Critique ciné : The Secret

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Autrefois ville prospère, Cold Rock a sérieusement périclité après que la mine des environs ait fermé. Chômage, violence, alcool… tout n’est plus que misère et désolation depuis. C’est d’ailleurs à la même époque qu’est apparue la légende du Tall Man, une sombre figure à qui l’on prête la disparition de très nombreux enfants sans qu’on sache s’il existe ou pas. Mais un soir, quand l’infirmière Julia Denning voit son fils kidnappé sous ses yeux, elle se lance aux trousses du ravisseur avec l’énergie du désespoir

«Pascal Laugier évite les pièges du film à twists»

Balancé au premier plan avec le scandale ayant entouré la sortie de Martyrs, lequel concrétisait surtout les promesses susurrées par son Saint Ange, Pascal Laugier n’a pas eu à attendre longtemps avant que l’Amérique lui fasse les yeux doux. Comme beaucoup de ses compatriotes néanmoins, même ceux ayant réussi à tourner là-bas (Alexandre Aja est de plus en plus compressé par le système, Eric Valette fut traité comme le plus larbin des yes men…), le réalisateur s’est cassé les dents sur Hollywood la coriace et sa vision de Hellraiser, qu’il préparait pour le compte de ces sagouins de frangins Weinstein, restera à jamais du domaine du fantasme. Un mal pour un bien car avec The Secret il fait tout de même son entrée en Amérique en passant par la porte de derrière, le Canada, et réussit d’autant mieux son coup qu’il n’a rien troqué de son style durant la traversée de l’Atlantique.

Il y a déjà sa mise en scène maniérée mais jamais tape-à l’oeil, d’une retenue qui confine souvent au pictural. Centrale dans l’intrigue, la ville fictive de Cold Rock trouve ainsi son identité quelque part entre celles de Silent Hill et Twin Peaks, la grosse dépression économique en plus pour bien nous signifier que nous sommes dans le trou de merde du monde civilisé. Un contexte réaliste et contemporain qui ne se dépare pas d’une indéniable note fantastique, presque de conte de fée avec cette légende du «Tall Man» (le titre en VO) présentée au travers d’images télévisées, soit le moins féerique des médias qu’on puisse imaginer. Mais cela fonctionne car le talent et la sensibilité de Laugier se sont rarement accordés à ce degré, chaque élément paraît avoir contribué à supporter sa vision. Trop malin pour tomber dans la surenchère d’ultra-violence après Martyrs, il veut nous prendre aux tripes par sa simple histoire et la façon dont il va la raconter, de manière à nous garder perpétuellement impliqué dedans (rarement une introduction en flashforward nous sera autant restée à l’esprit durant tout un film).

Il est bien aidé en cela par son premier rôle, engagée sur le projet au point d’assurer également la casquette de coproductrice, à savoir une Jessica Biel à qui la maturité va fort bien puisque ce premier vrai rôle de femme nous la donne à voir sous un nouvel éclairage. Plus convaincante en effet que lors de ses apparitions dans des blockbusters, elle donne en plus ici vraiment de sa personne puisqu’un bon quart du métrage consiste en une course-poursuite éprouvante pour elle comme pour le spectateur, où la multiplication et l’enchaînement de situations laissent perpétuellement dans l’incertitude et donc en stress. Dans l’ensemble aucune place n’est laissée à la fioriture, l’histoire se déroulant dans sa grande majorité sur 36 heures, et la fluidité de la narration ajoute encore au jeu de manipulation dont nous sommes l’objet.

Le mystère, ou «The Secret» comme veut le qualifier ce titre français on ne peut plus stupide, reste alors évidemment notre première motivation à avancer dans l’intrigue. La comparaison avec Sixième sens et le message d’avertissement du trailer («les images que vous allez voir ne sont tirées que de la première moitié du film») ont titillé comme il fallait notre curiosité, et la péloche y fait honneur en désamorçant nos attentes même lorsqu’elles étaient fondées, certains rebondissements prévisibles prenant contre toute attente une nouvelle dimension. Nous sommes par le fait surpris mais aussi déstabilisés, interrogés face à une conclusion qui pourrait sembler douteuse s’il fallait compter sans le plan final sur la diaphane Jodelle Ferland, comme un ultime retournement de point de vue qui laisse chacun face à ses propres questions et réponses. Pascal Laugier évite ainsi les pièges du film à twists car dans The Secret, ceux-ci ne sont gratuits en rien, et leur profondeur n’a d’égale que leur nombre. Il s’agit en tout cas d’une migration réussie pour le réalisateur, qui se dit tout de même près à revenir en France si l’occasion se présentait. Mais qu’importe car où qu’il soit, il demeure un précieux représentant dans la tristounette scène française. Puisse cela durer !

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