Archive pour décembre, 2012

Critique ciné : Les Mondes de Ralph

29 décembre, 2012

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Cela fait trente ans que Ralph joue les méchants dans Fix-It-Felix, détruisant encore et encore le même immeuble avant d’être battu par le héros du jeu. Mais un jour, Ralph en a marre de casser des briques en vain et d’être le méchant de service. Il veut à son tour être un héros. Il veut lui aussi avoir une médaille. Quitte pour cela à aller la dérober dans un autre jeu, et mettre ainsi en péril plusieurs bornes d’arcade

«Ce que Disney nous a livré de mieux depuis longtemps»

A l’évidence, la tradition disneyenne de l’animation est arrivée dans une impasse au cours de ces dernières années. Hormis les productions en externe de Pixar et les collaborations avec de grands réalisateurs (Robert Zemeckis et Le Drôle de Noël de Scrooge ou Tim Burton avec son Frankenweenie), leurs films se contentent effectivement soit de ressasser d’éternelles icônes (la série des Clochette, Winnie l’ourson) soit de revenir inlassablement à des recettes éculées au possible (La Princesse et la grenouille, Raiponce). Signe des temps dont nous avons encore eu un exemple il y a peu, la firme aux grandes oreilles cherche en conséquence désespérément son salut dans l’ingestion de «boites à idées», à grands coups de gros chèques. Mais plus qu’acquérir de grosses licences en rachetant Marvel, Lucasfilm ou Pixar, elle pourrait bien trouver un nouveau souffle en s’inspirant (vampirisant ?) de ces compagnies. Ainsi, autant Rebelle balançait tristement du côté des princesses Disney, autant Les Mondes de Ralph s’imprègne enfin un chouïa de la recette mise en place par les créateurs de Toy Story. On se demandera juste pourquoi ça a pris autant de temps, sachant que John Lasseter est monté en grade depuis quelques années déjà. Mais voilà, c’est fait.

Passons alors rapidement sur le fait de débaucher avec le réalisateur Rich Moore un ancien des Simpson, comme Pixar qui avait hébergé Brad Bird, pour nous concentrer sur ce qui a bâti en très grande partie le succès des longs-métrages de la société de Emeryville. A savoir des intrigues sortant justement des ornières tracées par Disney et profitant de cette occasion pour s’intéresser à du jamais-vu, ou en tout cas le montrer sous un nouveau jour. C’est justement ce à quoi s’emploie Les Mondes de Ralph en nous invitant déjà à une immersion dans les coulisses d’une salle d’arcade, pour nous dévoiler l’envers du décor des jeux vidéo de manière inédite. Mais également en entretenant des enjeux loin d’être aussi schématiques que la traditionnelle princesse en danger. C’est sûr alors, l’univers est à peine effleuré (une suite sera la bienvenue pour creuser tout ça) et le scénario ne surprend pas des masses dans ses rouages. A côté de ça néanmoins, l’ensemble fonctionne grâce à des personnages attachants, même lorsqu’ils s’annonçaient agaçants en première impression (Vanellope n’est pas qu’une gamine facétieuse, elle cache une figure bien plus tragique que ça). Le temps d’une chute au ralenti, Ralph parvient même à nous toucher presque autant que le faisait lors de son envolée finale Le Géant de fer… réalisé par Brad Bird. On y revient.

Un peu léger, le script n’en ménage pas moins une belle – et cruciale – déférence à l’univers des jeux vidéo, il porte dessus un regard de geek dans lequel se reconnaîtront les gamers. Outre l’intégration des données de ce monde à l’intrigue (les bugs, les jeux débranchés…), les clins d’oeil et références pleuvent donc, certains évidents tels l’apparition de personnages bien connus (les éditeurs-stars n’ont pas voulu refaire l’erreur de Mattel à l’époque de Toy Story) et d’autres plus obscurs comme le Konami Code, que seuls les vieux de la vieille connaissent. On ressent en tout cas un véritable désir de contenter la communauté, de ne pas se limiter au jeune public. Ceux rebutés par l’aspect rose bonbon du monde de Sugar Rush, où se déroule une grande part du métrage, doivent alors quand même savoir que le passage dans le jeu Hero’s Duty est lui l’un des plus violents qu’on ait vu dans un Disney, un pur moment de furie et de chaos qu’on ne se serait jamais attendu à croiser ici (à n’en point douter la meilleure utilisation du ‘Bangarang’ de Skrillex pour l’année 2012). Dommage que les courses de kart ne bénéficient pas du même traitement, ce qui n’empêche toutefois pas le film de distiller quelques bons moments de spectacle, guidés par une direction artistique aussi respectueuse que jusqu’au jusqu’au-boutiste. En témoigne l’animation saccadée des personnages de Fix-It-Felix, délicieusement anachronique en ces temps où la voie contraire pousse à de réelles abominations (souvenez-vous Le Hobbit et son HFR).

Sans atteindre donc l’excellence des Pixar de la belle époque (puisse-t-elle revenir un jour), Les Mondes de Ralph s’inscrit malgré tout comme ce que Disney – en solo – nous a livré de mieux depuis longtemps, et comme l’un des meilleurs films sur les jeux vidéo qu’on ait jamais vu. Rien que ça. La Mouse House ne s’est pas reniée mais est clairement allée chercher l’inspiration ailleurs, ce qui s’est avéré salutaire pour elle dans le cas présent. En effet, quand ça sent le renfermé, rien ne vaut d’ouvrir un peu sur l’extérieur. Une leçon à méditer avant de retourner derrière sa console.

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Critique ciné : L’Odyssée de Pi

28 décembre, 2012

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Enfant curieux de Pondichéry, Pi Patel a grandi dans le zoo tenu par son père en se nourrissant de religions jusqu’à l’année de ses dix-sept ans, époque à laquelle les troubles secouant l’Inde poussent la famille à fuir le pays. Avec leurs animaux, qu’ils revendront une fois arrivés au Canada. Mais durant la traversée, une monstrueuse tempête fait couler le bateau, laissant Pi seul survivant sur un radeau. Seul ? Loin de là, car le jeune homme découvre rapidement qu’un tigre a embarqué avec lui

«Ang Lee a la classe des réalisateurs qui osent et réussissent»

Artiste protéiforme et courageux n’allant jamais là où on l’attend, Ang Lee a quitté les hippies de Hôtel Woodstock pour occuper les trois dernières années de sa vie à mettre sur pied un projet pharaonique, L’Odyssée de Pi. L’adaptation d’un roman multi-récompensé du canadien Yann Martel, autrement plus ambitieux que le laisse présager son postulat à la croisée de Open Water et Burning Bright, et sur lequel plusieurs réalisateurs se sont cassés les dents de M. Night Shyamalan à Alfonso Cuaron en passant par le frenchy Jean-Pierre Jeunet. Le réalisateur taïwanais n’a toutefois jamais craint de relever des défis et ça tombe très bien, car ce projet-ci n’en manque pas. Aussi bien dans le fond que dans la forme.

Prétendre le contraire serait vain au regard de sa filmographie, Ang Lee est un metteur en scène qui sait manipuler la matière filmique, se l’approprier, et qui n’hésite surtout pas à en jouer en fonction des longs-métrages sur lesquels il bosse. En effet, on a rarement vu un artiste s’adapter aussi bien au petit drame intimiste qu’au gros blockbuster, le tout en ne s’épargnant jamais de téméraires prises de risque. Ici alors, sans aller aussi loin que les délires artistiques de son Hulk ou le sujet polémique de son Secret de Brokeback Mountain, il s’attaque à un Everest esthétique en versant très amplement dans l’incroyable au travers de quantité de scènes surréalistes, servies par de magnifiques effets spéciaux (en particulier concernant le tigre, bluffant de réalisme). Le réalisateur pousse d’autant plus le délire qu’il a entre les mains un nouveau joujou avec la 3D, l’encourageant à travailler toujours plus le style de son film. Il l’utilise ainsi avec autant de ludisme et d’imagination qu’il en emploie dans la manière de filmer un lieu unique, en tout cas pendant une bonne partie du film, transcendant chaque instant par une poésie visuelle qui transfigure le crédible. Le début du métrage fait d’ailleurs beaucoup penser à La Fabuleuse histoire d’Amélie Poulain (pas étonnant que Jeunet ait planché sur l’adaptation), autre fameux exemple de cette dialectique optimiste et léchée, parce que Lee mélange les influences de la même manière que son héros mélange les religions, afin d’accoucher d’une œuvre véritablement cosmopolite voire universelle.

Il n’y parvient que mieux en gardant toujours à l’esprit l’aspect humain de son histoire, aussi bien envers son héros (excellents choix de casting pour interpréter Pi à ses différents âges) que ses spectateurs. L’Odyssée de Pi devient ainsi une véritable odyssée pour le public, balancé au gré d’un récit ne manquant pas d’humour ni de spectacle tout en étant parfois bouleversant, jamais moralisateur mais impitoyable quand il le faut. En définitive, une oeuvre sincère et plutôt juste dans son raisonnement, ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on désire véhiculer autant de messages à la fois. L’histoire soulève effectivement nombre de questions sur la nature et la place que l’homme y tient mais aussi, plus largement, sur les différences et l’acceptation de ses disparités, la cohabitation entre des êtres normalement pas faits pour s’entendre. Toujours cette idée si chère à Lee de rencontre, de métissage. Une richesse thématique malheureusement éclipsée en toute fin par une réflexion sur la foi, ce en quoi on choisit de croire, en une conclusion un poil too much quant à l’importance dans la vie de la croyance et par extension de la religion. On s’en serait aisément passé.

Cela n’enlève toutefois pas grand chose aux qualités d’un long-métrage qui s’impose comme un vrai tour de force, une aventure émotionnelle comme on n’a pas souvent l’occasion d’embarquer pour. Avec L’Odyssée de Pi, Ang Lee prouve donc qu’il a définitivement la classe des réalisateurs qui osent et à qui ça réussit, ce dont nous ne doutions pas de toute façon. Mais que voulez-vous, une démonstration de la sorte, nous sommes toujours demandeurs !

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Critique ciné : Le Hobbit – un voyage inattendu

22 décembre, 2012

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Soixante ans avant que la communauté de l’anneau se forme, Bilbon Sacquet était un hobbit menant une existence tout ce qu’il y a de plus paisible, sans la moindre surprise. Jusqu’au jour où le magicien Gandalf débarque chez lui, accompagné de treize nains voulant l’emmener avec eux dans une quête pour reconquérir leur foyer, désormais occupé par un terrifiant dragon. D’abord réticent rien qu’à l’idée de quitter la Comté, Bilbon finit néanmoins par s’engager dans ce périple riche en merveilles et danger. Mais quelque part sur la Terre du Milieu, dans l’ombre, une menace bien plus grande et ancienne se réveille

«La vraie apocalypse de cette fin 2012»

Pas la peine de le nier, cela fait un bon bout de temps qu’on piaffe d’impatience à l’idée de retourner sur la Terre du Milieu. C’est même un euphémisme vu comme on a dû se ronger le frein en attendant que soit adapté Bilbo le hobbit, le premier roman de J.R.R. Tolkien, autant pour la claque magistrale que nous avait mise la trilogie du Seigneur des anneaux – et que nous espérions bien sûr reprendre avec joie – que pour les nombreux tracas ayant parsemé la création de ce Le Hobbit – un voyage inattendu, au point que nous avons même craint un moment de ne jamais le voir. Et pourtant, ça y est. Le voilà enfin dans les salles. Gloire. Miracle. Le plus beau cadeau de Noël dont on pouvait rêver. A ceci près qu’une fois le paquet ouvert, ce qui s’annonçait comme le film de l’année s’avère en fin de compte la vraie apocalypse de cette fin 2012…

Jamais deux sans trois

Déjà, était-ce une bonne idée de passer des deux films prévus au départ à trois ? Sans aborder l’aspect mercantile d’une telle décision, on peut légitimement se poser la question quand on constate ici quelques longueurs, des redites avec certaines scènes qui font un peu doublon. Telles celles concernant la méfiance de Thorin envers Bilbon doublée de la sienne à son propre égard, promue au rang de thématique pivot de cet épisode pour qu’il en ait au moins une. Parce que dans sa restructuration en trois parties, l’oeuvre a clairement perdu de son équilibre narratif. En témoigne le fait que nous n’ayons pas droit ici à la mort d’un méchant d’importance (sérieux, le roi gobelin n’est pas franchement une menace), pas même l’orque blanc spécialement étoffé pour la version ciné et dont c’était sans l’ombre d’un doute la fonction originale. Paradoxe de ce découpage, Le Hobbit – un voyage inattendu donne alors quand même l’impression d’avoir sous les yeux un montage mal-dégrossi, où l’on aurait laissé des scènes qui auraient normalement été coupées. Tout ça pour atteindre une durée indéniablement épique, comme si elle était la preuve indubitable qu’on avait véritablement besoin de trois films pour raconter cette histoire.

Sauf qu’en dépit de cette généreuse durée, ce premier chapitre trouve en plus le moyen de ne pas gâter ses personnages. Les nains ne peuvent ainsi se targuer d’être tous introduits proprement et encore moins d’être tous mis en valeur, ce que réussissait pourtant très bien à faire La Communauté de l’anneau avec à peine moins de membres (et en moins de temps). Excepté leur leader Thorin, ils manquent d’individualité pour la plupart et fonctionnent avant tout comme un groupe, certains ne faisant encore pour l’instant que de la figuration. Même le hobbit en titre ne coupe pas à ce traitement hésitant car la narration n’est en définitive pas tant centrée que ça sur sa personne, on ne s’intéresse pas trop à ce qu’il ressent et on a même le sentiment de l’abandonner un bon moment en milieu de péloche. Forcément, c’est le genre de choses pouvant se produire lorsqu’on veut greffer une intrigue imposante à une histoire qui n’en demandait pas tant.

Une intrigue pour les lier

C’est qu’il faut pouvoir reconnaître tout de suite la filiation entre le voyage de Bilbon et celui de Frodon, autant dans le fond que dans la forme, et cela encore plus après que Jackson ait repris les rênes de cette nouvelle adaptation. Hormis donc les petites touches à la del Toro, rien n’a bougé d’un poil en Terre du Milieu et on note au passage une certaine tendance du néo-zélandais à l’auto-citation, pas mal de scènes faisant fortement écho à d’autres du Seigneur des anneaux. On trouve par exemple des plans directement empruntés (Gandalf appelant les aigles à la rescousse) mais aussi et surtout de très grosses similitudes dans la structure. C’est un peu comme si on repartait pour le même périple, vraiment. Plus problématique encore, l’aspect «re-création» mêlé au ton davantage léger de cette trilogie fait qu’on y frôle parfois la parodie, en particulier avec une Galadriel éthérée au possible (magnifique volte-face) et des décalages auxquels nous n’étions pas préparés, résultant d’un script bien moins serré que ce à quoi nous avaient habitué le réalisateur, Fran Walsh et Philippa Boyens.

De manière générale, les rajouts pour se rattacher à la première trilogie s’intègrent en effet plutôt mal au corps de l’oeuvre, leur cohabitation semble forcée car ils ne partagent pas les mêmes enjeux et se déroulent en parallèle. Sans oublier que cela entraîne de vraies ruptures de ton entre la menace qui gronde – le retour de Sauron – et les scènes beaucoup plus «fantasy pour kids» tirées du bouquin de Tolkien. Les trolls à la mode Trois Stooges, les chansons à la limite de la comédie musicale, voilà qui ne fait pas bien sérieux quand le Mal ultime rôde et n’aide en rien à créer une unité. A l’image de la scène du conseil de Fondcombe, entre clins d’oeil complice et discours alarmiste, et pour le coup tellement annexe que même la compagnie des nains se barre sans rien en avoir à faire… Tout ça nous fait d’autant plus regretter que Guillermo del Toro ne soit pas resté au poste de réalisateur pour imposer sa marque et donner au film une personnalité plus affirmée, nous devrons juste nous contenter des beaux restes de son travail de pré-production dont un roi gobelin dont il ne peut renier la paternité.

La pire décision au monde

Et puis surtout, surtout, del Toro n’aurait lui peut-être pas pris cette décision totalement absurde de tourner avec le procédé «High Frame Rate», c’est à dire en 48 images / seconde à la place des 24 habituelles afin de se rapprocher davantage de la vision humaine. Pour les malchanceux qui découvriront le film sous cette forme dans des salles spécialement équipées pour l’occasion (Le Hobbit est le premier long-métrage filmé de la sorte), il faut donc s’attendre à un choc face à cette horreur absolue allant totalement à l’encontre de l’esthétique cinématographique. Où l’immersion et la définition tant promises se traduisent surtout dans l’impression que tout est en accéléré. Hautement perturbant, et même pire puisque ce rendu va jusqu’à réduire à néant tout le travail pharaonique de réalisation. Avec une ironie qu’on ne goûte guère, la caméra «Epic» utilisée par Jackson détruit ainsi l’aspect épique de son métrage en privant d’ampleur le moindre mouvement, que ce soient ceux des acteurs ou de la caméra, pour ce qu’il convient d’appeler un gâchis de chaque instant. Pourquoi le réalisateur a choisi d’innover dans cette voie, c’est à n’y rien comprendre. Soit il est devenu aveugle, soit il veut nous dégoutter d’aller au cinéma car sur une télévision, au moins, on peut couper ce genre d’option. Peut-être donc bien que c’est l’avenir, et peut-être même qu’on s’habituera un jour, mais pour l’instant c’est surtout de la merde.

On l’espère alors, nombre des problèmes rencontrés avec Le Hobbit – un voyage inattendu finiront sûrement par se résoudre d’eux-mêmes : les lacunes et blancs du scénario devraient être comblés à l’occasion des deux autres volets, et le HFR pourra retourner aux oubliettes dès la sortie en Blu-Ray. Pourtant, dans ces conditions et en particulier à cause du 48 images / seconde, ce premier chapitre passe pour un rendez-vous manqué où l’on devine sans cesse le chef d’oeuvre (Peter Jackson n’est pas n’importe qui quand même, et on navigue dans les mêmes strates qu’avec la trilogie du Seigneur des anneaux) sans jamais pouvoir le ressentir (enculé de HFR, sois maudit !). L’avenir corrigera donc le tir, il le doit, mais putain… jamais je n’aurais cru sortir de là en étant à ce point déçu.

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Critique ciné : Silent Hill – Révélation

11 décembre, 2012

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Sauvée in extremis de Silent Hill grâce au sacrifice de sa mère, cela fait plusieurs années que Sharon et son père vivent comme des fugitifs, déménageant et changeant de nom sans cesse. Ils ont en effet à leurs trousses une mystérieuse société secrète désirant mettre la main sur la jeune femme, ceci afin de la ramener dans la ville maudite et ressusciter leur dieu, tenu à l’ombre par le pouvoir de Alessa. Ainsi, lorsque son père est kidnappé, Sharon n’a d’autre choix que de retourner à Silent Hill pour le sauver. Quitte à déchaîner les enfers

«Du fan service maladroit mais toujours sincère»

En 2006, le cinéaste cinéphile Christophe Gans réussissait l’exploit de briser la malédiction voulant qu’il était impossible de porter efficacement sur grand écran un jeu vidéo tout en restant fidèle au matériau d’origine. Aujourd’hui encore, le premier Silent Hill demeure ainsi un modèle de l’exercice que de plus en plus de gens reconnaissent comme tel, particulièrement parmi la population des gamers qui n’avait jusqu’alors que Mortal Kombat à ériger en fer de lance. De quoi donner de la suite dans les idées, forcément, et voici donc qu’arrive cette séquelle confiée au prometteur Michael J. Bassett (Solomon Kane), catapulté là par le producteur Samuel Hadida après la défection sordide de Roger Avary. Se prétendant un fan du jeu de Konami, Bassett désire en tout cas livrer un vrai ride horrifique 3D aux autres joueurs et on a envie d’y croire, ne serait-ce qu’au regard des espoirs placés en lui. Pourtant, s’il parvient à ne pas trop entamer son capital sympathie avec ce nouvel effort, on ne peut pas dire que Silent Hill : Révélation marquera sa consécration. Pas du tout.

Sympathique, le réalisateur anglais continue donc de l’être parce qu’il est ici évident qu’il veut contenter le spectateur, donner avec générosité. L’imposant nouveau décor forain n’est pas là pour rien, son long-métrage est une véritable montagne-russe au rythme endiablé où les visions d’horreur commencent bien avant d’arriver dans la ville brumeuse. Et une fois que nous y sommes, contrairement au premier volet, les Ténèbres tombent pour ne plus repartir avant la fin, nous plongeant en Enfer sans espoir d’en sortir. Obligatoirement, les apparitions du bestiaire se multiplient alors avec le retour des plus fameux (les infirmières, Pyramide rouge) auxquels s’ajoutent quelques petits nouveaux dans la tradition malsaine de la série, sans omettre pour autant d’innover un peu comme avec l’araignée-mannequin et ses créations. Mais surtout, on appréciera que Silent Hill : Révélation se pose comme une vraie suite au premier, prolongeant son intrigue et sa mythologie (ou presque) avec même le retour d’une bonne part du casting d’origine (dommage juste que Jodelle Ferland ait été remplacée par une dinde), dans une logique de saga faisant un peu oublier le côté opportuniste de l’entreprise. Clairement, on veut nous faire plaisir.

Il faut pourtant se faire à l’idée que si Bassett est un metteur en scène inspiré, en tout cas sur le plan visuel, il est très loin d’assurer autant au poste de scénariste, surtout comparé au travail de Gans et Avary sur le film de 2006. Déjà, choisir pour héroïne une adolescente est à l’évidence plus bateau que suivre une mère de famille, on se fond par ce biais dans le tout-venant du genre, mais en plus tout l’aspect mélancolique et mystérieux du métrage original – lequel était pour beaucoup dans le succès du travail d’adaptation – est dilué dans la fuite en avant du récit. L’omniprésence des Ténèbres empêche en effet une vraie respiration de la narration et l’histoire perd d’autant plus en impact que Bassett ne sait pas vraiment en faire ressortir les nœuds, à l’image de la rencontre entre Heather / Sharon et Alessa dont on ne ressent à aucun moment l’importance. Ce qui est tout de même malheureux lorsqu’on parle du point culminant d’une intrigue. Et il n’est pas plus capable de la raconter que de l’étoffer à en juger par la façon qu’il a de jeter aux orties en deux scènes le discours anti-extrémisme religieux du film de Gans. A grand coup de sectarisme de bazar et d’incohérences gênantes telle la transformation de Carrie-Anne Moss, il en vient même à trahir l’univers mis auparavant en place, achevant de nous convaincre qu’il aurait mieux fait de laisser l’écriture à un tiers.

Silent Hill : Révélation peut en définitive être considéré comme du fan service souvent maladroit (faire de Pyramide rouge un gentil lors du climax, quelle idée franchement) mais néanmoins toujours sincère. Il rappelle en cela le travail d’un autre protégé de Hadida, Paul W.S. Anderson, dont les Resident Evil souffrent inlassablement des mêmes tares. Michael J. Bassett signe ainsi un épisode pas entièrement honteux bien qu’indéniablement bancal, dont la plus grande qualité est en fin de compte de nous rappeler combien le premier Silent Hill était unique. Et aurait peut-être dû le rester.

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Critique ciné : Mais qui a re-tué Pamela Rose ?

10 décembre, 2012

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Cela fait des années que les agents Ripper et Bullit ont résolu avec succès l’affaire Pamela Rose, chacun ayant depuis pris son propre chemin. L’un est devenu le souffre-douleur de ses collègues du FBI tandis que l’autre, à la retraite, profite de sa nouvelle vie pour de chanter de la country dans les barbecues de voisinage. Pourtant, lorsque la tombe de Pamela est profanée, les deux anciens partenaires oublient leurs différends et refont équipe pour résoudre une enquête de laquelle pourrait dépendre la survie de la présidente des Etats-Unis of America

«A recommander aux connaisseurs»

Passés à la postérité sous le pseudonyme KDO, d’abord à la radio puis à la télévision, Olivier Baroux et Kad Merad avaient déjà transposé leur univers comique au cinéma il y a presque dix ans avec Mais qui a tué Pamela Rose ?, la première enquête de leurs agents débilos et culte du FBI. Néanmoins, comme c’est le cas pour beaucoup de duos, chacun a par la suite tracé la route de son côté, Un Ticket dans l’espace marquant la fin de leur collaboration pour ne plus se limiter qu’à des visites surprises. C’est dire donc si Mais qui a re-tué Pamela Rose ? sonne comme des retrouvailles pour eux mais également et surtout pour les fans, à qui il tardait autant de revoir Douglas Ripper et Richard Bullit que leurs interprètes re-déconner de concert.

Et il était plus que temps car le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux comiques sont loin de profiter de la même hype que lors du premier film. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les seconds rôles où se pressent bien moins de caméos «de prestige» car même s’ils ont réussi à débaucher Omar Sy et Audrey Fleurot, deux des acteurs du méga-carton Intouchables, cela sent plus la manœuvre pour retrouver une certaine alchimie, se forger un grigri pour le box office. En effet, Olivier aurait bien besoin d’un succès après les scores relativement décevants de ses comédies en tant que réalisateur et quant à Kad, il est passé de l’hyper-popularité à un certain gavage à force d’omniprésence (ce dont il se moque d’ailleurs au détour d’un gag). Ces retrouvailles ne sont alors pas totalement innocentes mais qu’importe, puisque le plaisir qu’ils y prennent est évident et communicatif.

Ainsi, le manque de cohérence du scénario coécrit avec l’habituel Julien Rappeneau (bah quoi, on s’en fout alors de l’affaire Pamela Rose ?) ne doit pas nous induire en erreur, il s’agit d’un véritable retour aux sources pour les deux acteurs / réalisateurs / scénariste. Pour ceux qui connaissent, nous sommes en plein dans le registre de leur glorieuse époque sur la chaîne Comédie!, au point que l’on a même droit au recyclage de quelques-uns de leurs gags les plus célèbres. La parenté tient donc au fait qu’ils n’ont rien perdu de leur ton potache, très inspiré des chefs d’oeuvre des ZAZ dès lors qu’il s’agit de mettre ça en forme dans un long-métrage. A ceci près qu’eux paient de leur personne quand ils font un film. Déjà qu’ils endossent quantité de casquettes, le duo s’implique effectivement toujours plus en interprétant plusieurs personnages et en assurant toutes les voix qu’on peut entendre à la radio, télé… ils donnent même de la voix pour une chanson de zouk ! Une touche de système D qui rappelle là encore l’esprit de leur passage sur le satellite, peut-être davantage que dans Mais qui a tué Pamela Rose ?

Cependant, le plus gros changement comparé au premier opus ciné de Ripper et Bullit concerne l’abandon progressif de l’enquête policière à la Twin Peaks pour une trame dans la veine de Dans la ligne de mire, avec tueur monomaniaque et président(e) en danger. Assez faiblard dans l’ensemble même s’il sait parfois se jouer de nous, le scénario est alors compensé par la qualité et l’abattage des gags, Kad et Olivier se lâchant en particulier sur les (très nombreuses) blagues métafilmiques pour flirter avec l’absurde le plus complet sans jamais être stupides non plus. Ils savent autant ce qu’ils veulent que ce qu’ils font et par exemple, comme Eric Lartigau à l’occasion du précédent, leur réalisation soignée reprend les apparats du genre qu’ils parodient plutôt que d’adopter une pure esthétique de comédie, au risque de s’aliéner une frange du public habituée à un spectacle plus traditionnel. Bien qu’il ne soit alors pas nécessaire d’avoir vu le premier film avant de s’attaquer à celui-ci, Mais qui a re-tué Pamela Rose ? reste à recommander aux connaisseurs, ceux appréciant l’humour du duo depuis leur début car c’est bien à eux qu’il s’adresse. Il en va souvent ainsi avec les retrouvailles.

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Critique ciné : Les Cinq légendes

3 décembre, 2012

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S’étant vu offert il y a plusieurs centaines d’années le pouvoir de maîtriser la glace, Jack Frost a traversé les siècles en s’amusant à répandre le froid un peu partout dans le monde, pour le plus grand plaisir des enfants qu’un peu de neige éclate toujours. Mais parce qu’aucun humain ne croit en lui, personne ne peut le voir et il en est ainsi venu à remettre en cause son existence, ne sachant quelle est sa place. Jusqu’au jour où le terrifiant Pitch Black, l’ennemi juré des enfants, refait surface et pousse les gardiens à recruter un nouveau membre. Mais le Père Noël, la Fée des dents, le Lapin de Pâques et le Marchand de sable sauront-ils convaincre Jack de venir rejoindre leurs rangs avant qu’il ait cédé aux forces du mal ?

«Dreamworks prouve l’étonnante vigueur de son département animation»

On l’a déjà dit, et même s’il est difficile de savoir dans quelle mesure cela s’explique, mais l’arrivée de Guillermo del Toro dans la team des producteurs de Dreamworks Animation a marqué un tournant pour le studio, leurs films ayant depuis acquis une indéniable patte de fanboy. Cela signifie qu’ils vont au bout de leurs idées tout en gardant perpétuellement à l’esprit le style et le spectacle. Et qu’à la place du seul public teenager, ils désirent en fait flatter la communauté geek. Exceptées donc les énièmes itérations de leurs sagas-phares, chaque projet original surprend et fait reluire le blason de Dreamworks quand la concurrence, elle, fait plutôt grise mine ces derniers temps. Les Cinq légendes va alors enfoncer le clou car sous ses airs de crossover peu inspiré se cache en fait un excellent film de super-héros, peut-être même l’un des meilleurs vus en 2012.

Comme ça a été le cas avec plusieurs de leurs précédentes productions, le petit dernier part ainsi d’une idée simple mais originale et sur laquelle, loin de se reposer, il construit à la fois un récit prenant et créé un univers solide, attrayant. Chaque légende possède son propre monde et c’est autant d’occasions de laisser s’exprimer différentes influences (comment ne pas penser à Miyazaki avec l’île de Pâques ?) sans pour autant paraître étrangers les uns aux autres, car la direction artistique n’oublie jamais qu’il faut un vrai sentiment d’unité pour que fonctionne un crossover. Nous sommes en fin de compte dans une logique assez similaire à celle du récent The Avengers, à ceci près que lui avait bénéficié auparavant de plusieurs péloches pour établir trame et style. Ici, Les Cinq légendes doit donc aussi beaucoup à une mythologie sachant faire coïncider en toute logique les personnages de l’enfance que nous connaissons avec leur nouveau statut de super-héros, le tout servant qui plus est de moteur à l’intrigue pour toujours davantage de cohérence et d’impact.

Qui dit alors «film de super-héros» dit scènes d’action homériques et de ce côté-là, le métrage a de quoi répondre à ses aînés, qu’ils soient live ou non. La réalisation très dynamique procure une sensation «montagne-russe» couplée à la 3D et quelques moments de comédie comme la chasse aux dents s’avèrent proprement survoltés. Mais surtout, ce qui apporte le cachet comic-book, c’est un vrai sens esthétique dans la représentation des pouvoirs. Entre des envolées absolument grisantes ou l’utilisation tour à tour poétique et impressionnante de la glace par le héros, nous avons ainsi droit à quantité de bastons chorégraphiées avec goût et une certaine brutalité, toujours dans le plus pur esprit super-héroïque. Surprenant, tout comme le fait que c’est bien le Marchand de sable – sorte de Silent Bob court sur patte – qui est le plus cinégénique et mémorable de la bande, lui dont le pouvoir ressemble dans le principe au Green Lantern mais l’écrase amplement dans l’exécution (comparé en tout cas au film de Martin Campbell).

Les autres légendes ne sont alors pas forcément aussi réussies (ouah, la fée des dents tout en plumes !) mais s’il y en a bien une qui peut tenir la dragée haute au Sandman, et fort heureusement, c’est le héros, Jack Frost. La faute à la campagne de promotion, le personnage s’annonçait pourtant bien relou dans la catégorie teenager rebelle sauf qu’au bout du compte, il n’en est absolument rien. Dès la première scène en fait, son destin se montre poignant et la découverte de ses pouvoirs ébouriffante, nous faisant passer en quelques minutes par un plus grand spectre d’émotions que ce que The Amazing Spider-Man réussissait sur toute sa durée. Il s’avère touchant dans son besoin de reconnaissance et même d’existence, tout comme le méchant – le croquemitaine Pitch Black – qui est plus intéressant que ce qu’il paraît car celui-ci se pose en miroir du héros, la part sombre qui pourrait prendre le dessus s’il n’acceptait son statut de gardien. Un thème classique du film de super-héros (revoyez Incassable) qui achève donc d’apparenter Les Cinq légendes à une sorte The Avengers animé, même si on regrettera un peu un final tombant dans des démonstrations un brin simplistes. Qu’importe néanmoins puisqu’une fois encore, Dreamworks nous prouve l’étonnante vigueur de son département animation. Alors un grand merci à Guillermo, le sauveur de Dreamworks Animation !

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