Archive pour janvier, 2013

Critique ciné : Django Unchained

26 janvier, 2013

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Peu de temps avant que la guerre de Sécession ne déchire l’Amérique du nord, le docteur et chasseur de prime King Schultz libère Django de ses négriers, l’esclave étant le seul à pouvoir le mener vers ses prochaines cibles. Une amitié naît alors entre eux et une fois la prime empochée, l’allemand propose de l’aider pour retrouver sa femme, vendue à une plantation du sud. La tristement célèbre Candyland, connue pour son organisation de combats à morts entre esclaves. Un univers hostile que les deux hommes vont devoir infiltrer s’ils veulent libérer l’amour de Django

«Le Tarantino qu’on attendait désespérément»

En mettant en scène son premier western, genre avec lequel il a flirté à de nombreuses reprises, Quentin Tarantino réalise un fantasme qu’il doit traîner depuis au moins l’adolescence. Voir le réalisateur cinéphile s’attaquer à ce genre de défi ne pouvait alors que nous mettre l’eau à la bouche et pourtant, malgré tout le bien qu’on pense de lui, tout le mal qu’on pense également de lui ne cessait de nous tarauder, la déception Inglourious Basterds étant encore bien vive dans les esprits en tant que couronnement d’une certaine tradition de pétards mouillés. Grosse surprise donc ce coup-ci puisque loin de ses travers coutumiers tout en portant indéniablement sa marque, Django Unchained – si l’on excepte la première partie de Kill Bill – est ce qu’il nous a livré de mieux à ce jour, son œuvre la plus aboutie et la moins nombriliste. Enfin, il s’efface derrière le cinéma qu’il adore.

On s’en serait douté, son petit dernier est ainsi un vrai film hommage, ne serait-ce pour commencer que dans son titre faisant référence à la série des Django transalpins. Il se paye même le luxe d’une apparition de Franco Nero, l’original, et ce n’est que l’un des nombreux clins d’oeil que le cinéaste lance au genre au travers de quantité de caméos avec des gueules lui étant associées. Bien sûr, c’est néanmoins dans sa mise en scène que Tarantino déclare le mieux sa flamme au western. A tous les westerns. A Sergio Leone et au spaghetti à l’évidence mais aussi à John Ford au travers de certains cadres, Sam Peckinpah pour les accès de violence particulièrement graphiques ou même, par son utilisation de la musique, au western classique comme à son pendant gaucho des années 70. Exactement le genre de melting-pot que nous attendions de sa part, sachant faire siennes toutes ces influences. A la fois naturaliste avec les éclairages de Robert Richardson et stylisée de par une bonne louche d’esprit grindhouse, la réalisation ne cesse donc de faire des grands écarts jamais disgracieux car «Quouennetine» peut tout se permettre et ne se refuse rien. Après tout, il est là pour se faire plaisir. Et il est tout à fait capable de nous communiquer cela, de nous inclure jusque dans le plus grand délire comme lors de cette hilarante aparté où des lyncheurs – dont Jonah Hill (?) – dissertent sur l’aspect peu pratique de leurs masques.

Pour autant, et c’est là la plus grande force du métrage, jamais il ne tombe dans les écueils de ses précédents travaux. Pas de trace de ses fameux dialogues inutilement verbeux (hourra !), même dans la partie à Candyland qui ne consiste au demeurant qu’en une succession de discussions car toutes servent ici l’intrigue. Elles mettent l’ambiance et posent les personnages sans jamais trop en faire. Autant dire que nous sommes à mille lieues de la débâcle Boulevard de la mort. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, il abandonne également la multiplication des points de vue qu’il affectionne depuis Reservoir Dogs – même si on garde l’impression de gros blocs narratifs – pour se concentrer véritablement sur son histoire, qui gagne ainsi en ampleur et en impact comme rarement dans sa filmographie. Le scénario se construit sur des aspects mythologiques (Brunehilde et Nibelungen) et historiques (l’esclavage, thème rare dans le western) mais aussi simplement humains avec la relation entre les deux chasseurs de prime, qui occupe une bonne part du récit et s’avère tour à tour touchante de paternalisme, drôle à la limite de l’absurde et d’une classe folle dans le remodelage des figures de l’ouest. L’excellence du casting n’y est alors pas pour rien, avec évidemment le duo de héros (massif Jamie Foxx et Christoph Waltz roublard) mais c’est bien du côté des méchants qu’on trouve les plus belles surprises. D’un côté Leonardo DiCaprio se régale en effet d’être enfin dans la peau du bad guy et de l’autre, Samuel L. Jackson n’avait pas eu un rôle de ce calibre depuis longtemps. On imagine la joie pour des acteurs de se voir proposé un tel script.

Hormis donc une petite intrusion dispensable du rap et un final dilué en plusieurs étapes (d’où la copieuse durée de 2h45), Django Unchained est le film de Quentin Tarantino qu’on attendait désespérément, depuis le début en fait. Celui qui oublie l’esbroufe pour se focaliser sur le pur cinéma, comme le faisait la première partie de Kill Bill sans pouvoir toutefois dans son cas prétendre à raconter une histoire entière. Le cinéaste a alors choisi ce moment pour commencer à parler de prendre sa retraite mais il ne trompe personne, car il est clairement en pleine forme et trop passionné pour laisser tomber. En espérant juste que cette fois, la série de déconvenues soit enterrée pour de bon.

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Critique ciné : Maniac

10 janvier, 2013

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Traumatisé durant l’enfance par les excès de sa mère, Frank Zito a grandi dans la boutique familiale seul, entouré de mannequins de vitrine qu’il assimile aux humains. Devenu adulte, il erre désormais dans les rues de Los Angeles à la nuit tombée pour trouver des proies, des femmes à la beauté incendiaire qu’il assassine avant de les scalper, afin de se constituer une macabre collection. Mais lorsqu’il fait la rencontre de Anna, une jeune photographe aimant au moins autant que lui les mannequins, Frank entrevoit alors la possibilité d’un changement

«Les plus de trente ans apprécieront la sanglante nostalgie»

Film culte du début des 80′s ayant fait le bonheur des vidéo-clubs, le Maniac de William Lustig avait marqué les esprits pour ses impitoyables scènes de meurtre mais aussi – et surtout – parce qu’il comptait parmi les premiers films à coller en permanence aux basques du méchant de l’histoire, à nous immerger totalement dans l’univers des tueurs en série les plus barjots. Il en inspirera d’autres comme Henry, portrait d’un serial killer de John McNaughton mais plus étonnant, sachant qu’il est devenu assez confidentiel, c’est qu’il inspire aujourd’hui un remake aux producteurs français Thomas Langmann et Alexandre Aja, ce dernier s’étant fait un spécialité de revisiter les classiques de l’horreur. Et puisqu’il le fait toujours à l’extrême, cette fois, pour rentrer dans la tête du maniaque pour de bon, lui et le réalisateur Franck Khalfoun ont opté pour un parti-pris de mise en scène des plus particuliers…

Effectivement, hormis quelques très rares moments, Maniac version 2012 est donc tourné presque intégralement en point de vue subjectif, directement à travers les yeux du tueur Frank Zito. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, hein ? Il s’agit pour le moins d’un choix de réalisation particulièrement audacieux de la part de Khalfoun, chez qui on avait dénoté un certain savoir-faire avec 2ème sous-sol mais pas forcément de quoi s’attaquer à ce genre de défi. Et s’il s’en sort très bien sur le plan de la crédibilité, aidé par Aja et sa bande pour multiplier les astuces, le procédé ne peut en définitive prétendre à être autre chose qu’un gimmick, car il ne permet pas de raconter une histoire dans son intégralité. Encore moins une comme celle-ci. C’est pourquoi les quelques moments où l’on sort de ce système, lors des flashbacks ou des «extases» du meurtrier, sont paradoxalement ceux où l’on arrive le mieux à comprendre qui il est, ce qui se passe dans sa tête. Voir le visage du Mal a donc aussi son importance pour l’appréhender, d’autant plus quand il est interprété par un Elijah Wood qui n’a jamais été aussi inquiétant. Chapeau bas en tout cas pour réussir à briller malgré les quelques minutes où il apparaît effectivement à l’écran, et pour avoir accepté de participer à un projet à ce point unique et «autre», très loin des critères hollywoodiens même en terme d’horreur.

Ce remake ne ressemble ainsi à presque rien de ce qui se fait aujourd’hui parce qu’en tant qu’oeuvre de vrais fans (bravo pour la recréation de la fameuse affiche du métrage original au détour d’un reflet), il veut renouer avec son style davantage que de trouver le sien propre. D’où une esthétique – et un son avec les compositions au synthé de Rob – très marquée 80′s n’ayant rien à envier à la version de Lustig, limite kitsch lorsqu’on croise quelques coupes de cheveux ou vêtements qu’on aurait préféré oublier. Cela se joue donc au niveau de la direction artistique (le Los Angeles d’aujourd’hui ressemble à s’y méprendre au quartiers mal-famés du New-York d’il y a trente ans, on y ressent une identique déliquescence urbaine) mais également dans la manière de filmer de Khalfoun. Celui-ci privilégie en effet une image très crade et parfois criarde qui accentue la sensation de malaise à accompagner (être ?) un tueur en série, tout en conservant le feeling des VHS de la belle époque dont l’âpreté renforce la violence des scènes de meurtre, à la fois vicieuses et sulfureuses. William Lustig et Tom Savini ont de quoi être fiers : les scalpages de femmes sont des moments toujours aussi impressionnants et angoissants.

S’il n’est donc pas un remake très utile, n’apportant en fin de compte que peu de choses au film original au niveau de l’intrigue, le Maniac de Franck Khalfoun constitue malgré tout un exercice de style intéressant grâce au procédé du point de vue subjectif. Et dont le jusqu’au-boutisme – à ne pas négliger – fait plaisir car il ne tombe pas dans les affres du torture-porn, mais est au contraire respectueux de la tradition d’un certain cinéma underground qu’on croyait éteint, où la violence est sèche et brutale sans jamais verser dans la complaisance. Pas sûr que la jeune génération de spectateurs s’y retrouve, mais les plus de trente ans devraient apprécier cette sanglante nostalgie.

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