Critique ciné : Moi, député

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Député de Caroline du nord depuis plusieurs années, Cam Brady brigue un cinquième mandat qu’il ne s’imagine pas perdre, le parti républicain n’ayant jamais mis face à lui de candidat. Mais parce qu’ils ont besoin d’un homme de paille pour accepter leur délocalisation d’usines chinoises – employés compris – sur le territoire de l’oncle Sam, des PDG sans scrupule décident d’en fabriquer un de toutes pièces et tirent de sa vie paisible Marty Huggins, l’antithèse du politicien aux dents longues. La bataille pour le poste n’en promet pas moins d’être épique et impitoyable

«Qu’on se le dise, ce n’est pas qu’une comédie de Will Ferrell»

Tandis que les Etats-Unis se préparent à une nouvelle élection présidentielle régalant les médias d’information, le cinéma ne pouvait rester sur la touche et ce match au sommet trouve donc un fort écho en salles – dans une moindre mesure il est vrai – avec Moi, député. Mais loin de la traditionnelle fiction politique, c’est à une comédie que nous faisons face et qui plus est, une comédie avec les inénarrables Will Ferrell et Zach Galifianakis. Deux poids lourds de la poilade, la légende et le prétendant au trône. L’exact rapport de force dépeint dans le film. Et ce dernier ne s’arrête pas là lorsqu’il s’agit de convoquer le réel, la fiction n’ayant jamais à chercher très loin pour dénicher de quoi rire… plutôt que d’en pleurer.

La bonne surprise avec Moi, député c’est donc qu’on peut reconnaître en lui, en plus d’une comédie de rang A, une vraie satyre du monde de la politique et des courses aux élections. Tout y est en effet ou presque, et surtout les éléments les plus glauques en direct des coulisses. Ceux que l’on doit garder à l’esprit lorsque se joue sous nos yeux le cirque des dirigeants. Tout commence ainsi avec les lobbys qui font les candidats, ici interprétés par le duo Dan Aykroyd (quel plaisir que de le retrouver, même brièvement) et John Lithgow, pour se concentrer ensuite sur la manipulation médiatique dont nous faisons l’objet. Soit la construction d’une image publique calibrée, l’omniprésence des conseillers (excellent Dylan McDermott), les spots de campagne que le site Funny or Die de Ferrell s’était déjà fait une spécialité de parodier, les débats aux coups bas soigneusement préparés, le racolage à tout-va (car même les adorateurs de serpents votent)… Tout est sujet à plaisanterie mais tout est également basé sur du concret, avec un trait en fin de compte à peine grossi comparé à ce qu’on peut constaté au quotidien. Mais cela suffit à faire réfléchir et pour ne rien gâcher, rire.

Il faut dire que nous n’en attendions pas moins de la réunion des deux comédiens-vedettes. Avec des rôles écrits à l’évidence sur mesure pour eux, ils trouvent leur place dans l’intrigue de manière égale – et nécessaire pour le bon fonctionnement de l’ensemble – même si les fans de Ferrell seront surpris de le voir autant en retrait, ce à quoi il ne nous a pas habitué. Après tout, c’est lui le roi, et beaucoup risquent de se rendre dans les salles en espérant le voir faire le show (allez, même si ça reste minoritaire, Will se constitue petit à petit une solide base de connaisseurs en France). Sachez alors qu’il n’oeuvre pas ici dans son registre ciné classique mais celui de ses parodies de Bush à la télé et sur le net, une différence loin d’être anodine malgré les apparences. Et que Galifianakis étant en pleine hype au box-office (Very Bad Trip, vous connaissez ?), nous avons là la cohabitation de deux humours quand d’ordinaire ses partenaires s’adaptent au sien. Qu’on se le dise donc, ce n’est pas qu’une comédie de Will Ferrell.

Le désistement derrière la caméra du fidèle compère Adam McKay au profit de Jay Roach (les Austin Powers) n’y est pas non plus étranger, ce dernier ne pouvant faire ressentir la même connivence avec l’hurluberlu bouclé. On l’a justement choisi pour servir au mieux – et équitablement – les têtes d’affiche, ce dont il s’acquitte sans problème en habile faiseur de comédies qu’il est. Néanmoins, le réalisateur de La Légende de Ron Burgundy ou Very Bad Cops est tout de même de la partie, au scénario et à la production, et cela se ressent lors de fulgurances outrancières comme on les aime. Pour peu que vous soyez clients de ce type d’humour, le dîner-confession de la famille Huggins ou les coups de poing malencontreux de Cam Brady (ils vont encore plus loin que la baston contre les mômes dans Frangins malgré eux !) sont ainsi assurés de vous faire pleurer de rire et, à eux seuls, vaudraient quasiment la vision du film. Alors la prochaine fois que nous serons appelés à remplir les urnes, vous saurez quoi faire auparavant : mater Moi, député !

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