Critique ciné : Le Magasin des suicides

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Vous trouvez la vie trop dure ? Vous vous sentez piégé dans une spirale de mésaventures et drames ? Vous voulez en finir avec tout ça ? Aucun soucis puisque la maison Tuvache – spécialiste en la matière depuis plusieurs générations – vous proposera à son «Magasin des suicides» tout le nécessaire pour mettre fin à vos jours efficacement… et à des prix défiant toute concurrence ! Mais lorsque la patronne accouche du petit Alan, un bambin à la joie de vivre inébranlable, les choses ne seront plus jamais les mêmes dans le quartier

«Le message positiviste passe en dépit de ses lacunes»

Spécialiste de la comédie à succès que l’on a jamais vraiment pris au sérieux malgré ses fréquentes excursions dans le cinéma dramatique, Patrice Leconte a de plus vu sa cote de popularité au box-office baisser radicalement ces dernières années, au point qu’il en est même venu – dégoutté – à annoncer prématurément sa retraite. Un caprice sur lequel il a eu tôt fait de revenir puisque le revoici déjà en salles avec Le Magasin des suicides, adapté du roman éponyme de Jean Teulé. Son premier film d’animation, et l’occasion – peut-être ? – de retrouver du plaisir et de la joie là où ils se faisaient de plus en plus rares. Pour lui comme pour les spectateurs.

Cette grande première pour lui n’implique toutefois en rien qu’on ne va pas lui chercher des casseroles. Bien au contraire. C’est ainsi qu’il s’est vu accusé un peu partout par la critique de faire du sous-Tim Burton avec ce film, ce à quoi on peut rapidement conclure si l’on considère que l’humour noir est l’exclusivité du freak de Burbank. En fait, la seule vraie ressemblance entre le dernier Leconte et les œuvres de Burton se situe au niveau de la bande originale d’Etienne Perruchon (Les Bronzés 3), aux très forts accents Elfman-esques il est vrai dans ses musiques comme ses chansons. Mais les sources d’inspiration du réalisateur vont bien au-delà de cela et son métrage fait aussi bien penser aux livres illustrés pour enfants qu’à la bande dessinée européenne classique, révélant un talent d’illustrateur qui lui vient certainement de ses années au magazine Pilote. Il donne en tout cas une substance et un charme indéniables aux créations graphiques de Régis Vidal et Florian Thouret, deux des principaux membres de la société Caribara (Foot 2 rue).

Les références ci-dessus au dessin sur papier ne sont pas anodines car il y a un vrai côté «à-plat» dans le visuel du Magasin des suicides, à cause duquel on lui a d’ailleurs reproché sa conversion en 3D, jugée par le fait inutile. Certains plans en font pourtant un très joli usage telle la plongée sur la ville lors de l’aérienne introduction, avec un pigeon neurasthénique qu’on identifie aisément au cinéaste. Et si l’on passe outre une animation parfois guère supérieure à du Flash sur internet, on profite en définitive d’une très agréable esthétique rappelant les livres pop-up.

Pour autant, on ne recommandera pas le film pas aux plus jeunes enfants, même ceux sachant rester stoïques devant des univers gentiment horrifiques. Ce film-ci va en effet relativement loin dans les références et sujets adultes car à l’ambiance générale plutôt glauque, les suicidés pleuvant littéralement du ciel, il faut ajouter de très surprenantes scènes de violence du père envers son fils Alan, dont l’intensité dépasse de loin les étranglements d’un Homer Simpson. Avec sa conclusion changée par rapport au livre original, l’optimisme finit néanmoins par l’emporter ici, Patrice Leconte ayant à l’évidence besoin de reprendre son pied à faire des films et dans ce but, quoi de mieux que de lutter contre la grisaille ambiante ? Moins décalé qu’il n’y paraît par rapport à notre monde (les affiches de films à peine modifiées en attestent), celui du métrage y fait gagner en à-propos à sa morale et le remède à la morosité n’en est plus si caricatural que ça.

Reste le problème du manque d’ampleur de l’histoire, l’intrigue autour d’Alan souffrant d’un développement trop ténu. La faute à une durée des plus courtes (1h19 générique de fin compris) qui s’avère en plus vampirisée par les nombreuses chansons, lesquelles ne sont pas toujours incroyables (ça donne beaucoup l’impression de se répéter) ni propres à faire avancer le schmilblick. Patrice Leconte fait cependant preuve d’un tel humour et d’une telle jouissance avec Le Magasin des suicides que le message positiviste passe en dépit de ses lacunes. L’expérience animée a d’ailleurs tant plu au réalisateur qu’il s’est déjà attelé à son second effort en la matière, Music !, où nous découvrirons un monde dans lequel la musique est interdite. L’occasion de continuer dans la bonne humeur et de rattraper ses petites fautes de «débutant» ?

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