Critique ciné : Pas très normales activités

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Octave et Karine sont jeunes, s’aiment et pour bien commencer leur vie de couple, ont décidé de quitter la ville pour s’installer à la campagne, en Creuse, dans la maison d’une grand-mère mystérieusement décédée. Un changement de vie pas évident à gérer, surtout lorsque des activités pas très normales commencent à se produire dans les environs. Pour sauver leur maison et leur couple, Octave et Karine n’ont alors plus qu’un seul choix : faire appel à Thierry Musseau, vidéaste amateur local et exorciste

«Barthélémy est devenu un réalisateur décidément intéressant»

Méga-buzz de l’année 2009 au point qu’il précipita la fin de la saga Saw, faisant passer la mode dans le cinéma d’horreur du torture-porn au mockumentaire, Paranormal Activity ne manqua pas d’agacer très rapidement une part du public et de la presse, plus assoupie qu’effrayée par les portes claquant toutes seules. Étonnamment, ce sujet à quolibets n’avait pas encore eu droit à de véritable parodie, mais ça se réveille en 2013 avec A Haunted House ou Scary Movie 5 et plus proche de nous, coupant l’herbe sous le pied à la grosse machinerie hollywoodienne, le frenchy Pas très normales activités. Soit la quatrième réalisation de Maurice Barthélémy, pour laquelle il a conduit la star du Net Norman Thavaud dans le magnifique département de la Creuse (la Creuse, bordel !).  Mais loin du métrage opportuniste qu’on pourrait imaginer (après tout, c’est le propre de la parodie), l’ex-Robin des bois prouve ici qu’il est toujours aussi sincère lorsqu’il s’agit de faire du cinéma. Surtout quand c’est pour la déconne.

A l’évidence, Pas très normales activités est ainsi une parodie. Pas de surprise, son titre comme son intrigue ou sa forme ne laissent planer aucun doute et si ça ne suffisait pas, de nombreux plans et séquences font en plus directement référence à la péloche de Oren Peli. Pourtant, le dernier effort de Barthélémy ne se limite pas à ce seul registre et on ressent une volonté tangible de faire sa propre œuvre, de se démarquer pour acquérir sa propre identité. Cela commence par un visuel plus empreint de réalisme que des afféteries classiques de la comédie, faisant très bien ressortir les différentes facettes du plus beau département de France (la Creuse, bordel !) sans jamais enjoliver ni se contenter de recopier l’esthétique de Paranormal Activity. Il prend même encore des libertés avec son modèle en versant plus explicitement dans le fantastique, par le biais d’une horde de cochons fantômes en furie, ou en trahissant très régulièrement le cadre rigide de la caméra subjective. Parce qu’il veut faire du vrai cinéma – et y parvient plutôt bien en général – sans se limiter à un gimmick réduisant quand même beaucoup les possibilités du langage filmique.

En fin de compte, la référence majeure du film n’est pas tant Paranormal Activity que les vidéos du Web de Norman Thavaud où il rigole des affres de la vie quotidienne, des sketchs dont retrouve tout à fait le style ici. Les activités pas très normales du métrage sont donc aussi celles de ce jeune couple de citadins qui s’installent au vert et doivent apprendre à vivre ensemble, un sujet au moins aussi important dans l’histoire que la malédiction des poltergeists animaliers (il n’y a qu’à comparer le nombre de prises de bec avec celui de scènes fantastiques). Parfaitement à l’aise dans ce cadre, Norman réussit en toute logique sa transition de Youtube aux salles de ciné et ne manquera pas de se faire remarquer mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’apport de Stéfi Celma (Case départ), qui est pour beaucoup dans le naturel renvoyé par leur relation de couple. Ces deux jeunes acteurs font que le film peut prétendre à être autre chose qu’une succession de gags, qu’il a quelque chose à raconter. Et puisque nous sommes quand même venus pour nous marrer un peu, cerise sur le gâteau, Maurice Barthélémy s’est réservé un rôle sur-mesure qui apporte à tout cela une bonne dose d’humour absurde et hard.

Avec Pas très normales activités, l’ancien de Comédie! et Canal + prouve donc qu’il est devenu un réalisateur décidément intéressant dans le paysage français, aussi intéressé par la blague qui fait mouche que par le médium cinéma (rappelez-vous les partis-pris formals courageux de son premier long, Casablanca Driver). Et s’il révèle ici deux talentueux comédiens, on attend toujours que lui atteigne la reconnaissance qu’il mérite. Espérons alors que ce sera avec ce film-ci, d’autant plus appréciable que la comédie fantastique est un genre quasi-absent en France. Il ne tient qu’à nous d’en faire une pierre, deux coups.

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