Archive pour février, 2013

Critique ciné : Vive la France

27 février, 2013

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Parce que leur seul fait de gloire est d’avoir inventé il y a mille ans la recette du taboulé, avant de s’en faire voler la paternité par le Liban, les chefs du Taboulistan décident un jour de faire parler de leur pays en perpétrant un acte de terrorisme à la diabolique ignominie : crasher un avion sur la Tour Eiffel. Bergers pas très malins, les demi-frères Muzafar et Feruz sont alors recrutés et après un entraînement intensif, ils embarquent pour la France. Ou la Corse plus précisément, puisque leur vol est dérouté pour cause de grève. Commence pour les deux apprentis-terroristes un périple au terme duquel, peut-être, comprendront-ils qu’il vaut mieux s’éclater que se faire exploser

«Youn veut faire du «vrai» cinéma»

Trublion poil à gratter du petit écran, Michaël Youn a pas mal galéré pour convaincre lors de son passage sur le grand en dépit d’expériences variées, de la bonne grosse comédie franchouillarde au drame performance d’acteur à la Tchao pantin en passant par le délire entre potes. La reconnaissance simultanée du public et des professionnels, il l’atteint finalement en prenant les choses en main et en se mettant lui-même en scène avec l’excellent Fatal. Un film sous très forte influence du Zoolander de Ben Stiller mais malgré ça (ou peut-être grâce à ça d’ailleurs), le comique prouvait qu’il était capable de nous faire autant rire qu’à l’époque du Morning Live. Avec son nouveau métrage, Vive la France, il louche alors très clairement du côté de Sacha Baron Cohen et de son Borat, autre comédie-culte s’il en est. Cependant, loin d’être une référence embarrassante ou étouffante, elle lui permet une nouvelle fois de faire son truc à sa sauce et de persévérer dans une voie des plus encourageantes.

Comme pour l’excursion ciné de son alter-ego rappeur, Youn ne peut donc cacher cette fois encore où il a été puiser l’inspiration. Déjà, les intrigues fonctionnent sur le même principe avec leurs expatriés de l’Est découvrant les pays riches de l’occident. Et tant qu’à pomper sur le petit copain, on retrouve même des gags très similaires (la rencontre avec les nudistes fait par exemple beaucoup penser à celle de Borat avec les juifs dans le bed & breakfast). Mais surtout, le comique-réalisateur n’hésite pas à emprunter telles quelles de nombreuses idées de réalisation, presque sans vergogne. Le début, entre la voix-off et la présentation du pays, pourrait ainsi quasiment être substitué à celui du faux-documentaire de Jay Roach tant ils se ressemblent, jusqu’aux cartes. Il existe toutefois des différences entre Borat et Vive la France, et d’importance. Pas de trace de la caméra-vérité et pas du tout le même humour, bien plus incisif et provocateur chez Cohen. Quant au début in medias res pour ne pas reproduire la linéarité de son modèle ou l’estompage du format «vignettes» inséparable des road-movies, ils démontrent le désir de Youn de ne pas seulement casser du sucre ou faire rire mais également de raconter une histoire, et en cela il rappelle en fin de compte davantage l’anglais We Are Four Lions.

En fait, le français veut faire du «vrai» cinéma et c’est peut-être pour ça qu’il coupe pour de bon les ponts avec sa bande de potes issus de l’époque télévisuelle, de la même manière qu’il ne part de rien avec ce film-ci (Fatal Bazooka était déjà un personnage connu grâce au tube Fous ta cagoule). Même s’il continue de placer sa meuf, l’affolante Isabelle Funaro, il travaille donc avec des comédiens plus respectables dont José Garcia, plus grand public, qui se révèle être une co-star parfaite afin d’insuffler du cœur au récit. Et l’ex-comparse d’Antoine de Caunes n’est pas venu pour rien car ça fait longtemps qu’il n’avait pas été aussi marrant, sans commune mesure avec la catastrophe La Vérité si je mens ! 3. C’est justement dans cette alchimie entre grosse blague et émotion sincère que Vive la France trouve un ton qui lui est propre, achevant de se démarquer de Borat. Youn y va ainsi franco sur la caricature, parfois dans le vrai et toujours outrancière (quoique le centre de rétention administrative sonne cruellement juste), et tout le monde en prend pour son grade ou presque parce qu’il ne peut pas non plus couvrir tout le territoire (faut bien garder une certaine logique pour que l’histoire se tienne). Pour autant, le comique ne se montre jamais méchant car il garde une certaine tendresse envers ces gens et plus encore envers la France, dont il ne cesse de nous dévoiler les beautés au travers de plans carte-postale. Un peu démago certes mais après tout, c’est bien vrai que nous sommes une bande de cons vivant dans un magnifique pays.

Vive la France marque donc une nouvelle réussite pour Michaël Youn en tant que réalisateur, celui-ci accouchant d’un métrage drôle et tendre et même courageux à vouloir faire marrer avec un sujet chaud comme le terrorisme. Soit, tout ça n’est pas fin pour un rond mais on ne va pas voir un de ses films être préparé à un minimum de potache, et on l’espère même tant il excelle dans le registre. En tout cas, nous attendons maintenant avec impatience de voir sur quelle source d’inspiration il basera son prochain effort car quelles que soient les similitudes, on peut quasiment être assuré que ce sera avant tout son film. Et qu’on se paiera une bonne barre de rire.

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Critique ciné : Die Hard – Belle journée pour mourir

23 février, 2013

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Sans nouvelles de son fils depuis plusieurs mois, John McClane est particulièrement inquiet lorsqu’il apprend que celui-ci est sur le point d’être jugé pour meurtre en Russie. Se rendant à Moscou, le flic new-yorkais arrive au tribunal pour assister à la tentative de meurtre d’un industriel que sa progéniture – en fait un agent secret au service de la CIA – doit protéger. Encore une fois au mauvais endroit, au mauvais moment, McClane est alors embarqué dans une course-poursuite qui le conduira jusqu’à Tchernobyl

«Mauvais film pour mourir»

Saga culte dans la catégorie action bourrine et intelligente, Die Hard et son héros John McClane étaient revenus sur le devant de la scène en 2007 avec un quatrième épisode mis en scène par Len Wiseman, tout juste sorti de ses Underworld. Largement conspué dans la presse ou parmi la communauté des fans, on parlait alors du film qui enterrait le fameux flic poissard new-yorkais, d’une véritable trahison même. Une volée de bois vert pas très juste au regard des qualités de ce volet, loin de faire honte à la tradition, mais qu’importe car avec ce nouveau Die Hard : Belle journée pour mourir, le précédent opus ne pourra qu’être revu à la hausse.

Cette fois, la soi-disant trahison est donc indéniablement consommée. Soit, ils ont remis les insultes et autres «fuck» chers au personnage de Bruce Willis mais à côté de cela, ils réussissent l’exploit de démolir son image d’entrée de jeu, sans s’embarrasser de nous laisser un quelconque espoir. La première scène d’action est par le fait symptomatique de cela puisque notre héros y est transformé en roquet pourchassant des voitures (littéralement) et aboyant des vannes ineptes à la chaîne. Triste spectacle, et ce n’est pas tout. Car dans l’irritante tradition de l’actioner décérébré (dont les Die Hard n’avaient jamais fait partie), ils en ont fait un gros con de touriste américain – blagues racistes à l’appui – qui oublie jusqu’à sa vocation de policier en écrasant (littéralement, encore) la population. Il n’est plus là pour protéger le citoyen ou même sauver la situation mais juste pour faire de la casse, comme si la saga se résumait à cela. Tournée en ridicule, la légende s’auto-parodie donc pour n’être plus qu’un bouffon blagueur et brise-fer. Heureusement alors qu’il est toujours aussi efficace dans l’action, aussi bien le personnage d’ailleurs que son interprète malgré les années qui s’accumulent. Ceci dit, son remplacement est tout de même anticipé avec l’arrivée du fils, joué par un Jai Courtney (Varro dans la première saison de Spartacus) qui y croit à mort. La conviction des comédiens ne suffit pourtant pas à rendre intéressante la relation conflictuelle père-fils, celle-ci ne se montrant un brin tangible que lorsque le duo se prépare pour le showdown final.

La faute incombe clairement en grande part au réalisateur John Moore, qui n’a jamais su raconter correctement une histoire. En réalité, la seule fois où y est presque parvenu, c’était avec La Malédiction, et il s’agissait d’un remake à la quasi-scène près de l’original de Richard Donner. Enfin ce n’est pas tant qu’il ne sait pas raconter une histoire mais plutôt qu’il en a rien à battre, à en juger la pluie d’aberrations et incohérences qu’il accepte de filmer ou de laisser telles quelles après l’étape du montage. Yes man assez doué sur le plan visuel (quoique il a un peu tendance à abuser ici de la shakycam), il semble donc bien que ça n’ira jamais plus loin pour lui, en tout cas tant qu’il se contentera de bosser sur des scripts (trafiqué pour devenir un Die Hard ?) à ce point indigents, fardés de méchants au charisme de navet. Moore n’a même pas la volonté de restituer l’aspect épique de la saga et se contente de livrer une péloche d’à peine 1h30, alors que Moscou se posait comme une énorme cour de récréation. Pas très nombreuses et amenées mécaniquement, les explosives scènes d’action (magnifique boulot des cascadeurs) ne parviennent alors pas à sauver l’ensemble car elles sont régies par les mêmes problèmes que le reste, à savoir qu’elles ne cachent rien de leur gratuité pour atteindre un résultat spectaculaire et énorme mais creux, vain. Le stupide suicide en hélicoptère de la fin en est un exemple flagrant.

Même pas anecdotique, Die Hard : Belle journée pour mourir est donc bien un épisode honteux à oublier au plus vite, la chute que certains avaient prédit un peu trop vite. Cette fois, c’est clair, McClane a touché le fond, et malgré cela Bruce Willis et producteurs parlent de prolonger la série avec un sixième métrage, puis un septième… Mauvais film pour mourir mais parfois, il vaut mieux savoir arrêter les frais.

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Critique ciné : Les Misérables

16 février, 2013

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Condamné au bagne pour avoir volé un morceau de pain dans la France du début du 19ème siècle, Jean Valjean est libéré au bout de deux décennies et choisit d’adopter une nouvelle vie, de prendre un nouveau nom. Des années plus tard, devenu un industriel aisé et un maire respecté, il a la surprise de voir son ancien maton Javert se présenter à lui, d’abord sans le reconnaître. Mais alors qu’il fait la promesse à une ancienne employée, Fantine, de venir en aide à la fille qu’elle a laissé en pension, Javert reconnaît celui qu’il a autrefois gardé et est désormais recherché pour avoir trahi sa conditionnelle

«Certaines comédies musicales feraient mieux de rester à Broadway»

Pas très connue par chez nous, la version musicale des Misérables de Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg est une vraie institution outre-Atlantique et outre-Manche, sur les planches depuis presque trente ans. Sa première adaptation au cinéma reste donc l’occasion pour certains de découvrir l’oeuvre de Victor Hugo sous un nouveau jour, non sans une certaine curiosité vu les arguments avancés. Déjà, couronné par son récent Oscar pour Le Discours d’un roi, nous retrouvons Tom Hooper à la réalisation. Et le casting assemblé autour de lui est une nouvelle fois de haute volée. Mais surtout, ce sont les premières images dévoilant un visuel d’une grande richesse qui ont su nous convaincre de l’intérêt de la chose. On s’attendait en conséquence à du spectaculaire, de l’épique, à être emporté par cette histoire bien connue dont les accès romanesques et passionnels auraient été démultipliés sous cette forme musicale. La bonne blague.

Tout commence pourtant fort bien avec l’évocation du passé de bagnard de Jean Valjean au travers d’une scène gargantuesque dans ses proportions et sa mise en scène, couplée à une galvanisante chanson entonnée par des cohortes de damnés. De la très grande comédie musicale à en rester bouche-bée, et il faut bien en profiter car la suite ne retrouvera jamais ce niveau. En fait, seules deux autres scènes valent le coup sur presque trois heures de durée, la chanson des Thénardier et celle du peuple lors de l’enterrement (avec sa reprise finale). La première pour son humour – Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter apportent une fantaisie bienvenue – et la seconde pour son ampleur, mais surtout parce qu’elles seront les seules à rendre honneur au genre cinématographique qu’emprunte cette version. Ca bouge, c’est vivant, c’est exactement ce qu’on est en droit d’attendre de l’exercice.

Pour le reste, nous sommes confrontés à un parti-pris de réalisation surprenant de la part de Hooper. Et particulièrement décevant puisqu’en gros, on passe les trois-quarts du métrage en plan serré sur les visages des comédiens. Sans exagérer, dès que ça chante, on est collé à leur tronche. Et ça chante beaucoup, tout le temps. Pas top pour les chorégraphies. Les Misérables donne alors le désagréable sentiment que le réalisateur a décidé de se reposer seulement sur sa distribution, dont il veut d’ailleurs préserver au mieux l’interprétation avec cette méthode peu commune en comédie musicale de capture vocale sur le tournage. Heureusement, il est un excellent directeur d’acteurs et les pousse à donner tout ce qu’ils ont, à se mettre les tripes à l’air, les nominés aux Oscars Hugh Jackman et Anne Hathaway en tête (mention spéciale également à Eddie Redmayne). Cette dernière se transcende même lors d’une impressionnante chanson en plan-séquence où on la voit véritablement se briser de l’intérieur. La magie n’opère toutefois qu’un moment car la caméra statique et sans ouverture de Hooper finit par rendre la chose ridicule, lui donner des airs de «musical-porn», et nombreuses sont les séquences à tourner de la sorte tant il n’y a quasiment aucune idée de montage.

Ce côté minimaliste jure avec ce que nous espérions du film, d’autant qu’il est aussi mécanique que l’enchaînement de chansons qui finissent par toutes se ressembler. La production value est ainsi loin d’être à la hauteur de ce que nous avions entrevu, parce qu’en plus la caméra focalisée sur les comédiens ne cache rien des décors en studio soignés mais très limités. Les barricades de Paris semblent par exemple se limiter à un seul carrefour, on ne trouve qu’un unique plan essayant d’élargir l’échelle de l’événement. Tom Hooper est comme complètement dépassé par l’ampleur du projet, on le sent hésitant au travers d’une caméra curieusement instable ou le fait que dès que ça s’agite dans l’action, son film ressemble au Vidocq de Pitof. Et en même temps pourquoi se faire suer quand on doit travailler avec un scénario à ce point indigent, qui n’a pas peur du risible et se contente du service minimum dans l’adaptation du roman de Hugo entre les deus ex machina à foison ou la scène où la vérole Javert se confie aux étoiles comme une princesse Disney ?

En définitive, cette adaptation des Misérables présente tous les mauvais aspects du Sweeney Todd de Tim Burton multipliés par dix et avec presque une heure de durée en plus, pour un résultat imbuvable et bien chiant en dépit des performances incroyables du casting. Une grosse boursouflure stylistique nous convaincant que certaines comédies musicales seraient plus avisées de rester à Broadway, ou en tout cas de mieux choisir celui engagé pour les porter à l’écran. Hooper, ce coup-ci, tu t’es foiré dans les grandes largeurs.

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Critique ciné : Flight

14 février, 2013

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Pilote de ligne tête brûlée et sûr de lui, Whip Whitaker prend un matin les commandes de son avion sans se douter qu’il court à la catastrophe. Car quelques minutes à peine après le décollage, une avarie technique fait piquer l’engin droit vers le sol et seule sa présence d’esprit permet d’éviter le crash mortel pour tous les passagers. D’abord considéré comme un héros, une enquête va néanmoins mettre en lumière l’état déplorable dans lequel Whip s’est installé dans le cockpit, sous l’effet de l’alcool et de la drogue. Ayant fui toute sa vie, il va lui falloir désormais affronter ses démons

«Comme si privé de magie, il ne lui restait plus que Dieu»

Véritable esthète des effets spéciaux en perpétuelle quête du trucage ultime, Robert Zemeckis a passé la dernière décennie à user de son talent de conteur pour explorer les possibilités de la performance capture, qu’il a personnellement débroussaillée. En sont sortis Le Polar express, La Légende de Beowulf et Le Drôle de Noël de Scrooge, trois films fort différents mais ayant cela en commun qu’ils lui ont tous permis de brouiller une fois pour toutes la frontière entre réel et SFX, au point qu’il y en aurait de quoi être un peu déboussolé Certainement alors pour retrouver ses marques et renflouer au passage sa société ImageMovers, en petite forme après l’annulation du remake de Yellow Submarine et l’échec commercial de Milo sur Mars, l’ancien disciple de Spielberg revient au cinéma live et pas trop cher à tourner avec Flight, qu’il faut bien considérer comme le drame le plus terre-à-terre de sa filmographie. Peut-être trop, même.

Le seul vrai moment de bravoure «à la Zemeckis» du métrage est donc le crash aérien de la première bobine. Le cinéaste a bien sûr de l’entraînement en la matière après celui de Seul au monde mais il en rajoute ici une belle couche dans le suspense et le spectacle, parce qu’il doit rendre l’aspect énorme (la cascade en CGI) et traumatique (le réveil en caméra subjective) de l’événement pour ce qui va suivre. Le problème étant justement que la suite, en plus d’abandonner totalement l’idée de divertissement (les influences du thriller ou du film de procès sont extrêmement limitées) comme on s’y attendait, s’avère être un pur drame dont les tournures progressives ont de quoi déconcerter. Pour commencer on voit se dessiner un portrait consternant de l’Amérique moderne avec les scènes faisant référence à la religion, à la voracité des médias, au goût du public pour les héros mis au pilori, mais on laisse tout cela de côté – et on finira même par le trahir – pour découvrir les véritables velléités du scénario de John Gatins (Coach Carter et autres péloches sportives) : parler de l’addiction et plus particulièrement de l’alcoolisme.

Car oui, très rapidement, il n’est plus question que de cela dans l’intrigue, le reste passant au second plan en tant que conséquences du penchant du héros pour la bouteille. Et plus de deux heures d’hésitations et bitures, même racontées par un pro de la narration à la hauteur de Zemeckis, ça a un peu de mal à passer. D’autant qu’il n’y a vraiment que cela de traité en profondeur. Le pilote en disgrâce est ainsi de chaque plan, tout est vu ou presque par son seul point de vue de sorte d’ailleurs que dès le départ, les scènes en parallèle avec Kelly Reilly s’intègrent mal au reste. Qu’on se rassure tout de même, elle ne reste pas bien longtemps et Denzel Washington a de quoi assumer son omniprésence, livrant une performance bluffante comme toujours dès lors qu’il joue les mecs borderline. Rien que pour la très belle scène de la prise de conscience, il a gagné sa nomination aux Oscars. Mais même tout son talent ne peut nous faire avaler certaines couleuvres. S’il laisse ainsi au spectateur la possibilité de se faire son opinion avec la question finale du fils et la réponse ouverte du père, le réalisateur abonde malgré tout dans des positions carrément moralisatrices (le dealer incarné par John Goodman qui arrive sur Sympathy for the Devil des Rolling Stones, c’est classe mais ça veut bien dire ce que ça veut dire), voire franchement bigotes puisque le personnage principal trouve la rédemption en devenant un bon chrétien. Sérieux.

Flight représente donc pour Robert Zemeckis une déception à l’égale de celle que nous a fait récemment connaître son ex-mentor avec Lincoln, tous deux y prenant le contre-pied stylistique de ce qui a fait leur gloire. Dans le cas présent c’est comme si privé de magie, il ne restait plus à Bob que Dieu vers qui se tourner et ça, c’est un raccourci intolérable chez un faiseur de rêves de sa trempe. Espérons alors que leur crise de respectabilité ait été satisfaite et qu’ils retournent à l’entertainment qu’ils font si bien, sans quoi il faudra se faire à l’idée que nos réalisateurs favoris se sont envolés pour de bon.

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Critique ciné : Hitchcock

13 février, 2013

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En 1959, alors qu’il rencontre un nouveau succès avec La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock cherche désespérément un nouveau projet le passionnant. Quelque chose qu’il n’a jamais fait et plus important encore, qu’on n’a jamais vu sur un écran. Le roman Psychose de Robert Bloch lui apparaît ainsi comme une révélation, avec son sujet morbide résonnant étrangement en lui. Mais personne à Hollywood ne croit en cette adaptation, et veut encore moins la produire. Personne sauf la femme du réalisateur, Alma Reville, qui n’a jamais cessé de le soutenir et l’inspirer depuis leur rencontre des années auparavant. Même lorsque cela était loin d’être aisé

«Pas le biopic d’un homme mais bien celui d’un couple»

Alfred Hitchcock, c’est cinquante-trois longs-métrages et une carrière de plus de cinquante années durant lesquelles l’homme et l’oeuvre s’inscrivirent à jamais dans l’histoire du cinéma, le faisant évoluer dans ses moindres aspects. Autant dire que se lancer sur le biopic d’une telle personnalité peut vite revenir à faire un château de cartes par tempête et dans l’hypothèse où l’on veut bien faire les choses, se pose alors deux solutions : soit on fait Le Seigneur des anneaux du biopic avec une grosse trilogie, soit on choisit une période plus restreinte qui on l’espère sera un minimum représentative. Précisément la voie empruntée par ce Hitchcock qui se concentre sur la création du traumatisant Psychose, l’un des plus emblématiques exemples de sa filmographie. Mais le métrage culte ne compte pas tant que l’homme derrière lui… et la femme derrière celui-ci.

De l’événement qui l’a inspiré (les meurtres du serial killer Ed Gein) à sa sortie en salles, ce biopic pourrait donc être approché comme une sorte de making-of rigoureusement chronologique de Psychose. Anecdotes sur le tournage, difficultés de la production… le tout enrobé d’une recréation historique fidèle aussi bien au niveau casting que direction artistique, nous assistons bien à la naissance d’un chef d’oeuvre de A à Z. Une partie intéressante du métrage pour l’aspect novateur du projet à l’époque mais malheureusement relatée d’une manière un brin scolaire, et posant au passage un problème plus préoccupant. En effet, entre la reprise de motifs visuels du célèbre thriller dans la réalisation de Sacha Gervasi ou la présence de beaucoup d’humour, le côté fun de l’entreprise fait qu’on ne peut que remettre en cause sa véracité historique, de soupçonner la manipulation. On sait que les éléments sous nos yeux sont tirés de faits réels mais on ne peut pas dire à quel point parce que le film lui-même le cache. Un aspect indéniablement romancé à l’identique de ce qu’avait fait le réalisateur en tant que scénariste sur Le Terminal de Spielberg, pour un résultat aussi plaisant à suivre même s’il perd donc en crédibilité.

Malgré son expérience passée de documentariste (on lui doit le touchant Anvil !), c’est pourtant bien dans cette partie davantage «fictive» – ou «extrapolée» serait-il plus juste de dire – que Sacha Gervasi nous convainc le plus. Il prend ainsi des libertés amusantes (la forme à la «Alfred Hitchcock présente») ou intrigantes (les rêveries où Hitchcock échange avec le serial-killer Ed Gein) dans sa mise en scène qui permettent d’explorer la personnalité du fameux réalisateur sous un jour inédit, à la fois humain et complexe. Car bien qu’il s’agisse de choses relativement connues parmi les historiens du cinématographe (vive eux), il est rare de voir ainsi explicitées ses obsessions pour les blondes ou les meurtres au point qu’il finit même par ressembler à son psychopathe star, Norman Bates. Comme à son habitude depuis des années, Anthony Hopkins cabotine alors un peu sous le maquillage du réalisateur bedonnant mais fort heureusement, Helen Mirren contrebalance cela par sa retenue et sa frustration d’épouse blasée, prolongeant par le fait d’une certaine manière la relation qu’entretenait Alma Reville avec son expansif mari. L’amourette entre elle et le personnage de Danny Huston peut ainsi paraître un peu chiante, elle n’en demeure pas moins indispensable pour comprendre qui elle était et au travers de cela, parce que l’un ne va pas sans l’autre, qui était Hitchcock.

La plus grande force de ce Hitchcock est donc de n’user de l’attrait historique (la conception du grand classique Psychose) que pour nous livrer non pas le biopic d’un homme, mais bien celui d’un couple. A l’évidence on ne peut pas réduire leurs décennies de cohabitation et collaboration à cette seule période mais en dépit de ce bon sens, il faut reconnaître au métrage de Sacha Gervasi qu’il parvient à nous donner le sentiment de mieux connaître le cinéaste anglais, intimement. Tout ça parce qu’il met en lumière le rôle de son épouse Alma Reville dans sa filmographie, une des ces grandes oubliées du septième art. On le savait pourtant : derrière chaque grand homme se cache une grande femme.

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Critique ciné : Gangster Squad

10 février, 2013

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A la fin des années 40, la ville de Los Angeles est gangrenée par un nouvelle criminalité importée de l’est par Micky Cohen, un mafieux de la pire espèce ayant pris la ville sous sa coupe. N’en pouvant plus de voir leur travail sapé par la corruption et les bandits s’en sortir sans cesse, plusieurs policiers de la ville se regroupe dans une escouade secrète qui aura pour mission, par tous les moyens légaux ou illégaux, de l’empire de Cohen. Mais ce faisant, ils vont se mettre eux et leurs familles comme jamais auparavant en danger

«Franchement, on n’en attendait pas tant»

Sulfureux, violent, grandiloquent, le Los Angeles des années 30 à 50 dégage une aura particulière qui sied fort bien au polar, en témoignent L.A. Confidential, Black Dahlia ou plus récemment le jeu vidéo L.A. Noire (plus une tendresse toute particulière pour Qui veut la peau de Roger Rabbit ?). Exactement le genre d’oeuvres qu’on adore mais bien trop rares sur les écrans, certainement parce que les producteurs les trouvent trop vieillottes. A tort dirions-nous, le champ à explorer et réinventer étant énorme. Justement, avec Gangster Squad, le réalisateur du fort sympathique Bienvenue à Zombieland se propose alors de le dépoussiérer un brin, de remettre au goût du jour l’ensemble imper’, galure et Thompson dans le Hollywood de l’âge d’or. Mais de la même façon que Ruben Fleischer avait livré un film de zomblards à sa sauce sans rien trahir de la catégorie, il ne fait pas les choses n’importe comment cette fois encore.

Le plus grand risque que courrait le métrage était donc de laisser s’emballer sa logique et, à trop vouloir rajeunir son contenu, de tomber dans une bêtise crasse. Sauf qu’en y regardant de plus près, exception faite du couple glamour incarné par Ryan Gosling et Emma Stone, le reste du casting et la promotion de Gangster Squad font la part belle à des acteurs bien plus mâtures, loin des éphèbes des pages de tabloïds qu’on aurait pu se coltiner. Clairement, le film ne table pas sur le racolage du côté du public adolescent, il vise plus large et à plus de respectabilité. Que les teenagers se rassurent toutefois, ils n’auront pas à être déçus par les performances des solides Josh Brolin, Giovanni Ribisi ou Robert Patrick, parfaits dans les rôles de ces flics justiciers. Quant à Sean Penn, puissant et impitoyable, il est tout bonnement incroyable dans la peau du parrain Mickey Cohen et se hisse tout de suite parmi les grandes figures de la mafia au cinéma.

Tout le film de Ruben Fleischer prend à ce titre le parti de s’inscrire dans la tradition du genre, quitte à paraître manquer d’originalité. La structure de l’intrigue s’avère par exemple extrêmement classique, calquée même sur celle des Incorruptibles de Brian de Palma pour ne citer que lui (au passage, la fusillade finale dans le hall d’entrée fait d’ailleurs beaucoup penser à celle de la célèbre scène dans l’escalier de la gare). Plus encore, la forme du métrage respecte cette veine classique si ce n’est que son aspect «best of» et pop le fait tout de même basculer vers le Dick Tracy de Warren Beatty (le maquillage que Sean Penn y participe également beaucoup), ces allures de comic book movie n’étant absolument pas incompatibles avec un respect certain. D’autant que cela se fait sans tomber dans une réalisation trop moderne. Pas d’effets clinquants de mise en scène ou juste quelques ralentis, pas de musique contemporaine comme le faisait craindre la bande-annonce… Pour un peu, on se croirait face à une péloche tournée dans les années 80.

Reste alors bien sûr le problème de l’histoire discutable quant au thème de la justice sauvage, sujet toujours délicat à aborder, surtout que la question est posée par un des personnages mais rapidement éludée. En gros ils savent qu’il jouent avec le feu mais ils s’en foutent. Et ils ont bien raison car ce n’est pas franchement la peine de se prendre la tête avec ça dans le cas présent. La péloche a en effet beau se prévaloir d’être tirée de faits réels eux-mêmes relatés dans le livre Tales from the Gangster Squad de Paul Lieberman, c’est surtout le sentiment d’être devant une fiction qui ressort de l’oeuvre. Tout ça est trop manichéen pour être pris au sérieux sur ce point, nous sommes dans la logique décomplexée d’un film d’action ou d’un western. Et c’est par ce biais du divertissement que Ruben Fleischer, avec Gangster Squad, ressuscite le polar old-school, avec panache et sans tomber dans les pièges du jeunisme. Franchement, on n’en attendait pas tant.

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Critique ciné : Pas très normales activités

9 février, 2013

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Octave et Karine sont jeunes, s’aiment et pour bien commencer leur vie de couple, ont décidé de quitter la ville pour s’installer à la campagne, en Creuse, dans la maison d’une grand-mère mystérieusement décédée. Un changement de vie pas évident à gérer, surtout lorsque des activités pas très normales commencent à se produire dans les environs. Pour sauver leur maison et leur couple, Octave et Karine n’ont alors plus qu’un seul choix : faire appel à Thierry Musseau, vidéaste amateur local et exorciste

«Barthélémy est devenu un réalisateur décidément intéressant»

Méga-buzz de l’année 2009 au point qu’il précipita la fin de la saga Saw, faisant passer la mode dans le cinéma d’horreur du torture-porn au mockumentaire, Paranormal Activity ne manqua pas d’agacer très rapidement une part du public et de la presse, plus assoupie qu’effrayée par les portes claquant toutes seules. Étonnamment, ce sujet à quolibets n’avait pas encore eu droit à de véritable parodie, mais ça se réveille en 2013 avec A Haunted House ou Scary Movie 5 et plus proche de nous, coupant l’herbe sous le pied à la grosse machinerie hollywoodienne, le frenchy Pas très normales activités. Soit la quatrième réalisation de Maurice Barthélémy, pour laquelle il a conduit la star du Net Norman Thavaud dans le magnifique département de la Creuse (la Creuse, bordel !).  Mais loin du métrage opportuniste qu’on pourrait imaginer (après tout, c’est le propre de la parodie), l’ex-Robin des bois prouve ici qu’il est toujours aussi sincère lorsqu’il s’agit de faire du cinéma. Surtout quand c’est pour la déconne.

A l’évidence, Pas très normales activités est ainsi une parodie. Pas de surprise, son titre comme son intrigue ou sa forme ne laissent planer aucun doute et si ça ne suffisait pas, de nombreux plans et séquences font en plus directement référence à la péloche de Oren Peli. Pourtant, le dernier effort de Barthélémy ne se limite pas à ce seul registre et on ressent une volonté tangible de faire sa propre œuvre, de se démarquer pour acquérir sa propre identité. Cela commence par un visuel plus empreint de réalisme que des afféteries classiques de la comédie, faisant très bien ressortir les différentes facettes du plus beau département de France (la Creuse, bordel !) sans jamais enjoliver ni se contenter de recopier l’esthétique de Paranormal Activity. Il prend même encore des libertés avec son modèle en versant plus explicitement dans le fantastique, par le biais d’une horde de cochons fantômes en furie, ou en trahissant très régulièrement le cadre rigide de la caméra subjective. Parce qu’il veut faire du vrai cinéma – et y parvient plutôt bien en général – sans se limiter à un gimmick réduisant quand même beaucoup les possibilités du langage filmique.

En fin de compte, la référence majeure du film n’est pas tant Paranormal Activity que les vidéos du Web de Norman Thavaud où il rigole des affres de la vie quotidienne, des sketchs dont retrouve tout à fait le style ici. Les activités pas très normales du métrage sont donc aussi celles de ce jeune couple de citadins qui s’installent au vert et doivent apprendre à vivre ensemble, un sujet au moins aussi important dans l’histoire que la malédiction des poltergeists animaliers (il n’y a qu’à comparer le nombre de prises de bec avec celui de scènes fantastiques). Parfaitement à l’aise dans ce cadre, Norman réussit en toute logique sa transition de Youtube aux salles de ciné et ne manquera pas de se faire remarquer mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’apport de Stéfi Celma (Case départ), qui est pour beaucoup dans le naturel renvoyé par leur relation de couple. Ces deux jeunes acteurs font que le film peut prétendre à être autre chose qu’une succession de gags, qu’il a quelque chose à raconter. Et puisque nous sommes quand même venus pour nous marrer un peu, cerise sur le gâteau, Maurice Barthélémy s’est réservé un rôle sur-mesure qui apporte à tout cela une bonne dose d’humour absurde et hard.

Avec Pas très normales activités, l’ancien de Comédie! et Canal + prouve donc qu’il est devenu un réalisateur décidément intéressant dans le paysage français, aussi intéressé par la blague qui fait mouche que par le médium cinéma (rappelez-vous les partis-pris formals courageux de son premier long, Casablanca Driver). Et s’il révèle ici deux talentueux comédiens, on attend toujours que lui atteigne la reconnaissance qu’il mérite. Espérons alors que ce sera avec ce film-ci, d’autant plus appréciable que la comédie fantastique est un genre quasi-absent en France. Il ne tient qu’à nous d’en faire une pierre, deux coups.

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Critique ciné : Le Dernier rempart

5 février, 2013

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Patron d’un des plus importants cartels mexicains, Gabriel Cortez réussit une spectaculaire évasion lors de son transfert vers une prison de haute sécurité et prend la route à bord d’un super bolide. Destination : le Mexique, le plus vite et directement possible. Mais pour cela il lui faudra passer par la petite ville frontalière de Sommerton, ce que le shérif Ray Owens ne peut accepter. Aidé de ses acolytes inexpérimentés et quelques marginaux locaux, il va alors tenter d’arrêter le criminel en fuite et ses mercenaires

«Du bon divertissement généreux et emballé avec style»

En ayant fini pour de bon avec la politique (en tout cas on l’espère), Arnold Schwarzenegger revient aux affaires dans une petite mouvance revival du ciné d’action des 80′s, principalement marquée par Expendables et sa suite. Néanmoins, pas de quoi raviver franchement notre nostalgie de ce côté-là car malgré tout notre amour pour ces acteurs (n’ayons pas peur du mot) (non, pas le mot «acteurs» petits rigolos, mais «amour»), les deux films étaient loin de rendre honneur à leur casting de stars. Pour tout dire, ils avaient même plutôt tendance à sonner le glas de leur carrière. A charge alors pour les essais en solo de corriger le tir, de montrer qu’ils ne sont pas trop vieux pour ces conneries. Et puisque les gloires sur le retour éveillent désormais surtout notre méfiance, c’est vers les réalisateurs qu’il faut se tourner pour retrouver l’excitation de nos vertes années. Sauf que là où Stallone va jusqu’au bout de l’idée en ressuscitant Walter Hill pour Du plomb dans la tête, le chêne autrichien surprend son monde en se mettant pour Le Dernier rempart sous les ordres d’un prodige sud-coréen, Kim Jee-woon, expatrié pour son premier long-métrage américain.

Parce que c’est un point crucial, il faut tout d’abord préciser que Schwarzy ne se ridiculise aucunement ici, ce que l’on pouvait craindre suite à Expendables 2 et ses apparitions arthritiques. Bien sûr il ne trouve pas non plus de quoi briller en performance d’acteur avec ce rôle de shérif consciencieux et protecteur, assorti de l’incontournable passé traumatique, mais il fait cependant preuve d’un charisme intact même lorsqu’il se moque de son âge, avec un sens de la punchline qui ne s’invente pas. Plus important encore, il reste crédible dès lors qu’on passe à la castagne. Enfin, heureusement qu’on ne lui en demande pas trop (quinze cascades semble-t-il) et que ça colle avec le personnage mais quand même, on le sent prêt à passer à un nouveau registre dans sa filmographie. Il assume de ne plus jouer les jeunes premiers ou les surhommes et laisse ça aux autres. Justement, il y a de quoi faire dans Le Dernier rempart avec sa distribution des plus étonnantes, hétéroclite au point d’en paraître presque foutraque. S’y croisent ainsi des seconds couteaux familiers (Luis Guzman et Peter Stormare, égaux à eux-même), des acteurs de premier rang (Forest Whitaker, l’hispanique Eduardo Noriega en bad guy vénéneux), un échappé des Jackass (Johnny Knoxville tout en grimaces) et même Harry Dean Stanton sur un tracteur. Un mélange d’univers qui s’explique par la présence de Kim Jee-woon derrière la caméra, chez qui on avait senti très tôt une faculté à transcender ses influences en un ensemble cohérent.

Le réalisateur sud-coréen est en effet surtout connu pour ses thrillers magistraux (A Bittersweet Life, le choc de Gérardmer 2011 J’ai rencontré le diable) mais c’est davantage du côté de son Le Bon, la brute et le cinglé qu’il faut chercher ici. Déjà parce qu’on y retrouve la même propension à célébrer la culture pop au travers d’une esthétique colorée mais surtout, au-delà des emprunts à l’actioner des 80′s ou plus moderne à la Fast and Furious, parce que son nouveau film est avant tout un western, répondant aux codes classiques du genre jusque dans sa structure qui fait monter la tension tout du long pour arriver à l’explosion de violence du duel final. Le métrage peut à ce titre déconcerter un chouïa puisque les protagonistes ne se rencontrent pas avant très longtemps, et que le héros passe presque autant de temps à ignorer ce qui va lui tomber dessus. L’intrigue évite toutefois de tomber en lambeaux car la péloche ne se prend jamais pas la tête, elle garde le rythme et se montre décomplexée jusqu’à son climax furieux, virant presque au cartoonesque dans sa démesure. Puis entre les gags et les fulgurances gores, nous avons droit à un vrai duel entre le gentil et le méchant. En plusieurs étapes pour ne pas décevoir notre attente, avec de bonnes idées (la course-poursuite en voiture dans le champ de maïs) et une empoignade bien virile comme il se devait : que demander de plus ?

La patience finit donc par payer, autant en ce qui concerne Le Dernier rempart que vis-à-vis d’un Schwarzenegger que nous prenons enfin un vrai plaisir à retrouver, loin des caméos quelque peu embarrassants des Expendables. On a là de quoi nous remettre du baume au cœur quant au King Conan revenu dans les conversations et qui pourrait prendre pleinement son sens, l’acteur étant désormais vraiment mûr pour le rôle. Mais plus que tout, il faut insister sur le savoir-faire de Kim Jee-woon grâce auquel il ressuscite le cinoche bourrin de la belle époque en lui adjoignant une indéniable modernité, livrant du bon petit divertissement généreux et emballé avec style. Il s’agissait d’un projet parfait pour entamer la transition vers Hollywood mais de toute façon le vrai talent ne peut être déraciné, il pousse n’importe où, et ça le réalisateur le démontre sans fard.

Critique ciné : Le Dernier rempart dans Cinema Cinema 021-150x99031-150x99 dans Cinema Cinema041-150x100

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