Critique ciné : Maniac

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Traumatisé durant l’enfance par les excès de sa mère, Frank Zito a grandi dans la boutique familiale seul, entouré de mannequins de vitrine qu’il assimile aux humains. Devenu adulte, il erre désormais dans les rues de Los Angeles à la nuit tombée pour trouver des proies, des femmes à la beauté incendiaire qu’il assassine avant de les scalper, afin de se constituer une macabre collection. Mais lorsqu’il fait la rencontre de Anna, une jeune photographe aimant au moins autant que lui les mannequins, Frank entrevoit alors la possibilité d’un changement

«Les plus de trente ans apprécieront la sanglante nostalgie»

Film culte du début des 80′s ayant fait le bonheur des vidéo-clubs, le Maniac de William Lustig avait marqué les esprits pour ses impitoyables scènes de meurtre mais aussi – et surtout – parce qu’il comptait parmi les premiers films à coller en permanence aux basques du méchant de l’histoire, à nous immerger totalement dans l’univers des tueurs en série les plus barjots. Il en inspirera d’autres comme Henry, portrait d’un serial killer de John McNaughton mais plus étonnant, sachant qu’il est devenu assez confidentiel, c’est qu’il inspire aujourd’hui un remake aux producteurs français Thomas Langmann et Alexandre Aja, ce dernier s’étant fait un spécialité de revisiter les classiques de l’horreur. Et puisqu’il le fait toujours à l’extrême, cette fois, pour rentrer dans la tête du maniaque pour de bon, lui et le réalisateur Franck Khalfoun ont opté pour un parti-pris de mise en scène des plus particuliers…

Effectivement, hormis quelques très rares moments, Maniac version 2012 est donc tourné presque intégralement en point de vue subjectif, directement à travers les yeux du tueur Frank Zito. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, hein ? Il s’agit pour le moins d’un choix de réalisation particulièrement audacieux de la part de Khalfoun, chez qui on avait dénoté un certain savoir-faire avec 2ème sous-sol mais pas forcément de quoi s’attaquer à ce genre de défi. Et s’il s’en sort très bien sur le plan de la crédibilité, aidé par Aja et sa bande pour multiplier les astuces, le procédé ne peut en définitive prétendre à être autre chose qu’un gimmick, car il ne permet pas de raconter une histoire dans son intégralité. Encore moins une comme celle-ci. C’est pourquoi les quelques moments où l’on sort de ce système, lors des flashbacks ou des «extases» du meurtrier, sont paradoxalement ceux où l’on arrive le mieux à comprendre qui il est, ce qui se passe dans sa tête. Voir le visage du Mal a donc aussi son importance pour l’appréhender, d’autant plus quand il est interprété par un Elijah Wood qui n’a jamais été aussi inquiétant. Chapeau bas en tout cas pour réussir à briller malgré les quelques minutes où il apparaît effectivement à l’écran, et pour avoir accepté de participer à un projet à ce point unique et «autre», très loin des critères hollywoodiens même en terme d’horreur.

Ce remake ne ressemble ainsi à presque rien de ce qui se fait aujourd’hui parce qu’en tant qu’oeuvre de vrais fans (bravo pour la recréation de la fameuse affiche du métrage original au détour d’un reflet), il veut renouer avec son style davantage que de trouver le sien propre. D’où une esthétique – et un son avec les compositions au synthé de Rob – très marquée 80′s n’ayant rien à envier à la version de Lustig, limite kitsch lorsqu’on croise quelques coupes de cheveux ou vêtements qu’on aurait préféré oublier. Cela se joue donc au niveau de la direction artistique (le Los Angeles d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre au quartiers mal-famés du New-York d’il y a trente ans, on y ressent une identique déliquescence urbaine) mais également dans la manière de filmer de Khalfoun. Celui-ci privilégie en effet une image très crade et parfois criarde qui accentue la sensation de malaise à accompagner (être ?) un tueur en série, tout en conservant le feeling des VHS de la belle époque dont l’âpreté renforce la violence des scènes de meurtre, à la fois vicieuses et sulfureuses. William Lustig et Tom Savini ont de quoi être fiers : les scalpages de femmes sont des moments toujours aussi impressionnants et angoissants.

S’il n’est donc pas un remake très utile, n’apportant en fin de compte que peu de choses au film original au niveau de l’intrigue, le Maniac de Franck Khalfoun constitue malgré tout un exercice de style intéressant grâce au procédé du point de vue subjectif. Et dont le jusqu’au-boutisme – à ne pas négliger – fait plaisir car il ne tombe pas dans les affres du torture-porn, mais est au contraire respectueux de la tradition d’un certain cinéma underground qu’on croyait éteint, où la violence est sèche et brutale sans jamais verser dans la complaisance. Pas sûr que la jeune génération de spectateurs s’y retrouve, mais les plus de trente ans devraient apprécier cette sanglante nostalgie.

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