Critique ciné : Les Cinq légendes

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S’étant vu offert il y a plusieurs centaines d’années le pouvoir de maîtriser la glace, Jack Frost a traversé les siècles en s’amusant à répandre le froid un peu partout dans le monde, pour le plus grand plaisir des enfants qu’un peu de neige éclate toujours. Mais parce qu’aucun humain ne croit en lui, personne ne peut le voir et il en est ainsi venu à remettre en cause son existence, ne sachant quelle est sa place. Jusqu’au jour où le terrifiant Pitch Black, l’ennemi juré des enfants, refait surface et pousse les gardiens à recruter un nouveau membre. Mais le Père Noël, la Fée des dents, le Lapin de Pâques et le Marchand de sable sauront-ils convaincre Jack de venir rejoindre leurs rangs avant qu’il ait cédé aux forces du mal ?

«Dreamworks prouve l’étonnante vigueur de son département animation»

On l’a déjà dit, et même s’il est difficile de savoir dans quelle mesure cela s’explique, mais l’arrivée de Guillermo del Toro dans la team des producteurs de Dreamworks Animation a marqué un tournant pour le studio, leurs films ayant depuis acquis une indéniable patte de fanboy. Cela signifie qu’ils vont au bout de leurs idées tout en gardant perpétuellement à l’esprit le style et le spectacle. Et qu’à la place du seul public teenager, ils désirent en fait flatter la communauté geek. Exceptées donc les énièmes itérations de leurs sagas-phares, chaque projet original surprend et fait reluire le blason de Dreamworks quand la concurrence, elle, fait plutôt grise mine ces derniers temps. Les Cinq légendes va alors enfoncer le clou car sous ses airs de crossover peu inspiré se cache en fait un excellent film de super-héros, peut-être même l’un des meilleurs vus en 2012.

Comme ça a été le cas avec plusieurs de leurs précédentes productions, le petit dernier part ainsi d’une idée simple mais originale et sur laquelle, loin de se reposer, il construit à la fois un récit prenant et créé un univers solide, attrayant. Chaque légende possède son propre monde et c’est autant d’occasions de laisser s’exprimer différentes influences (comment ne pas penser à Miyazaki avec l’île de Pâques ?) sans pour autant paraître étrangers les uns aux autres, car la direction artistique n’oublie jamais qu’il faut un vrai sentiment d’unité pour que fonctionne un crossover. Nous sommes en fin de compte dans une logique assez similaire à celle du récent The Avengers, à ceci près que lui avait bénéficié auparavant de plusieurs péloches pour établir trame et style. Ici, Les Cinq légendes doit donc aussi beaucoup à une mythologie sachant faire coïncider en toute logique les personnages de l’enfance que nous connaissons avec leur nouveau statut de super-héros, le tout servant qui plus est de moteur à l’intrigue pour toujours davantage de cohérence et d’impact.

Qui dit alors «film de super-héros» dit scènes d’action homériques et de ce côté-là, le métrage a de quoi répondre à ses aînés, qu’ils soient live ou non. La réalisation très dynamique procure une sensation «montagne-russe» couplée à la 3D et quelques moments de comédie comme la chasse aux dents s’avèrent proprement survoltés. Mais surtout, ce qui apporte le cachet comic-book, c’est un vrai sens esthétique dans la représentation des pouvoirs. Entre des envolées absolument grisantes ou l’utilisation tour à tour poétique et impressionnante de la glace par le héros, nous avons ainsi droit à quantité de bastons chorégraphiées avec goût et une certaine brutalité, toujours dans le plus pur esprit super-héroïque. Surprenant, tout comme le fait que c’est bien le Marchand de sable – sorte de Silent Bob court sur patte – qui est le plus cinégénique et mémorable de la bande, lui dont le pouvoir ressemble dans le principe au Green Lantern mais l’écrase amplement dans l’exécution (comparé en tout cas au film de Martin Campbell).

Les autres légendes ne sont alors pas forcément aussi réussies (ouah, la fée des dents tout en plumes !) mais s’il y en a bien une qui peut tenir la dragée haute au Sandman, et fort heureusement, c’est le héros, Jack Frost. La faute à la campagne de promotion, le personnage s’annonçait pourtant bien relou dans la catégorie teenager rebelle sauf qu’au bout du compte, il n’en est absolument rien. Dès la première scène en fait, son destin se montre poignant et la découverte de ses pouvoirs ébouriffante, nous faisant passer en quelques minutes par un plus grand spectre d’émotions que ce que The Amazing Spider-Man réussissait sur toute sa durée. Il s’avère touchant dans son besoin de reconnaissance et même d’existence, tout comme le méchant – le croquemitaine Pitch Black – qui est plus intéressant que ce qu’il paraît car celui-ci se pose en miroir du héros, la part sombre qui pourrait prendre le dessus s’il n’acceptait son statut de gardien. Un thème classique du film de super-héros (revoyez Incassable) qui achève donc d’apparenter Les Cinq légendes à une sorte The Avengers animé, même si on regrettera un peu un final tombant dans des démonstrations un brin simplistes. Qu’importe néanmoins puisqu’une fois encore, Dreamworks nous prouve l’étonnante vigueur de son département animation. Alors un grand merci à Guillermo, le sauveur de Dreamworks Animation !

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