Critique ciné : Hitchcock

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En 1959, alors qu’il rencontre un nouveau succès avec La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock cherche désespérément un nouveau projet le passionnant. Quelque chose qu’il n’a jamais fait et plus important encore, qu’on n’a jamais vu sur un écran. Le roman Psychose de Robert Bloch lui apparaît ainsi comme une révélation, avec son sujet morbide résonnant étrangement en lui. Mais personne à Hollywood ne croit en cette adaptation, et veut encore moins la produire. Personne sauf la femme du réalisateur, Alma Reville, qui n’a jamais cessé de le soutenir et l’inspirer depuis leur rencontre des années auparavant. Même lorsque cela était loin d’être aisé

«Pas le biopic d’un homme mais bien celui d’un couple»

Alfred Hitchcock, c’est cinquante-trois longs-métrages et une carrière de plus de cinquante années durant lesquelles l’homme et l’oeuvre s’inscrivirent à jamais dans l’histoire du cinéma, le faisant évoluer dans ses moindres aspects. Autant dire que se lancer sur le biopic d’une telle personnalité peut vite revenir à faire un château de cartes par tempête et dans l’hypothèse où l’on veut bien faire les choses, se pose alors deux solutions : soit on fait Le Seigneur des anneaux du biopic avec une grosse trilogie, soit on choisit une période plus restreinte qui on l’espère sera un minimum représentative. Précisément la voie empruntée par ce Hitchcock qui se concentre sur la création du traumatisant Psychose, l’un des plus emblématiques exemples de sa filmographie. Mais le métrage culte ne compte pas tant que l’homme derrière lui… et la femme derrière celui-ci.

De l’événement qui l’a inspiré (les meurtres du serial killer Ed Gein) à sa sortie en salles, ce biopic pourrait donc être approché comme une sorte de making-of rigoureusement chronologique de Psychose. Anecdotes sur le tournage, difficultés de la production… le tout enrobé d’une recréation historique fidèle aussi bien au niveau casting que direction artistique, nous assistons bien à la naissance d’un chef d’oeuvre de A à Z. Une partie intéressante du métrage pour l’aspect novateur du projet à l’époque mais malheureusement relatée d’une manière un brin scolaire, et posant au passage un problème plus préoccupant. En effet, entre la reprise de motifs visuels du célèbre thriller dans la réalisation de Sacha Gervasi ou la présence de beaucoup d’humour, le côté fun de l’entreprise fait qu’on ne peut que remettre en cause sa véracité historique, de soupçonner la manipulation. On sait que les éléments sous nos yeux sont tirés de faits réels mais on ne peut pas dire à quel point parce que le film lui-même le cache. Un aspect indéniablement romancé à l’identique de ce qu’avait fait le réalisateur en tant que scénariste sur Le Terminal de Spielberg, pour un résultat aussi plaisant à suivre même s’il perd donc en crédibilité.

Malgré son expérience passée de documentariste (on lui doit le touchant Anvil !), c’est pourtant bien dans cette partie davantage «fictive» – ou «extrapolée» serait-il plus juste de dire – que Sacha Gervasi nous convainc le plus. Il prend ainsi des libertés amusantes (la forme à la «Alfred Hitchcock présente») ou intrigantes (les rêveries où Hitchcock échange avec le serial-killer Ed Gein) dans sa mise en scène qui permettent d’explorer la personnalité du fameux réalisateur sous un jour inédit, à la fois humain et complexe. Car bien qu’il s’agisse de choses relativement connues parmi les historiens du cinématographe (vive eux), il est rare de voir ainsi explicitées ses obsessions pour les blondes ou les meurtres au point qu’il finit même par ressembler à son psychopathe star, Norman Bates. Comme à son habitude depuis des années, Anthony Hopkins cabotine alors un peu sous le maquillage du réalisateur bedonnant mais fort heureusement, Helen Mirren contrebalance cela par sa retenue et sa frustration d’épouse blasée, prolongeant par le fait d’une certaine manière la relation qu’entretenait Alma Reville avec son expansif mari. L’amourette entre elle et le personnage de Danny Huston peut ainsi paraître un peu chiante, elle n’en demeure pas moins indispensable pour comprendre qui elle était et au travers de cela, parce que l’un ne va pas sans l’autre, qui était Hitchcock.

La plus grande force de ce Hitchcock est donc de n’user de l’attrait historique (la conception du grand classique Psychose) que pour nous livrer non pas le biopic d’un homme, mais bien celui d’un couple. A l’évidence on ne peut pas réduire leurs décennies de cohabitation et collaboration à cette seule période mais en dépit de ce bon sens, il faut reconnaître au métrage de Sacha Gervasi qu’il parvient à nous donner le sentiment de mieux connaître le cinéaste anglais, intimement. Tout ça parce qu’il met en lumière le rôle de son épouse Alma Reville dans sa filmographie, une des ces grandes oubliées du septième art. On le savait pourtant : derrière chaque grand homme se cache une grande femme.

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