Critique ciné : Voisins du troisième type

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Parce que l’un des employés de son hypermarché Costco a été brutalement assassiné, Evan décide de protéger sa communauté de Glenview en créant un comité de surveillance de quartier, pour mettre la main sur le meurtrier. Rejoint bientôt par trois larrons aussi peu expérimentés que lui et pas forcément autant impliqués, ils commencent à patrouiller en quête d’une piste. C’est alors qu’une terrifiante découverte leur tombe dessus : les extraterrestres ont envahi dans l’ombre leur petite bourgade d’Ohio. Et ils ne sont pas du tout amicaux

«Quelque part entre Attack the Block et Les Banlieusards»

Comme le faisait remarquer le jeune Elijah Wood dans The Faculty, les aliens avisés lancent leurs invasions de la Terre non pas dans les grandes mégalopoles mais dans des hameaux reculés, plus discrets pour entamer le processus d’asservissement. Une leçon qu’ont retenue les Voisins du troisième type (The Watch en VO, anciennement Neighborhood Watch), infiltrant une paisible communauté de l’Ohio où les seuls à pouvoir nous sauver les fesses sont une bande de bras cassés, membres d’une milice de quartier qu’on confondrait aisément avec l’association des idiots du village. Quelque part entre le british Attack the Block pour son postulat et Les Banlieusards de Joe Dante pour le discours, on s’attend donc à repousser l’invasion dans la joie et le bonne humeur.

Comment d’ailleurs ne pas être à la fête lorsqu’on réunit dans un seul film autant de poids lourds de la comédie ? Les têtes d’affiche Ben Stiller et Vince Vaughn assurent en effet à eux-seuls le label de qualité «Frat Pack» tandis que Jonah Hill, à un cheveu d’intégrer ce club très sélect, s’avère très marrant dans un rôle plus «brutal» qu’à l’accoutumée. Sans oublier bien sûr le petit nouveau qui va bien, Richard Ayoade, lequel trouve ici son premier grand rôle dans une grosse production. Peut-être n’est-il pas alors aussi présent que nous l’aurions aimé (il s’agit du petit nouveau, quoi) mais nous espérons en tout cas que ce film va booster sa carrière pour confirmer tout le bien qu’on pense de lui depuis la série The IT Crowd, d’autant qu’il n’est pas le dernier à nous faire rire dans ce combat déloyal contre l’envahisseur extraterrestre. Toutefois, sans se limiter à la comédie ou à la science-fiction, Voisins du troisième type comporte aussi une bonne part d’horreur, agrémentée de quelques fulgurances gores des plus surprenantes et graphiques. Nous sommes en définitive loin de la classique comédie US et bien plus près de l’oeuvre de fanboy faîte pour les fanboys, ce dont nous ne saurions nous plaindre.

Rien de très étonnant à cela lorsque l’on sait que Seth Rogen et son compère Evan Goldberg sont à l’origine du scénario, ceux-là même qui avaient réussi à faire de The Green Hornet – avec évidemment un coup de main de Michel Gondry – l’un des meilleurs films de super-héros de ces dernières années. Il satisfaisait aux exigences du genre tout en étant drôle et malin, une qualité qu’on peut également attribuer à ce film-ci. Car les lascars ajoutent en plus une autre dimension à leur script en questionnant la paranoïa larvée des quartiers résidentiels, où tout le monde ne se connaît que de façade, et plus largement le protectionnisme des Etats-Unis post-11 septembre. Le thème des immigrés et de leur intégration est ainsi très présent au début, et on aurait cru que le scénario irait dans ce sens par la suite avec les aliens.

Mais non, ces pistes, le métrage ne les creuse pas plus que ça et les abandonne même par la suite pour s’installer lors de sa dernière bobine dans de l’héroïsme de pacotille, fun mais inconsistant. Le réalisateur Akiva Schaffer s’était révélé plutôt capable avec la comédie Hot Rod sauf que dans le cas présent, il n’était peut-être pas le meilleur des choix. On le sent comme coincé entre les règles des producteurs et les délires de ses stars, et il ne peut alors plus prétendre à être autre chose qu’un yes man avec tout ce que cela implique de scories : coupes dans la durée avec des raccords particulièrement disgracieux entre certaines scènes et même au sein de plusieurs dialogues, esthétique générale trop terre-à-terre – voire «banlieusarde» – pour rendre honneur à l’aspect SF, histoire prévisible dans son déroulement et ses «surprises»… Spécialement doué pour catapulter ses personnages dans des univers où ils n’ont rien à faire (top modèles et espionnage dans Zoolander, acteurs et guerre dans Tonnerre sous les tropiques), on rêvera donc en pensant à ce qu’aurait fait Ben Stiller d’un tel sujet s’il s’était installé derrière la caméra. En l’état, Voisins du troisième type est un ovni sympatoche dont nous ne saurons toutefois s’il faut célébrer ses outrances ou pester contre ses lâchetés.

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