Critique ciné : Astérix et Obélix Au Service de sa Majesté

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Dans son expansion insatiable de l’Empire romain, César conduit ses légions jusqu’aux confins du monde connu, l’île de Brittania, avec un plan imparable : attaquer tous les jours à dix-sept heure, quand les bretons ne peuvent faire autrement que de boire de l’eau chaude. Incapables de se défendre, ils n’ont alors d’autre choix que de demander de l’aide à leurs voisins gaulois et tout spécialement au petit village qui depuis toujours résiste à l’envahisseur. Déjà bien occupés avec le jeune Goudurix mais toujours prêts à casser du légionnaire frais, Astérix et Obélix partent avec un tonneau de potion magique à remettre à la reine des bretons

«Ce sont définitivement les acteurs qui sauvent l’affaire»

Parce que les fans et spectateurs ne furent pas les seuls à trouver embarrassant Astérix aux Jeux Olympiques, les détenteurs des droits de la fameuse bande-dessinée ont pour ce quatrième volet été bien plus regardants quant à ceux à qui ils allaient confier leur poule aux œufs d’or. Exit donc le producteur / réalisateur Thomas Langmann et ses caprices d’enfant gâté et bienvenue à Laurent Tirard, qui a gagné sa place sur Astérix et Obélix : Au Service de sa Majesté en adaptant précédemment l’univers de Goscinny par le biais du Petit Nicolas, avec le plébiscite qu’on sait. Légitime, le cinéaste l’est ainsi aux yeux des gardiens du temple. Mais va-t-on pour autant atteindre les cimes foulées par Alain Chabat avec son délire égyptien ?

Il faut déjà reconnaître une chose à Tirard, il sait retranscrire sur pellicule le feeling des médias qu’il adapte, qu’ils soient littéraires ou dessinés. Exception faite de quelques curieux choix de casting tels Gérard Jugnot en capitaine des pirates ou Michel Duchaussoy en Abraracourcix, sa vision de la bd de Goscinny et Uderzo est ainsi immédiatement reconnaissable et malgré tout rafraîchissante, grâce à des décors magnifiques (le swinging Londonium, le cottage couvert de végétation…) dont la série s’est fait une gageure. Ils sont en plus gratifiés ici pour la première fois d’une 3D joliment immersive (moins dans les décors naturels irlandais, mais bon) sans être tape à l’oeil. Le gros point fort de Tirard est que sa mise en scène ne se contente pas de reproduire une esthétique, elle s’avère aussi bien capable de reproduire la dynamique des cases d’une BD que d’utiliser la force d’évocation du cinéma (voir l’arrivée des bateaux romains à travers la brume). Cela lui permet d’être en même temps déférent et de justifier la transposition sur grand écran, ainsi que de placer quelques références cinéphiles bien senties en un second degré à la Chabat sans tomber dans les excès hype du troisième film. Que du bon en apparence.

Sauf qu’il existe un gros, un très gros couac au niveau de l’écriture. Pour commencer le mélange des deux tomes, dans le cas présent Astérix chez les bretons et Astérix et les normands, est toujours une idée un peu casse-gueule par ce qu’on prend le risque – à trop en avoir – de ne rien traiter vraiment. Ce qui se produit ici, malheureusement. Les enjeux de l’histoire s’avèrent en effet peu excitants car trop nombreux et trop peu connectés les uns aux autres à l’image : par exemple, excepté Dany Boon, les normands ne croisent même pas la route des deux gaulois ! C’était bien la peine de les faire venir de si loin ! Omniprésentes, les intrigues amoureuses auraient alors été en mesure de relier le tout si elles ne traitaient de faux problèmes (les allusions homosexuelles sont marrantes et bien vues mais contredisent ce qu’on connaît des personnages dans leurs autres aventures) et n’étaient condamnées à ne rien pouvoir changer, puisqu’on doit retrouver le même point de départ à chaque épisode. Elles en deviennent par le fait inutiles. Au moins autant d’ailleurs que les scènes avec César (discutable Fabrice Luchini), lesquelles dénotent encore plus qu’elles sont quasiment les seules à ne pas aborder les questions du cœur. De quoi achever de déliter l’intrigue et casser le rythme.

L’humour rattrape quand même le coup avec d’abord Edouard Baer, qui revient cette fois sur la série par la grande porte. Bien que simple second rôle, il était l’un des plus drôles de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre et ici il transforme le petit héros moustachu pour le meilleur. Préférant s’éloigner du personnage original pour se démarquer des interprétations de ses successeurs, on retrouve son humour avec ses tirades perchées mais en plus, il apporte un petit côté pathétique plutôt rigolo à Astérix. L’autre pourvoyeur de bons rires est alors la relève, le jeune Vincent Lacoste dans le rôle de Goudurix, débonnairement hilarant comme à son habitude et cela sans tomber dans la dérive de l’ado casse-bonbons, même lorsqu’il fait mumuse avec les BB Brunes. Entre ces deux-là et le restant d’un casting à la hauteur du monument national qu’est la bande-dessinée, chacun trouvera de quoi se dérider. Laurent Tirard a donc beau offre un joli écrin aux créations de Goscinny et Uderzo, ce sont définitivement les acteurs qui sauvent Astérix et Obélix : Au Service de sa Majesté des fluctuations de son script. A croire que personne n’arrivera à recréer la potion magique de Chabat.

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