Critique ciné : Le Dernier rempart

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Patron d’un des plus importants cartels mexicains, Gabriel Cortez réussit une spectaculaire évasion lors de son transfert vers une prison de haute sécurité et prend la route à bord d’un super bolide. Destination : le Mexique, le plus vite et directement possible. Mais pour cela il lui faudra passer par la petite ville frontalière de Sommerton, ce que le shérif Ray Owens ne peut accepter. Aidé de ses acolytes inexpérimentés et quelques marginaux locaux, il va alors tenter d’arrêter le criminel en fuite et ses mercenaires

«Du bon divertissement généreux et emballé avec style»

En ayant fini pour de bon avec la politique (en tout cas on l’espère), Arnold Schwarzenegger revient aux affaires dans une petite mouvance revival du ciné d’action des 80′s, principalement marquée par Expendables et sa suite. Néanmoins, pas de quoi raviver franchement notre nostalgie de ce côté-là car malgré tout notre amour pour ces acteurs (n’ayons pas peur du mot) (non, pas le mot «acteurs» petits rigolos, mais «amour»), les deux films étaient loin de rendre honneur à leur casting de stars. Pour tout dire, ils avaient même plutôt tendance à sonner le glas de leur carrière. A charge alors pour les essais en solo de corriger le tir, de montrer qu’ils ne sont pas trop vieux pour ces conneries. Et puisque les gloires sur le retour éveillent désormais surtout notre méfiance, c’est vers les réalisateurs qu’il faut se tourner pour retrouver l’excitation de nos vertes années. Sauf que là où Stallone va jusqu’au bout de l’idée en ressuscitant Walter Hill pour Du plomb dans la tête, le chêne autrichien surprend son monde en se mettant pour Le Dernier rempart sous les ordres d’un prodige sud-coréen, Kim Jee-woon, expatrié pour son premier long-métrage américain.

Parce que c’est un point crucial, il faut tout d’abord préciser que Schwarzy ne se ridiculise aucunement ici, ce que l’on pouvait craindre suite à Expendables 2 et ses apparitions arthritiques. Bien sûr il ne trouve pas non plus de quoi briller en performance d’acteur avec ce rôle de shérif consciencieux et protecteur, assorti de l’incontournable passé traumatique, mais il fait cependant preuve d’un charisme intact même lorsqu’il se moque de son âge, avec un sens de la punchline qui ne s’invente pas. Plus important encore, il reste crédible dès lors qu’on passe à la castagne. Enfin, heureusement qu’on ne lui en demande pas trop (quinze cascades semble-t-il) et que ça colle avec le personnage mais quand même, on le sent prêt à passer à un nouveau registre dans sa filmographie. Il assume de ne plus jouer les jeunes premiers ou les surhommes et laisse ça aux autres. Justement, il y a de quoi faire dans Le Dernier rempart avec sa distribution des plus étonnantes, hétéroclite au point d’en paraître presque foutraque. S’y croisent ainsi des seconds couteaux familiers (Luis Guzman et Peter Stormare, égaux à eux-même), des acteurs de premier rang (Forest Whitaker, l’hispanique Eduardo Noriega en bad guy vénéneux), un échappé des Jackass (Johnny Knoxville tout en grimaces) et même Harry Dean Stanton sur un tracteur. Un mélange d’univers qui s’explique par la présence de Kim Jee-woon derrière la caméra, chez qui on avait senti très tôt une faculté à transcender ses influences en un ensemble cohérent.

Le réalisateur sud-coréen est en effet surtout connu pour ses thrillers magistraux (A Bittersweet Life, le choc de Gérardmer 2011 J’ai rencontré le diable) mais c’est davantage du côté de son Le Bon, la brute et le cinglé qu’il faut chercher ici. Déjà parce qu’on y retrouve la même propension à célébrer la culture pop au travers d’une esthétique colorée mais surtout, au-delà des emprunts à l’actioner des 80′s ou plus moderne à la Fast and Furious, parce que son nouveau film est avant tout un western, répondant aux codes classiques du genre jusque dans sa structure qui fait monter la tension tout du long pour arriver à l’explosion de violence du duel final. Le métrage peut à ce titre déconcerter un chouïa puisque les protagonistes ne se rencontrent pas avant très longtemps, et que le héros passe presque autant de temps à ignorer ce qui va lui tomber dessus. L’intrigue évite toutefois de tomber en lambeaux car la péloche ne se prend jamais pas la tête, elle garde le rythme et se montre décomplexée jusqu’à son climax furieux, virant presque au cartoonesque dans sa démesure. Puis entre les gags et les fulgurances gores, nous avons droit à un vrai duel entre le gentil et le méchant. En plusieurs étapes pour ne pas décevoir notre attente, avec de bonnes idées (la course-poursuite en voiture dans le champ de maïs) et une empoignade bien virile comme il se devait : que demander de plus ?

La patience finit donc par payer, autant en ce qui concerne Le Dernier rempart que vis-à-vis d’un Schwarzenegger que nous prenons enfin un vrai plaisir à retrouver, loin des caméos quelque peu embarrassants des Expendables. On a là de quoi nous remettre du baume au cœur quant au King Conan revenu dans les conversations et qui pourrait prendre pleinement son sens, l’acteur étant désormais vraiment mûr pour le rôle. Mais plus que tout, il faut insister sur le savoir-faire de Kim Jee-woon grâce auquel il ressuscite le cinoche bourrin de la belle époque en lui adjoignant une indéniable modernité, livrant du bon petit divertissement généreux et emballé avec style. Il s’agissait d’un projet parfait pour entamer la transition vers Hollywood mais de toute façon le vrai talent ne peut être déraciné, il pousse n’importe où, et ça le réalisateur le démontre sans fard.

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Une Réponse à “Critique ciné : Le Dernier rempart”

  1. mabataille dit :

    Ça donne vraiment envie ! tu as vu on ne parle pas beaucoup du projet « Ten »…

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