Critique ciné : Frankenweenie

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Jeune garçon asocial mais imaginatif, Victor Frankenstein n’est passionné que par trois choses : ses films amateurs, la science et son chien Sparky, son seul véritable ami. C’est pourquoi lorsque ce dernier meurt dans un accident, le garçon ne peut se résoudre à l’accepter et met en place une expérience hors norme, grâce à laquelle il parvient à ressusciter son fidèle compagnon. Mais l’exploit de Victor n’est pas passé inaperçu et ses camarades de classe, motivés par un prochain concours de science, se lancent alors dans leurs propres résurrections

«Ca y est, Disney mange dans la main de Burton»

Passé pour beaucoup du côté obscur depuis des années, et encore plus après qu’il ait réintégré l’écurie Disney avec Alice au pays des merveilles, Tim Burton n’a cessé d’en décevoir avec des films trahissant les aspirations de ses premiers travaux. Malgré tout, parmi les projets soulevant des doutes sur l’intégrité de l’artiste, des œuvres comme Sweeney Todd ou Dark Shadows témoignent d’un désir de reconquête de sa base de fans, de retrouvailles avec lui-même, auquel il offre un point d’orgue aujourd’hui avec Frankenweenie. Soit l’adaptation d’un de ses premiers courts-métrages, accouché dans la douleur alors qu’il se morfondait dans le studio aux grandes oreilles. Difficile dans ces conditions de ne pas voir l’ironie du sort, la boucle qui se dessine sous nos yeux. Et impossible de ne pas se demander si ces années de tergiversation, de compromis, n’avaient finalement pour seul but que d’obtenir les coudées franches au sein du système hollywoodien.

C’est en tout cas ce que l’on peut être amené à croire lorsqu’on comprend le hara-kiri commercial qu’est le film dans son concept de base, aux antipodes des productions Disney calibrées pour attirer le plus grand nombre. En effet, si le ton sombre et les thématiques matures ou les scènes clairement horrifiques n’ont pas découragés les parents les plus timorés, le noir et blanc devrait se charger de leur progéniture. Ce serait néanmoins passer à côté du fait que Frankenweenie, c’est aussi beaucoup d’humour et surtout du cœur. Burton n’avait pas été aussi émouvant depuis longtemps, peut-être parce qu’il s’agit d’un film personnel pour lui, où il est clairement apparenté au héros (voir le début avec le film amateur, déjà présent dans le court-métrage). Ce qui n’était plus franchement le cas sur ses derniers efforts, où il s’agissait davantage de coller à un univers.

Sans s’arrêter à renouer avec le Tim complexe et rêveur des débuts, le génie de Burbank le fait également avec son style. On en a un indice très clair lorsqu’il rameute ses anciens acteurs plutôt que les incontournables les plus récents, même Johnny Depp ou Helena Bonham Carter (Christopher Lee a quand même droit à une petite apparition avec un extrait du Cauchemar de Dracula). Clairement, il s’agit d’une véritable résurrection de son cinéma. La première scène avec Victor dans le grenier rappelle ainsi énormément Edward aux mains d’argent errant dans son château, et ça ne tient pas seulement à la partition aérienne de Danny Elfman. Les deux sont symptomatiques du Burton mal dans sa peau des jeunes années, traumatisé à sa façon par l’american way of life dans laquelle il a grandi. Son dernier métrage prend par conséquent position pour les freaks comme aucun ne l’avait fait depuis des lustres – jusque dans son final faisant fi de la morale conformiste – même si en fait tous les personnages ou presque en sont, à l’exception des parents du héros. L’histoire ne comporte ainsi aucun méchant véritable mais juste sont lot de gens incroyablement bêtes ou définitivement bornés, au point qu’ils en deviennent plus dangereux que les monstres qu’ils chassent : la vision de Burton sur la banlieue n’a pas changé d’un iota, et ça fait plaisir de la revoir ainsi explicitée.

Le réalisateur ne se contente toutefois pas de cultiver le passé et profite de l’occasion qui lui est offerte pour extrapoler génialement sur le court-métrage original, pousser son concept au-delà des maigres limites qui lui étaient autrefois imposées. Ce n’est pas pour rien qu’il s’est permis de le faire en stop-motion. Il en développe donc aussi bien l’aspect émotionnel de l’intrigue (l’expérience acquise fait indéniablement la différence dans la manière de transmettre les sentiments) que ses péripéties, pour légitimer le passage au format long tout en jouissant de ses possibilités. A l’intrigue à la Frankenstein se greffent alors des concurrents et leurs propres créations, avec tout ce que cela implique de références cinéphiles si chères à Burton : Godzilla, Gremlins, Dracula contre Frankenstein… L’air de rien, le film introspectif devient une madeleine de Proust, le point de départ d’une seconde jeunesse, et Frankenweenie s’impose dès lors comme une belle revanche de Burton sur Disney, qui avait renié en son temps un Etrange Noël de Monsieur Jack pourtant moins dark et s’était ensuite rattrapé aux branches en constatant la manne que cela représentait. Ca y est, le tout-puissant studio mange dans la main du cinéaste. Et si les fans de la première heure continueront certainement à rester méfiants, ils ne pourront en revanche que reconnaître ici l’étincelle retrouvée par Burton et qui nous avait tant manquée. Ne lui reste plus qu’à (re)continuer dans cette voie.

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Une Réponse à “Critique ciné : Frankenweenie”

  1. mabataille dit :

    Il me semblait bien qu’il y avait eu un court-métrage. Du coup si tu nous dis qu’il a trouvé du contenu pour en faire un long je te crois mais tu connais mon scepticisme quant à l’auteur.

    Et oui Dark Shadows était pas mal mais trop caricatural dans ses personnages. Et je ne pense pas que c’était dû à la série originale.

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