Critique ciné : Ted

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Gamin solitaire et en sérieux manque d’affection, John Bennett reçoit pour le noël de ses huit ans un ours en peluche auquel il s’attache immédiatement. Voyant en lui le seul ami qu’il aura jamais, il fait même le vœu que celui-ci devienne vivant… ce qui ne manque pas d’arriver ! Presque trente ans plus tard, les deux compères sont toujours aussi proches et font tout ensemble, spécialement glander devant la télé en fumant des joints. Mais John, en couple depuis plusieurs années, se voit contraint d’arrêter les frais pour devenir un adulte respectable. Dans ces conditions, l’homme et sa peluche pourront-ils alors rester les meilleurs amis du monde ?

«L’histoire n’est pas à la hauteur des gags qu’elle assène»

Peu connu par chez nous, Seth Macfarlane peut pourtant être considéré comme une sorte de successeur à Matt Groening grâce au succès des séries animées qu’il a créées, American Dad et plus encore Les Griffin (désormais plus connu chez nous sous son titre original, Family Guy). A ceci près que là où le père des Simpson se refuse à sauter le pas et s’en tient pépère à son rôle de showrunner, Macfarlane suit lui la piste d’autres cadors de l’animation US et se lance avec Ted sur un vrai long-métrage, qui plus est live. Une transition toujours intrigante et souvent porteuse comme le sait qui a vu Idiocracy de Mike Judge (Beavis et Butt-Head) ou les délires ciné du duo Trey Parker / Matt Stone, car il est passionnant de contempler comment un artiste rôdé à l’animation va manipuler le réel pour le cartooniser.

A l’évidence, ici, ça passe alors beaucoup par la présence d’un ours en peluche qui parle, marche et se biture comme un grand. Une sorte de Fritz le chat amené dans le réel par les excellents effets spéciaux du Tippett Studio, et rendu plus crédible encore dans ce contexte par la forme de conte moderne qu’adopte le métrage. Mais ce qui rapproche définitivement Ted des cartoons sur lesquels Macfarlane s’est fait la main, c’est leur sens de l’humour que le bonhomme retranscrit tel quel, aussi bien en terme de rythme que de registre. On retrouve même ses tics et marottes (la visualisation des pensées ou souvenirs des personnages, les bastons homériques) sans qu’il en abuse toutefois, comme ça a pu lui être reproché sur ses séries.

Parce qu’il a bien compris qu’il s’attaque à un nouveau média et qu’il doit s’y adapter, même si ce n’est qu’en apparence. Un peu comédie romantique, beaucoup film de potes, Ted a ainsi les allures tranquilles d’une comédie américaine inoffensive – voyez un peu l’affiche – mais n’a en fait qu’un seul but : exploser tout ça de l’intérieur et à chaque instant (ou presque), avec un goût pour la transgression allant bien au-delà de ce à quoi le réalisateur / scénariste / comédien (c’est lui qui fait la voix de la peluche en VO) nous avait habitué. Bien que n’étant pas particulièrement bridé sur son network, passer sur grand écran semble une libération pour Macfarlane qui se lâche sévère sur les démonstrations explicites de drogue (avec petit rail de coke au passage) et de sexe (un nounours à l’oeuvre avec une bimbo, c’est presque aussi perturbant que le kamasutra selon Team America). Scabreux, permissif et vulgaire, le film sait être hilarant parce que nous sommes face à une comédie qui y va à fond dans la provocation mais surtout, sachant nous prendre au dépourvu, nous déstabiliser. Entre le méga-succès au box-office des Very Bad Trip ou de ce Ted, c’est en tout cas le couronnement de l’humour hardcore.

Seth Macfarlane échoue néanmoins à aller jusqu’au bout de son idée, à savoir le piratage de genres plus ou moins mièvres de la comédie. En effet, s’il parvient d’abord à en éviter les écueils (voir comment la romance entre Mark Wahlberg et Mila Kunis est introduite ou comment leurs échanges peuvent se montrer drôles ou sensibles), ceux-ci finissent par le rattraper un peu, autant par maladresse que par lâcheté. Conciliante au début, le personnage de la petite amie devient par exemple chiante sans qu’on sente vraiment pourquoi, si ce n’est juste pour faire avancer l’histoire. Pire encore, le film ne se donne même pas la peine de surprendre en dépassant les passages obligés de ce genre d’intrigue puisqu’il embraye sur une dernière bobine un peu hors-sujet, dont la seule vraie raison d’être s’avère de laisser Giovanni Ribisi faire son show. Clairement, l’histoire n’est pas à la hauteur des gags qu’elle assène. Malgré cela, à l’image de son ourson pas commode mais indéniablement attachant, Ted emporte notre adhésion car plus que son humour déchaîné, c’est la sincérité de MacFarlane qui en transpire de chaque minute, particulièrement dans la pluie de références nostalgiques et tordantes aux glorieuses 80′s. Sérieusement, un film qui réhabilite avec un tel brio le Flash Gordon de Mike Hodges, comment ne pas l’adorer ?

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