Critique ciné : Taken 2

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Depuis qu’il a sauvé sa fille d’une tentative de kidnapping à Paris, l’ex-agent de la CIA Bryan Mills tente de se rapprocher d’elle et de sa mère. Alors quand une mission de protection le conduit à Istanbul, il propose aux deux femmes de sa vie de le retrouver là-bas pour passer quelques jours de vacances et – peut-être – renouer des liens n’ayant pas totalement disparu. C’était sans compter sur les familles des criminels tués lors du séjour dans la capitale française, avides de revanche et prêts à tout pour faire souffrir Mills

«Dans le nauséeux du polar bien à droite de la droite»

Succès surprise au box-office et première vraie consécration internationale pour une production Europa Corp., le rentre-dedans Taken appelait forcément à une suite. A l’américaine, quoi, histoire de capitaliser fastoche sur cette lucrative réussite. Le réalisateur Pierre Morel n’étant toutefois plus trop en odeur de sainteté depuis le semi-échec de son From Paris with Love, c’est l’habituel Olivier Megaton que l’on retrouve aux commandes de ce Taken 2. Un cinéaste dont nous attendions beaucoup au commencement mais comme en atteste la qualité déclinante de ses derniers efforts (rappelez-vous le choc en découvrant que Colombiana parvenait à être encore plus faiblard que Le Transporteur 3), il est définitivement devenu un yes-man démotivé pour le compte du père Besson.

Entendons-nous, Megaton reste malgré tout l’efficace faiseur d’images que nous connaissons, capable comme toujours de créer cette esthétique très léchée qui nous ferait presque redécouvrir Istanbul. D’autant que même si l’on passe beaucoup de temps dans des caves, le film nous trimbale également dans des décors assez originaux. Mais la grande nouveauté ici, c’est qu’il n’est pas fichu de nous livrer ici une seule scène d’action potable. Pas une seule. Montage et cadrages semblent en fait pensés uniquement pour rendre les bastons illisibles, certainement pour cacher le fait que Liam Neeson – aux abonnés absents – est crédible lorsqu’il s’agit de flinguer ou torturer mais largement moins quand il faut distribuer les mandales. C’est con pour celui dont on attendait la confirmation tardive d’action hero, pas très à l’aise dans sa grande carcasse. Et pourtant lors de la baston finale nous n’avons pas peur pour lui mais pour le méchant (!), joué par le chorégraphe / cascadeur Alain Figlarz qui en impose mais est aussi bien plus petit que Neeson. Entre ça et la réalisation à la ramasse, on a forcément du mal à frémir même devant le climax.

Et ce n’est que l’un de ces nombreux choix qui nous font nous demander si on se fout pas ouvertement de notre gueule : le cynisme des productions Besson – où le spectateur est pris pour un imbécile – a encore de beaux jours devant lui. Il n’y a qu’à se pencher sur le scénario truffé d’aberrations pour s’en convaincre et cela dès le lourdingue premier quart d’heure aux Etats-Unis, lénifiant de bêtise à flirter avec la comédie familiale et dégoulinant de raccourcis grossiers (le bouche-trou de Famke Janssen réduit à une voiture démarrant en trombe). Puis tout s’accélère une fois arrivé en Turquie : Neeson qui se repère à l’oreille, «l’ado» peu dégourdie à qui on demande d’aller balancer joyeusement des grenades sur Istanbul, les dialogues à la ramasse et des motifs qui se répètent ad nauseam (ah, ces coups de fil auxquels on ne répond pas)… Du grand n’importe quoi où le réalisme hardboiled du premier film ne peut subsister car Taken 2 joue davantage la carte de l’excès, du comic-book.

Ce qui aurait pu être cool s’il ne réussissait à côté à être encore plus douteux que son prédécesseur. Le premier film était en effet réac mais s’assumait comme tel alors que celui-ci l’est tout autant, si ce n’est plus même (les regards angoissés de Maggie Grace chaque fois qu’elle croise une femme voilée, les manœuvres malhonnêtes pour que le couple séparé se reforme…), et y ajoute encore une hypocrisie de chaque instant. Les responsables veulent ainsi nous faire croire qu’ils se rachètent une conscience vis-à-vis de la violence expéditive de Taken sauf que leur approche de la vengeance n’amène que des réflexions d’un ridicule achevé, car niées par absolument tout ce qu’on voit dans le métrage. Par exemple, vouloir rendre le méchant plus humain alors que se pose dès le départ un dilemme (venger un kidnappeur) faisant qu’on ne peut pas prendre parti pour lui. Et cela culmine dans l’ultime proposition que lui fait Neeson pour briser le cercle de la vendetta, équivalant à un «pouce !» de cour de récré comme s’il tirait un trait sur la grosse vingtaine de gusses qu’il a exterminés depuis le début. Le vrai problème de Taken 2 n’est donc pas qu’il réutilise sans se fouler l’argument du premier (voir le fameux speech du papa-poule au téléphone) mais qu’il y ajoute une mauvaise foi hallucinante, le plongeant plus encore dans le nauséeux du polar bien à droite de la droite. Qui plus est, le pathétique spectacle proposé par Olivier Megaton ne rattrapant cela en rien, on cherche encore ce qu’il y aurait à sauver du film. Bryan Mills trouverait peut-être, lui, mais pour nous c’est foutu.

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