Critique ciné : Argo

argo_ben affleck_john goodman_clea duvall_affiche_poster

Le 4 novembre 1979, au plus fort de la crise iranienne, des révolutionnaires forcent l’entrée de l’ambassade américaine et prennent tout le monde à l’intérieur en otage. Mais tandis que le monde entier a les yeux fixés sur ce drame, le gouvernement américain est également préoccupé par le sort de six ressortissants parvenus à fuir et se cacher chez l’ambassadeur du Canada, et qu’il faut maintenant extrader dans le plus grand secret. C’est là que l’agent de la CIA Tony Mendez fait une proposition complètement folle : monter un faux projet de film et les faire passer pour l’équipe de tournage

«Ben Affleck s’impose parmi les Eastwood et autres Gibson»

Peut-être parce qu’il ne cessait de se faire démolir quant à son jeu d’acteur, Ben Affleck a entamé depuis quelques années sa reconversion en tant que réalisateur. Après les efficaces polars Gone Baby Gone et The Town qui lui ont racheté une crédibilité artistique, le pote de Matt Damon quitte donc son Boston chéri pour passer à la vitesse supérieure avec Argo, projet calibré pour truster les prochains Oscars et intégrer immédiatement la liste des «grands films» de par son style empreint de classicisme ou son surprenant sujet historique. Sans surprise, c’est déjà sur un véritable plébiscite de la part de la presse qu’il surfe et Affleck prend des allures de réalisateur sur lequel il va falloir définitivement compter. Pourtant, s’il est indéniable que son travail derrière la caméra en impose ici sévère, on peut paradoxalement aussi se demander si ça suffisait à faire de lui l’homme de la situation.

Ses galons, l’homme au menton fendu les gagne ainsi en s’appuyant sur les modèles du passé. S’il ferait presque penser à du Stone période Tueurs nés lors d’une introduction où styles et formats d’image partouzent joyeusement, le film trouve bien ses origines dans le cinéma politique des 70′s, polars et espionnage confondus (un peu comme la rencontre de French Connection avec Les Trois jours du Condor). L’ouverture sur le logo old-school de la Warner n’est pas là seulement pour faire jolie, ce n’est que le premier signe d’une volonté tenace de s’ancrer dans cette époque, d’où une reconstitution historique de haute volée rendant même possible le comparatif en guise de générique de fin. Car il y a franchement de quoi se le permettre. Au diapason, la réalisation adopte la caméra posée typique du cinéma de ces années bien que, sans s’y limiter, Affleck la modernise en s’appropriant souvent un style documentaire très rentre-dedans. A ce titre, la séquence de la prise d’otage dans l’ambassade américaine donne un sentiment d’immersion dans un fait historique d’une puissance rare, qu’on ne s’était peut-être pas pris de front à ce point depuis le débarquement allié de Il faut sauver le soldat Ryan.

Tout ce boulot magistral ne correspond cependant qu’à une partie du métrage, l’autre, celle concernant la partie hollywoodienne de l’histoire et la création du vrai-faux film, naviguant clairement dans les rivages de la comédie. Pas besoin alors de réfléchir longtemps pour comprendre quel problème se pose quand, dans une seule et même œuvre, on a d’un côté un drame humain éreintant et de l’autre un portrait gentiment cynique de l’industrie du cinéma. Il en résulte des différences de ton incompatibles qui donnent l’impression d’avoir deux films distincts en un, dispersant en conséquence le rythme du récit avec un passage à vide au milieu (quelques dialogues redondants sont également à blâmer). Elles n’aident en tout cas en rien à entrer dans l’histoire, car elles ne se répondent pas assez voire pas du tout. D’ailleurs, même quand Affleck lie les deux avec un montage alterné, lors de la scène des «lectures», celui-ci ne peut prétendre à être autre chose qu’un (joli) effet de style tant il est vide de sens derrière. L’histoire de Argo est en fait tellement énorme et ubuesque que le traitement ultra-réaliste du réalisateur n’apparaît vraiment pas comme le choix le plus approprié, il était voué à ne pas pouvoir faire coïncider toutes les facettes de l’événement. Pour cela, sans avoir autant recours au délire, il aurait certainement fallu chercher davantage du côté d’un Chèvres du Pentagone et de son subtil mélange entre réel et farce.

Bon, on ne va pas non plus jeter la pierre à Ben Affleck car il réussit la gageure de s’imposer parmi ces comédiens ayant transité avec succès derrière la caméra, les Clint Eastwood et autres Mel Gibson. La dernière séquence de son Argo – dans l’aéroport – est même un grand moment de stress et fait montre d’une maîtrise impeccable, avec un sens du suspense que n’aurait pas renié un Hitchcock. Non mais sérieux, qui aurait cru que le nom de Ben Affleck flirterait un jour avec ceux des plus grands ? Il va pourtant falloir se faire à l’idée, et à plus forte raison s’il déniche un projet lui correspondant davantage.

Critique ciné : Argo dans Cinema Cinema 022-150x100032-150x100 dans Cinema Cinema042-150x100

Une Réponse à “Critique ciné : Argo”

  1. dasola dit :

    Bonjour, personnellement j’ai été agréablement surprise par ce film que j’ai vu à la toute fin de l’année 2012. Je ne connaissais pas cette histoire de ces 6 otages. J’ai aimé la modestie d’Affleck pour raconter cette histoire sans effets spéciaux inutiles. Bon dimanche.

Laisser un commentaire