-à-terre de sa filmographie. Peut-être trop, même.

Le seul vrai moment de bravoure «à la Zemeckis» du métrage est donc le crash aérien de la première bobine. Le cinéaste a bien sûr de l’entraînement en la matière après celui de Seul au monde mais il en rajoute ici une belle couche dans le suspense et le spectacle, parce qu’il doit rendre l’aspect énorme (la cascade en CGI) et traumatique (le réveil en caméra subjective) de l’événement pour ce qui va suivre. Le problème étant justement que la suite, en plus d’abandonner totalement l’idée de divertissement (les influences du thriller ou du film de procès sont extrêmement limitées) comme on s’y attendait, s’avère être un pur drame dont les tournures progressives ont de quoi déconcerter. Pour commencer on voit se dessiner un portrait consternant de l’Amérique moderne avec les scènes faisant référence à la religion, à la voracité des médias, au goût du public pour les héros mis au pilori, mais on laisse tout cela de côté – et on finira même par le trahir – pour découvrir les véritables velléités du scénario de John Gatins (Coach Carter et autres péloches sportives) : parler de l’addiction et plus particulièrement de l’alcoolisme.

Car oui, très rapidement, il n’est plus question que de cela dans l’intrigue, le reste passant au second plan en tant que conséquences du penchant du héros pour la bouteille. Et plus de deux heures d’hésitations et bitures, même racontées par un pro de la narration à la hauteur de Zemeckis, ça a un peu de mal à passer. D’autant qu’il n’y a vraiment que cela de traité en profondeur. Le pilote en disgrâce est ainsi de chaque plan, tout est vu ou presque par son seul point de vue de sorte d’ailleurs que dès le départ, les scènes en parallèle avec Kelly Reilly s’intègrent mal au reste. Qu’on se rassure tout de même, elle ne reste pas bien longtemps et Denzel Washington a de quoi assumer son omniprésence, livrant une performance bluffante comme toujours dès lors qu’il joue les mecs borderline. Rien que pour la très belle scène de la prise de conscience, il a gagné sa nomination aux Oscars. Mais même tout son talent ne peut nous faire avaler certaines couleuvres. S’il laisse ainsi au spectateur la possibilité de se faire son opinion avec la question finale du fils et la réponse ouverte du père, le réalisateur abonde malgré tout dans des positions carrément moralisatrices (le dealer incarné par John Goodman qui arrive sur Sympathy for the Devil des Rolling Stones, c’est classe mais ça veut bien dire ce que ça veut dire), voire franchement bigotes puisque le personnage principal trouve la rédemption en devenant un bon chrétien. Sérieux.

Flight représente donc pour Robert Zemeckis une déception à l’égale de celle que nous a fait récemment connaître son ex-mentor avec Lincoln, tous deux y prenant le contre-pied stylistique de ce qui a fait leur gloire. Dans le cas présent c’est comme si privé de magie, il ne restait plus à Bob que Dieu vers qui se tourner et ça, c’est un raccourci intolérable chez un faiseur de rêves de sa trempe. Espérons alors que leur crise de respectabilité ait été satisfaite et qu’ils retournent à l’entertainment qu’ils font si bien, sans quoi il faudra se faire à l’idée que nos réalisateurs favoris se sont envolés pour de bon.

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