Critique ciné : L’Odyssée de Pi

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Enfant curieux de Pondichéry, Pi Patel a grandi dans le zoo tenu par son père en se nourrissant de religions jusqu’à l’année de ses dix-sept ans, époque à laquelle les troubles secouant l’Inde poussent la famille à fuir le pays. Avec leurs animaux, qu’ils revendront une fois arrivés au Canada. Mais durant la traversée, une monstrueuse tempête fait couler le bateau, laissant Pi seul survivant sur un radeau. Seul ? Loin de là, car le jeune homme découvre rapidement qu’un tigre a embarqué avec lui

«Ang Lee a la classe des réalisateurs qui osent et réussissent»

Artiste protéiforme et courageux n’allant jamais là où on l’attend, Ang Lee a quitté les hippies de Hôtel Woodstock pour occuper les trois dernières années de sa vie à mettre sur pied un projet pharaonique, L’Odyssée de Pi. L’adaptation d’un roman multi-récompensé du canadien Yann Martel, autrement plus ambitieux que le laisse présager son postulat à la croisée de Open Water et Burning Bright, et sur lequel plusieurs réalisateurs se sont cassés les dents de M. Night Shyamalan à Alfonso Cuaron en passant par le frenchy Jean-Pierre Jeunet. Le réalisateur taïwanais n’a toutefois jamais craint de relever des défis et ça tombe très bien, car ce projet-ci n’en manque pas. Aussi bien dans le fond que dans la forme.

Prétendre le contraire serait vain au regard de sa filmographie, Ang Lee est un metteur en scène qui sait manipuler la matière filmique, se l’approprier, et qui n’hésite surtout pas à en jouer en fonction des longs-métrages sur lesquels il bosse. En effet, on a rarement vu un artiste s’adapter aussi bien au petit drame intimiste qu’au gros blockbuster, le tout en ne s’épargnant jamais de téméraires prises de risque. Ici alors, sans aller aussi loin que les délires artistiques de son Hulk ou le sujet polémique de son Secret de Brokeback Mountain, il s’attaque à un Everest esthétique en versant très amplement dans l’incroyable au travers de quantité de scènes surréalistes, servies par de magnifiques effets spéciaux (en particulier concernant le tigre, bluffant de réalisme). Le réalisateur pousse d’autant plus le délire qu’il a entre les mains un nouveau joujou avec la 3D, l’encourageant à travailler toujours plus le style de son film. Il l’utilise ainsi avec autant de ludisme et d’imagination qu’il en emploie dans la manière de filmer un lieu unique, en tout cas pendant une bonne partie du film, transcendant chaque instant par une poésie visuelle qui transfigure le crédible. Le début du métrage fait d’ailleurs beaucoup penser à La Fabuleuse histoire d’Amélie Poulain (pas étonnant que Jeunet ait planché sur l’adaptation), autre fameux exemple de cette dialectique optimiste et léchée, parce que Lee mélange les influences de la même manière que son héros mélange les religions, afin d’accoucher d’une œuvre véritablement cosmopolite voire universelle.

Il n’y parvient que mieux en gardant toujours à l’esprit l’aspect humain de son histoire, aussi bien envers son héros (excellents choix de casting pour interpréter Pi à ses différents âges) que ses spectateurs. L’Odyssée de Pi devient ainsi une véritable odyssée pour le public, balancé au gré d’un récit ne manquant pas d’humour ni de spectacle tout en étant parfois bouleversant, jamais moralisateur mais impitoyable quand il le faut. En définitive, une oeuvre sincère et plutôt juste dans son raisonnement, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on désire véhiculer autant de messages à la fois. L’histoire soulève effectivement nombre de questions sur la nature et la place que l’homme y tient mais aussi, plus largement, sur les différences et l’acceptation de ses disparités, la cohabitation entre des êtres normalement pas faits pour s’entendre. Toujours cette idée si chère à Lee de rencontre, de métissage. Une richesse thématique malheureusement éclipsée en toute fin par une réflexion sur la foi, ce en quoi on choisit de croire, en une conclusion un poil too much quant à l’importance dans la vie de la croyance et par extension de la religion. On s’en serait aisément passé.

Cela n’enlève toutefois pas grand chose aux qualités d’un long-métrage qui s’impose comme un vrai tour de force, une aventure émotionnelle comme on n’a pas souvent l’occasion d’embarquer pour. Avec L’Odyssée de Pi, Ang Lee prouve donc qu’il a définitivement la classe des réalisateurs qui osent et à qui ça réussit, ce dont nous ne doutions pas de toute façon. Mais que voulez-vous, une démonstration de la sorte, nous sommes toujours demandeurs !

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Une Réponse à “Critique ciné : L’Odyssée de Pi”

  1. tiniere dit :

    la critique est juste le côté multi religions est traité de façon légère et drole effectivement en y repensant à la mode Amélie Poulain ce qui donne la pêche à la narration de l’histoire!
    j »ai passé un bon moment vive la magie du cinéma!!!

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