Archive pour novembre, 2012

Critique ciné : Argo

25 novembre, 2012

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Le 4 novembre 1979, au plus fort de la crise iranienne, des révolutionnaires forcent l’entrée de l’ambassade américaine et prennent tout le monde à l’intérieur en otage. Mais tandis que le monde entier a les yeux fixés sur ce drame, le gouvernement américain est également préoccupé par le sort de six ressortissants parvenus à fuir et se cacher chez l’ambassadeur du Canada, et qu’il faut maintenant extrader dans le plus grand secret. C’est là que l’agent de la CIA Tony Mendez fait une proposition complètement folle : monter un faux projet de film et les faire passer pour l’équipe de tournage

«Ben Affleck s’impose parmi les Eastwood et autres Gibson»

Peut-être parce qu’il ne cessait de se faire démolir quant à son jeu d’acteur, Ben Affleck a entamé depuis quelques années sa reconversion en tant que réalisateur. Après les efficaces polars Gone Baby Gone et The Town qui lui ont racheté une crédibilité artistique, le pote de Matt Damon quitte donc son Boston chéri pour passer à la vitesse supérieure avec Argo, projet calibré pour truster les prochains Oscars et intégrer immédiatement la liste des «grands films» de par son style empreint de classicisme ou son surprenant sujet historique. Sans surprise, c’est déjà sur un véritable plébiscite de la part de la presse qu’il surfe et Affleck prend des allures de réalisateur sur lequel il va falloir définitivement compter. Pourtant, s’il est indéniable que son travail derrière la caméra en impose ici sévère, on peut paradoxalement aussi se demander si ça suffisait à faire de lui l’homme de la situation.

Ses galons, l’homme au menton fendu les gagne ainsi en s’appuyant sur les modèles du passé. S’il ferait presque penser à du Stone période Tueurs nés lors d’une introduction où styles et formats d’image partouzent joyeusement, le film trouve bien ses origines dans le cinéma politique des 70′s, polars et espionnage confondus (un peu comme la rencontre de French Connection avec Les Trois jours du Condor). L’ouverture sur le logo old-school de la Warner n’est pas là seulement pour faire jolie, ce n’est que le premier signe d’une volonté tenace de s’ancrer dans cette époque, d’où une reconstitution historique de haute volée rendant même possible le comparatif en guise de générique de fin. Car il y a franchement de quoi se le permettre. Au diapason, la réalisation adopte la caméra posée typique du cinéma de ces années bien que, sans s’y limiter, Affleck la modernise en s’appropriant souvent un style documentaire très rentre-dedans. A ce titre, la séquence de la prise d’otage dans l’ambassade américaine donne un sentiment d’immersion dans un fait historique d’une puissance rare, qu’on ne s’était peut-être pas pris de front à ce point depuis le débarquement allié de Il faut sauver le soldat Ryan.

Tout ce boulot magistral ne correspond cependant qu’à une partie du métrage, l’autre, celle concernant la partie hollywoodienne de l’histoire et la création du vrai-faux film, naviguant clairement dans les rivages de la comédie. Pas besoin alors de réfléchir longtemps pour comprendre quel problème se pose quand, dans une seule et même œuvre, on a d’un côté un drame humain éreintant et de l’autre un portrait gentiment cynique de l’industrie du cinéma. Il en résulte des différences de ton incompatibles qui donnent l’impression d’avoir deux films distincts en un, dispersant en conséquence le rythme du récit avec un passage à vide au milieu (quelques dialogues redondants sont également à blâmer). Elles n’aident en tout cas en rien à entrer dans l’histoire, car elles ne se répondent pas assez voire pas du tout. D’ailleurs, même quand Affleck lie les deux avec un montage alterné, lors de la scène des «lectures», celui-ci ne peut prétendre à être autre chose qu’un (joli) effet de style tant il est vide de sens derrière. L’histoire de Argo est en fait tellement énorme et ubuesque que le traitement ultra-réaliste du réalisateur n’apparaît vraiment pas comme le choix le plus approprié, il était voué à ne pas pouvoir faire coïncider toutes les facettes de l’événement. Pour cela, sans avoir autant recours au délire, il aurait certainement fallu chercher davantage du côté d’un Chèvres du Pentagone et de son subtil mélange entre réel et farce.

Bon, on ne va pas non plus jeter la pierre à Ben Affleck car il réussit la gageure de s’imposer parmi ces comédiens ayant transité avec succès derrière la caméra, les Clint Eastwood et autres Mel Gibson. La dernière séquence de son Argo – dans l’aéroport – est même un grand moment de stress et fait montre d’une maîtrise impeccable, avec un sens du suspense que n’aurait pas renié un Hitchcock. Non mais sérieux, qui aurait cru que le nom de Ben Affleck flirterait un jour avec ceux des plus grands ? Il va pourtant falloir se faire à l’idée, et à plus forte raison s’il déniche un projet lui correspondant davantage.

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Critique ciné : Ted

20 novembre, 2012

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Gamin solitaire et en sérieux manque d’affection, John Bennett reçoit pour le noël de ses huit ans un ours en peluche auquel il s’attache immédiatement. Voyant en lui le seul ami qu’il aura jamais, il fait même le vœu que celui-ci devienne vivant… ce qui ne manque pas d’arriver ! Presque trente ans plus tard, les deux compères sont toujours aussi proches et font tout ensemble, spécialement glander devant la télé en fumant des joints. Mais John, en couple depuis plusieurs années, se voit contraint d’arrêter les frais pour devenir un adulte respectable. Dans ces conditions, l’homme et sa peluche pourront-ils alors rester les meilleurs amis du monde ?

«L’histoire n’est pas à la hauteur des gags qu’elle assène»

Peu connu par chez nous, Seth Macfarlane peut pourtant être considéré comme une sorte de successeur à Matt Groening grâce au succès des séries animées qu’il a créées, American Dad et plus encore Les Griffin (désormais plus connu chez nous sous son titre original, Family Guy). A ceci près que là où le père des Simpson se refuse à sauter le pas et s’en tient pépère à son rôle de showrunner, Macfarlane suit lui la piste d’autres cadors de l’animation US et se lance avec Ted sur un vrai long-métrage, qui plus est live. Une transition toujours intrigante et souvent porteuse comme le sait qui a vu Idiocracy de Mike Judge (Beavis et Butt-Head) ou les délires ciné du duo Trey Parker / Matt Stone, car il est passionnant de contempler comment un artiste rôdé à l’animation va manipuler le réel pour le cartooniser.

A l’évidence, ici, ça passe alors beaucoup par la présence d’un ours en peluche qui parle, marche et se biture comme un grand. Une sorte de Fritz le chat amené dans le réel par les excellents effets spéciaux du Tippett Studio, et rendu plus crédible encore dans ce contexte par la forme de conte moderne qu’adopte le métrage. Mais ce qui rapproche définitivement Ted des cartoons sur lesquels Macfarlane s’est fait la main, c’est leur sens de l’humour que le bonhomme retranscrit tel quel, aussi bien en terme de rythme que de registre. On retrouve même ses tics et marottes (la visualisation des pensées ou souvenirs des personnages, les bastons homériques) sans qu’il en abuse toutefois, comme ça a pu lui être reproché sur ses séries.

Parce qu’il a bien compris qu’il s’attaque à un nouveau média et qu’il doit s’y adapter, même si ce n’est qu’en apparence. Un peu comédie romantique, beaucoup film de potes, Ted a ainsi les allures tranquilles d’une comédie américaine inoffensive – voyez un peu l’affiche – mais n’a en fait qu’un seul but : exploser tout ça de l’intérieur et à chaque instant (ou presque), avec un goût pour la transgression allant bien au-delà de ce à quoi le réalisateur / scénariste / comédien (c’est lui qui fait la voix de la peluche en VO) nous avait habitué. Bien que n’étant pas particulièrement bridé sur son network, passer sur grand écran semble une libération pour Macfarlane qui se lâche sévère sur les démonstrations explicites de drogue (avec petit rail de coke au passage) et de sexe (un nounours à l’oeuvre avec une bimbo, c’est presque aussi perturbant que le kamasutra selon Team America). Scabreux, permissif et vulgaire, le film sait être hilarant parce que nous sommes face à une comédie qui y va à fond dans la provocation mais surtout, sachant nous prendre au dépourvu, nous déstabiliser. Entre le méga-succès au box-office des Very Bad Trip ou de ce Ted, c’est en tout cas le couronnement de l’humour hardcore.

Seth Macfarlane échoue néanmoins à aller jusqu’au bout de son idée, à savoir le piratage de genres plus ou moins mièvres de la comédie. En effet, s’il parvient d’abord à en éviter les écueils (voir comment la romance entre Mark Wahlberg et Mila Kunis est introduite ou comment leurs échanges peuvent se montrer drôles ou sensibles), ceux-ci finissent par le rattraper un peu, autant par maladresse que par lâcheté. Conciliante au début, le personnage de la petite amie devient par exemple chiante sans qu’on sente vraiment pourquoi, si ce n’est juste pour faire avancer l’histoire. Pire encore, le film ne se donne même pas la peine de surprendre en dépassant les passages obligés de ce genre d’intrigue puisqu’il embraye sur une dernière bobine un peu hors-sujet, dont la seule vraie raison d’être s’avère de laisser Giovanni Ribisi faire son show. Clairement, l’histoire n’est pas à la hauteur des gags qu’elle assène. Malgré cela, à l’image de son ourson pas commode mais indéniablement attachant, Ted emporte notre adhésion car plus que son humour déchaîné, c’est la sincérité de MacFarlane qui en transpire de chaque minute, particulièrement dans la pluie de références nostalgiques et tordantes aux glorieuses 80′s. Sérieusement, un film qui réhabilite avec un tel brio le Flash Gordon de Mike Hodges, comment ne pas l’adorer ?

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Critique ciné : Looper

8 novembre, 2012

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Dans le futur, le voyage temporel sera possible mais interdit, laissant les mafias seules utilisatrices de cette technologie pour faire disparaître tous ceux qui les dérangent. Pour cela, elles les envoient dans le passé jusqu’à des «loopers», des tueurs expéditifs régis par un modus operandi des plus précis. Mais le jour où l’un d’eux, Joe, se retrouve face à lui-même avec trente ans de plus, il ne parvient pas à l’abattre et le laisse fuir, provoquant la colère de ses employeurs. S’il veut conserver sa vie, il n’a alors plus qu’une solution : se retrouver et se tuer

«Trop gourmand, trop confiant»

Ayant fait ses premières armes sur deux petits longs-métrages plutôt réussis mais passés sous le radar des spectateurs, Brick et Une arnaque presque parfaite, Rian Johnson passe à la vitesse supérieure avec l’actionner SF Looper, nanti niveau casting du meilleur de l’ancien (Bruce Willis) et du nouveau (Joseph Gordon-Levitt) Hollywood. Pourtant, si le film attire autant l’attention, c’est bien parce qu’il repose sur un concept de base très fort et plus novateur qu’il y paraît, une pirouette temporelle relativement inédite dans ce genre de production. Mais s’il suffisait d’avoir de bonnes idées pour les concrétiser, ça se saurait, non ?

En dépit de son talent certain et de ses bonnes intentions, le réalisateur ne manque donc pas de trébucher sur quelques pièges inhérents à son sujet. On le sait, les films traitant de voyages dans le temps sont toujours un vrai casse-tête de scénariste car leurs ramifications sont aussi compliquées à anticiper qu’à expliquer, laissant presque à chaque fois de gros blancs ou incohérences plus ou moins visibles dans le fil du récit. Et ici, bien que Bruce Willis engueule son jeune alter-ego en arguant qu’il ne faut pas trop se poser de questions sur ce point, on ne peut d’autant moins s’empêcher de voir les vides scénaristiques que le film – en tout cas dans sa première moitié – y a beaucoup trait et ne cesse de soulever nombre d’interrogations. Il y a ainsi beaucoup d’idées brillantes par rapport aux voyages temporels (les messages gravés dans la chair, le type qui disparaît morceau par morceau tandis que son «jeune moi» se fait torturer…), de quoi rendre viable la vision de Johnson, sauf qu’elles ne sont finalement que peu utilisées par l’intrigue. L’actualisation en temps réel des souvenirs entre les deux personnages principaux, plus présente, aurait par exemple permis de les connecter davantage dans l’histoire, et ça n’aurait pas été du luxe.

Trop gourmand, trop confiant, Johnson l’est assurément. En effet, comme si traiter des voyages temporels n’était pas déjà assez difficile en soi, il s’éparpille en compliquant encore le récit, le présent du film ressemblant au nôtre sauf qu’il s’agit du futur (vous suivez ?), avec tout ce que cela implique d’éléments en plus à introduire et digérer. Les motos volantes ne sont alors qu’une broutille comparées à l’apparition de mutants avec des pouvoirs télékinésiques, thème qui vaudrait à lui seul un film et finit par vampiriser celui-ci. Ce n’est donc pas un hasard si Looper en vient à se scinder distinctement en deux, avec une première moitié où les codes du polar / film noir sont transposés dans un univers SF (en un geste assez similaire à ce qu’il avait fait dans Brick avec le film d’université) et une seconde ressemblant à s’y méprendre au Cavale sans issue avec Van Damme, les pouvoirs psy et quelques scénettes avec Willis en plus. Voulue par le réalisateur, cette rupture n’en casse pas moins le rythme et détourne l’histoire de la confrontation entre les deux alter-ego, nous laissant avec cette question : retirer toute tension pour privilégier l’attente, était-ce bien avisé ?

Heureusement, Rian Johnson s’avère être un réalisateur toujours aussi habile et capable de donner un cachet unique aux genres auxquels il s’attaque. Extrêmement soignée, sa mise en scène surprend même lors de scènes d’action peu expansives mais à la fois brutales et élégantes, prouvant sa volonté et capacité à œuvrer dans l’entertainment. Quant à Gordon-Levitt, que dire si ce n’est qu’il a grave le style dans ce Looper et continue de s’imposer comme un acteur de premier plan ? De quoi rattraper les errements d’un métrage singulier mais pas assez abouti, se croyant certainement plus malin qu’il ne l’est. C’est sûr alors, avec un peu plus d’humilité, Johnson a de quoi nous lâcher dessus une vraie petite bombe !

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Critique ciné : Frankenweenie

6 novembre, 2012

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Jeune garçon asocial mais imaginatif, Victor Frankenstein n’est passionné que par trois choses : ses films amateurs, la science et son chien Sparky, son seul véritable ami. C’est pourquoi lorsque ce dernier meurt dans un accident, le garçon ne peut se résoudre à l’accepter et met en place une expérience hors norme, grâce à laquelle il parvient à ressusciter son fidèle compagnon. Mais l’exploit de Victor n’est pas passé inaperçu et ses camarades de classe, motivés par un prochain concours de science, se lancent alors dans leurs propres résurrections

«Ca y est, Disney mange dans la main de Burton»

Passé pour beaucoup du côté obscur depuis des années, et encore plus après qu’il ait réintégré l’écurie Disney avec Alice au pays des merveilles, Tim Burton n’a cessé d’en décevoir avec des films trahissant les aspirations de ses premiers travaux. Malgré tout, parmi les projets soulevant des doutes sur l’intégrité de l’artiste, des œuvres comme Sweeney Todd ou Dark Shadows témoignent d’un désir de reconquête de sa base de fans, de retrouvailles avec lui-même, auquel il offre un point d’orgue aujourd’hui avec Frankenweenie. Soit l’adaptation d’un de ses premiers courts-métrages, accouché dans la douleur alors qu’il se morfondait dans le studio aux grandes oreilles. Difficile dans ces conditions de ne pas voir l’ironie du sort, la boucle qui se dessine sous nos yeux. Et impossible de ne pas se demander si ces années de tergiversation, de compromis, n’avaient finalement pour seul but que d’obtenir les coudées franches au sein du système hollywoodien.

C’est en tout cas ce que l’on peut être amené à croire lorsqu’on comprend le hara-kiri commercial qu’est le film dans son concept de base, aux antipodes des productions Disney calibrées pour attirer le plus grand nombre. En effet, si le ton sombre et les thématiques matures ou les scènes clairement horrifiques n’ont pas découragés les parents les plus timorés, le noir et blanc devrait se charger de leur progéniture. Ce serait néanmoins passer à côté du fait que Frankenweenie, c’est aussi beaucoup d’humour et surtout du cœur. Burton n’avait pas été aussi émouvant depuis longtemps, peut-être parce qu’il s’agit d’un film personnel pour lui, où il est clairement apparenté au héros (voir le début avec le film amateur, déjà présent dans le court-métrage). Ce qui n’était plus franchement le cas sur ses derniers efforts, où il s’agissait davantage de coller à un univers.

Sans s’arrêter à renouer avec le Tim complexe et rêveur des débuts, le génie de Burbank le fait également avec son style. On en a un indice très clair lorsqu’il rameute ses anciens acteurs plutôt que les incontournables les plus récents, même Johnny Depp ou Helena Bonham Carter (Christopher Lee a quand même droit à une petite apparition avec un extrait du Cauchemar de Dracula). Clairement, il s’agit d’une véritable résurrection de son cinéma. La première scène avec Victor dans le grenier rappelle ainsi énormément Edward aux mains d’argent errant dans son château, et ça ne tient pas seulement à la partition aérienne de Danny Elfman. Les deux sont symptomatiques du Burton mal dans sa peau des jeunes années, traumatisé à sa façon par l’american way of life dans laquelle il a grandi. Son dernier métrage prend par conséquent position pour les freaks comme aucun ne l’avait fait depuis des lustres – jusque dans son final faisant fi de la morale conformiste – même si en fait tous les personnages ou presque en sont, à l’exception des parents du héros. L’histoire ne comporte ainsi aucun méchant véritable mais juste sont lot de gens incroyablement bêtes ou définitivement bornés, au point qu’ils en deviennent plus dangereux que les monstres qu’ils chassent : la vision de Burton sur la banlieue n’a pas changé d’un iota, et ça fait plaisir de la revoir ainsi explicitée.

Le réalisateur ne se contente toutefois pas de cultiver le passé et profite de l’occasion qui lui est offerte pour extrapoler génialement sur le court-métrage original, pousser son concept au-delà des maigres limites qui lui étaient autrefois imposées. Ce n’est pas pour rien qu’il s’est permis de le faire en stop-motion. Il en développe donc aussi bien l’aspect émotionnel de l’intrigue (l’expérience acquise fait indéniablement la différence dans la manière de transmettre les sentiments) que ses péripéties, pour légitimer le passage au format long tout en jouissant de ses possibilités. A l’intrigue à la Frankenstein se greffent alors des concurrents et leurs propres créations, avec tout ce que cela implique de références cinéphiles si chères à Burton : Godzilla, Gremlins, Dracula contre Frankenstein… L’air de rien, le film introspectif devient une madeleine de Proust, le point de départ d’une seconde jeunesse, et Frankenweenie s’impose dès lors comme une belle revanche de Burton sur Disney, qui avait renié en son temps un Etrange Noël de Monsieur Jack pourtant moins dark et s’était ensuite rattrapé aux branches en constatant la manne que cela représentait. Ca y est, le tout-puissant studio mange dans la main du cinéaste. Et si les fans de la première heure continueront certainement à rester méfiants, ils ne pourront en revanche que reconnaître ici l’étincelle retrouvée par Burton et qui nous avait tant manquée. Ne lui reste plus qu’à (re)continuer dans cette voie.

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