Critique ciné : Les Mondes de Ralph

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Cela fait trente ans que Ralph joue les méchants dans Fix-It-Felix, détruisant encore et encore le même immeuble avant d’être battu par le héros du jeu. Mais un jour, Ralph en a marre de casser des briques en vain et d’être le méchant de service. Il veut à son tour être un héros. Il veut lui aussi avoir une médaille. Quitte pour cela à aller la dérober dans un autre jeu, et mettre ainsi en péril plusieurs bornes d’arcade

«Ce que Disney nous a livré de mieux depuis longtemps»

A l’évidence, la tradition disneyenne de l’animation est arrivée dans une impasse au cours de ces dernières années. Hormis les productions en externe de Pixar et les collaborations avec de grands réalisateurs (Robert Zemeckis et Le Drôle de Noël de Scrooge ou Tim Burton avec son Frankenweenie), leurs films se contentent effectivement soit de ressasser d’éternelles icônes (la série des Clochette, Winnie l’ourson) soit de revenir inlassablement à des recettes éculées au possible (La Princesse et la grenouille, Raiponce). Signe des temps dont nous avons encore eu un exemple il y a peu, la firme aux grandes oreilles cherche en conséquence désespérément son salut dans l’ingestion de «boites à idées», à grands coups de gros chèques. Mais plus qu’acquérir de grosses licences en rachetant Marvel, Lucasfilm ou Pixar, elle pourrait bien trouver un nouveau souffle en s’inspirant (vampirisant ?) de ces compagnies. Ainsi, autant Rebelle balançait tristement du côté des princesses Disney, autant Les Mondes de Ralph s’imprègne enfin un chouïa de la recette mise en place par les créateurs de Toy Story. On se demandera juste pourquoi ça a pris autant de temps, sachant que John Lasseter est monté en grade depuis quelques années déjà. Mais voilà, c’est fait.

Passons alors rapidement sur le fait de débaucher avec le réalisateur Rich Moore un ancien des Simpson, comme Pixar qui avait hébergé Brad Bird, pour nous concentrer sur ce qui a bâti en très grande partie le succès des longs-métrages de la société de Emeryville. A savoir des intrigues sortant justement des ornières tracées par Disney et profitant de cette occasion pour s’intéresser à du jamais-vu, ou en tout cas le montrer sous un nouveau jour. C’est justement ce à quoi s’emploie Les Mondes de Ralph en nous invitant déjà à une immersion dans les coulisses d’une salle d’arcade, pour nous dévoiler l’envers du décor des jeux vidéo de manière inédite. Mais également en entretenant des enjeux loin d’être aussi schématiques que la traditionnelle princesse en danger. C’est sûr alors, l’univers est à peine effleuré (une suite sera la bienvenue pour creuser tout ça) et le scénario ne surprend pas des masses dans ses rouages. A côté de ça néanmoins, l’ensemble fonctionne grâce à des personnages attachants, même lorsqu’ils s’annonçaient agaçants en première impression (Vanellope n’est pas qu’une gamine facétieuse, elle cache une figure bien plus tragique que ça). Le temps d’une chute au ralenti, Ralph parvient même à nous toucher presque autant que le faisait lors de son envolée finale Le Géant de fer… réalisé par Brad Bird. On y revient.

Un peu léger, le script n’en ménage pas moins une belle – et cruciale – déférence à l’univers des jeux vidéo, il porte dessus un regard de geek dans lequel se reconnaîtront les gamers. Outre l’intégration des données de ce monde à l’intrigue (les bugs, les jeux débranchés…), les clins d’oeil et références pleuvent donc, certains évidents tels l’apparition de personnages bien connus (les éditeurs-stars n’ont pas voulu refaire l’erreur de Mattel à l’époque de Toy Story) et d’autres plus obscurs comme le Konami Code, que seuls les vieux de la vieille connaissent. On ressent en tout cas un véritable désir de contenter la communauté, de ne pas se limiter au jeune public. Ceux rebutés par l’aspect rose bonbon du monde de Sugar Rush, où se déroule une grande part du métrage, doivent alors quand même savoir que le passage dans le jeu Hero’s Duty est lui l’un des plus violents qu’on ait vu dans un Disney, un pur moment de furie et de chaos qu’on ne se serait jamais attendu à croiser ici (à n’en point douter la meilleure utilisation du ‘Bangarang’ de Skrillex pour l’année 2012). Dommage que les courses de kart ne bénéficient pas du même traitement, ce qui n’empêche toutefois pas le film de distiller quelques bons moments de spectacle, guidés par une direction artistique aussi respectueuse que jusqu’au jusqu’au-boutiste. En témoigne l’animation saccadée des personnages de Fix-It-Felix, délicieusement anachronique en ces temps où la voie contraire pousse à de réelles abominations (souvenez-vous Le Hobbit et son HFR).

Sans atteindre donc l’excellence des Pixar de la belle époque (puisse-t-elle revenir un jour), Les Mondes de Ralph s’inscrit malgré tout comme ce que Disney – en solo – nous a livré de mieux depuis longtemps, et comme l’un des meilleurs films sur les jeux vidéo qu’on ait jamais vu. Rien que ça. La Mouse House ne s’est pas reniée mais est clairement allée chercher l’inspiration ailleurs, ce qui s’est avéré salutaire pour elle dans le cas présent. En effet, quand ça sent le renfermé, rien ne vaut d’ouvrir un peu sur l’extérieur. Une leçon à méditer avant de retourner derrière sa console.

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