Critique ciné : Looper

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Dans le futur, le voyage temporel sera possible mais interdit, laissant les mafias seules utilisatrices de cette technologie pour faire disparaître tous ceux qui les dérangent. Pour cela, elles les envoient dans le passé jusqu’à des «loopers», des tueurs expéditifs régis par un modus operandi des plus précis. Mais le jour où l’un d’eux, Joe, se retrouve face à lui-même avec trente ans de plus, il ne parvient pas à l’abattre et le laisse fuir, provoquant la colère de ses employeurs. S’il veut conserver sa vie, il n’a alors plus qu’une solution : se retrouver et se tuer

«Trop gourmand, trop confiant»

Ayant fait ses premières armes sur deux petits longs-métrages plutôt réussis mais passés sous le radar des spectateurs, Brick et Une arnaque presque parfaite, Rian Johnson passe à la vitesse supérieure avec l’actionner SF Looper, nanti niveau casting du meilleur de l’ancien (Bruce Willis) et du nouveau (Joseph Gordon-Levitt) Hollywood. Pourtant, si le film attire autant l’attention, c’est bien parce qu’il repose sur un concept de base très fort et plus novateur qu’il y paraît, une pirouette temporelle relativement inédite dans ce genre de production. Mais s’il suffisait d’avoir de bonnes idées pour les concrétiser, ça se saurait, non ?

En dépit de son talent certain et de ses bonnes intentions, le réalisateur ne manque donc pas de trébucher sur quelques pièges inhérents à son sujet. On le sait, les films traitant de voyages dans le temps sont toujours un vrai casse-tête de scénariste car leurs ramifications sont aussi compliquées à anticiper qu’à expliquer, laissant presque à chaque fois de gros blancs ou incohérences plus ou moins visibles dans le fil du récit. Et ici, bien que Bruce Willis engueule son jeune alter-ego en arguant qu’il ne faut pas trop se poser de questions sur ce point, on ne peut d’autant moins s’empêcher de voir les vides scénaristiques que le film – en tout cas dans sa première moitié – y a beaucoup trait et ne cesse de soulever nombre d’interrogations. Il y a ainsi beaucoup d’idées brillantes par rapport aux voyages temporels (les messages gravés dans la chair, le type qui disparaît morceau par morceau tandis que son «jeune moi» se fait torturer…), de quoi rendre viable la vision de Johnson, sauf qu’elles ne sont finalement que peu utilisées par l’intrigue. L’actualisation en temps réel des souvenirs entre les deux personnages principaux, plus présente, aurait par exemple permis de les connecter davantage dans l’histoire, et ça n’aurait pas été du luxe.

Trop gourmand, trop confiant, Johnson l’est assurément. En effet, comme si traiter des voyages temporels n’était pas déjà assez difficile en soi, il s’éparpille en compliquant encore le récit, le présent du film ressemblant au nôtre sauf qu’il s’agit du futur (vous suivez ?), avec tout ce que cela implique d’éléments en plus à introduire et digérer. Les motos volantes ne sont alors qu’une broutille comparées à l’apparition de mutants avec des pouvoirs télékinésiques, thème qui vaudrait à lui seul un film et finit par vampiriser celui-ci. Ce n’est donc pas un hasard si Looper en vient à se scinder distinctement en deux, avec une première moitié où les codes du polar / film noir sont transposés dans un univers SF (en un geste assez similaire à ce qu’il avait fait dans Brick avec le film d’université) et une seconde ressemblant à s’y méprendre au Cavale sans issue avec Van Damme, les pouvoirs psy et quelques scénettes avec Willis en plus. Voulue par le réalisateur, cette rupture n’en casse pas moins le rythme et détourne l’histoire de la confrontation entre les deux alter-ego, nous laissant avec cette question : retirer toute tension pour privilégier l’attente, était-ce bien avisé ?

Heureusement, Rian Johnson s’avère être un réalisateur toujours aussi habile et capable de donner un cachet unique aux genres auxquels il s’attaque. Extrêmement soignée, sa mise en scène surprend même lors de scènes d’action peu expansives mais à la fois brutales et élégantes, prouvant sa volonté et capacité à œuvrer dans l’entertainment. Quant à Gordon-Levitt, que dire si ce n’est qu’il a grave le style dans ce Looper et continue de s’imposer comme un acteur de premier plan ? De quoi rattraper les errements d’un métrage singulier mais pas assez abouti, se croyant certainement plus malin qu’il ne l’est. C’est sûr alors, avec un peu plus d’humilité, Johnson a de quoi nous lâcher dessus une vraie petite bombe !

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