Critique ciné : Savages

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Amis d’enfance, Ben et Chon partagent absolument tout : leurs passions, leur maison, leur florissante affaire de cannabis et leur petite amie, la magnifique O. Producteurs d’une herbe à la qualité exceptionnelle, ils attirent sur eux l’attention d’un cartel mexicain désireux de s’associer à leur business. A tout prix. C’est pourquoi, lorsque les deux hommes refusent la proposition qui leur est faite, O est kidnappée pour faire pression sur eux. Condamnés alors à suivre les ordres, ils vont chercher un moyen de récupérer la femme de leur vie et s’extirper de ce traquenard

«Une belle énergie qui se disperse un peu trop»

Nous ayant fait craindre le pire avec son larmoyant World Trade Center, Oliver Stone avait ensuite retrouvé la niaque comme en attestait le culotté W. : l’improbable président, sorti en salles alors que Bush était toujours aux commandes de la Maison-Blanche. Preuve de son désir de remonter la pente mais aussi de rassurer les fans, il continue depuis lors de nous faire du pied en revisitant sa filmographie et ses plus grands moments. On pense bien sûr à la grosse surprise de l’avoir vu s’atteler en 2010 à un Wall Street 2, sans oublier le Pinkville en stand-by qui le replongera dans la guerre du Vietnam, le drame fondateur de son cinéma. Et aujourd’hui avec Savages, on l’imagine revenu sous le soleil écrasant du thriller sulfureux à la U Turn. Un pressentiment que nous aurons tôt fait de voir nié par le métrage.

Parce qu’à l’évidence, vue l’énergie déployée par la réalisation de Stone, le film qu’il revisite ici est l’un de ses plus grands chefs d’oeuvre, l’ultra-controversé Tueurs nés. Même goût de la provoc’, même thème de la jeunesse criminelle – bien que l’approche soit radicalement différente – mais surtout, c’est bien la mise en scène qui établit cette parenté. Sans aller aussi loin dans le délire et l’effervescence qu’avec le trip scénarisé par Tarantino (mais comment cela aurait-il été possible ?), on retrouve indéniablement quelque chose de son grain de folie dans la manière de triturer la matière film. Jusqu’à faire de nous les victimes d’un jeu de dupes particulièrement audacieux, pour ne pas dire presque déplacé, lors du climax. Qu’on se rassure en tout cas, le réalisateur de soixante-six ans n’a rien perdu du mordant de ses jeunes années. Il faut dire aussi qu’il est en terrain familier avec Savages, l’intrigue paraissant bâtie autours de ses goûts et obsessions même si ce n’est que par petites touches. Ou de très grosses, comme lorsqu’il s’agit de faire l’apologie du cannabis dont il est un fervent défenseur et consommateur depuis maintenant des décennies. Le scénario est toutefois loin de se contenter de cela puisqu’on pourrait le qualifier de «thriller pluriel», où de nombreux sous-genres et motifs (le «rise and fall movie», la séquestration, les braquages…) sont abordés sous un angle inédit.

Sur la longueur, toutes ces bonnes choses n’empêchent cependant pas le film d’accuser une grosse baisse de tension. La faute à la volonté du réalisateur que tous ses personnages bénéficient d’une caractérisation à plusieurs facettes, qu’aucun ne soit réduit à un stéréotype ou un emploi unilatéral, au point qu’ils sont tous les «sauvages» du titre et s’insultent mutuellement comme tel. Présenter tous leurs aspects prend alors évidemment du temps et ralentit par le fait le rythme de l’action, celui de la narration (on perd trop de vue les deux héros en cours de route), mais cela a également un effet beaucoup plus insidieux. Si l’on prend par exemple le personnage de Benicio del Toro, lequel s’annonçait comme une machine à tuer implacable et vicieuse, cette approche est en effet à double-tranchant puisqu’il en impose de moins en moins à mesure qu’on creuse son humanité, qu’on le voit douter ou se faire sermonner par sa boss. Et encore nous avons de la chance, car ses scènes de repas de famille ont été coupées au montage !

Malgré tout, grâce au casting impeccable, l’ensemble tient debout. Bon, John Travolta cabotine un brin mais c’est un vrai plaisir que de retrouver Salma Hayek, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps dans autre chose que des caméos, ou d’apprécier Blake Lively cassant son image de Gossip Girl. La grosse surprise vient néanmoins du duo d’acteurs principaux, avec un Taylor Kitsch bien plus intense que ce à quoi il nous avait habitué tandis que Aaron Johnson – l’apprenti super-héros de Kick-Ass – s’avère proprement méconnaissable. Grâce à eux tous et à la mise en scène, Savages parvient donc à ne pas s’embourber et continue de nous rassurer quant à la suite de la carrière de Oliver Stone, lequel possède toujours une belle énergie même s’il se disperse un peu trop ici. Ce n’est pas pour ce coup-ci alors on attendra juste patiemment qu’il veuille bien nous livrer un nouveau putain de chef d’oeuvre, parce qu’il a encore à l’évidence des choses à dire et à montrer.

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