Critique ciné : Silent Hill – Révélation

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Sauvée in extremis de Silent Hill grâce au sacrifice de sa mère, cela fait plusieurs années que Sharon et son père vivent comme des fugitifs, déménageant et changeant de nom sans cesse. Ils ont en effet à leurs trousses une mystérieuse société secrète désirant mettre la main sur la jeune femme, ceci afin de la ramener dans la ville maudite et ressusciter leur dieu, tenu à l’ombre par le pouvoir de Alessa. Ainsi, lorsque son père est kidnappé, Sharon n’a d’autre choix que de retourner à Silent Hill pour le sauver. Quitte à déchaîner les enfers

«Du fan service maladroit mais toujours sincère»

En 2006, le cinéaste cinéphile Christophe Gans réussissait l’exploit de briser la malédiction voulant qu’il était impossible de porter efficacement sur grand écran un jeu vidéo tout en restant fidèle au matériau d’origine. Aujourd’hui encore, le premier Silent Hill demeure ainsi un modèle de l’exercice que de plus en plus de gens reconnaissent comme tel, particulièrement parmi la population des gamers qui n’avait jusqu’alors que Mortal Kombat à ériger en fer de lance. De quoi donner de la suite dans les idées, forcément, et voici donc qu’arrive cette séquelle confiée au prometteur Michael J. Bassett (Solomon Kane), catapulté là par le producteur Samuel Hadida après la défection sordide de Roger Avary. Se prétendant un fan du jeu de Konami, Bassett désire en tout cas livrer un vrai ride horrifique 3D aux autres joueurs et on a envie d’y croire, ne serait-ce qu’au regard des espoirs placés en lui. Pourtant, s’il parvient à ne pas trop entamer son capital sympathie avec ce nouvel effort, on ne peut pas dire que Silent Hill : Révélation marquera sa consécration. Pas du tout.

Sympathique, le réalisateur anglais continue donc de l’être parce qu’il est ici évident qu’il veut contenter le spectateur, donner avec générosité. L’imposant nouveau décor forain n’est pas là pour rien, son long-métrage est une véritable montagne-russe au rythme endiablé où les visions d’horreur commencent bien avant d’arriver dans la ville brumeuse. Et une fois que nous y sommes, contrairement au premier volet, les Ténèbres tombent pour ne plus repartir avant la fin, nous plongeant en Enfer sans espoir d’en sortir. Obligatoirement, les apparitions du bestiaire se multiplient alors avec le retour des plus fameux (les infirmières, Pyramide rouge) auxquels s’ajoutent quelques petits nouveaux dans la tradition malsaine de la série, sans omettre pour autant d’innover un peu comme avec l’araignée-mannequin et ses créations. Mais surtout, on appréciera que Silent Hill : Révélation se pose comme une vraie suite au premier, prolongeant son intrigue et sa mythologie (ou presque) avec même le retour d’une bonne part du casting d’origine (dommage juste que Jodelle Ferland ait été remplacée par une dinde), dans une logique de saga faisant un peu oublier le côté opportuniste de l’entreprise. Clairement, on veut nous faire plaisir.

Il faut pourtant se faire à l’idée que si Bassett est un metteur en scène inspiré, en tout cas sur le plan visuel, il est très loin d’assurer autant au poste de scénariste, surtout comparé au travail de Gans et Avary sur le film de 2006. Déjà, choisir pour héroïne une adolescente est à l’évidence plus bateau que suivre une mère de famille, on se fond par ce biais dans le tout-venant du genre, mais en plus tout l’aspect mélancolique et mystérieux du métrage original – lequel était pour beaucoup dans le succès du travail d’adaptation – est dilué dans la fuite en avant du récit. L’omniprésence des Ténèbres empêche en effet une vraie respiration de la narration et l’histoire perd d’autant plus en impact que Bassett ne sait pas vraiment en faire ressortir les nœuds, à l’image de la rencontre entre Heather / Sharon et Alessa dont on ne ressent à aucun moment l’importance. Ce qui est tout de même malheureux lorsqu’on parle du point culminant d’une intrigue. Et il n’est pas plus capable de la raconter que de l’étoffer à en juger par la façon qu’il a de jeter aux orties en deux scènes le discours anti-extrémisme religieux du film de Gans. A grand coup de sectarisme de bazar et d’incohérences gênantes telle la transformation de Carrie-Anne Moss, il en vient même à trahir l’univers mis auparavant en place, achevant de nous convaincre qu’il aurait mieux fait de laisser l’écriture à un tiers.

Silent Hill : Révélation peut en définitive être considéré comme du fan service souvent maladroit (faire de Pyramide rouge un gentil lors du climax, quelle idée franchement) mais néanmoins toujours sincère. Il rappelle en cela le travail d’un autre protégé de Hadida, Paul W.S. Anderson, dont les Resident Evil souffrent inlassablement des mêmes tares. Michael J. Bassett signe ainsi un épisode pas entièrement honteux bien qu’indéniablement bancal, dont la plus grande qualité est en fin de compte de nous rappeler combien le premier Silent Hill était unique. Et aurait peut-être dû le rester.

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2 Réponses à “Critique ciné : Silent Hill – Révélation”

  1. mabataille dit :

    Quand j’ai vu que tu avais dû voir ce film, j’ai fait la même tête que le chien dans Duck Hunt.

  2. pitouwh dit :

    Et son rire si caractéristique, tu l’as fait aussi ? Parce que si tu y arrives, je te filme et je te mets sur youtube direct.

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