Archive pour septembre, 2012

Critique ciné : Voisins du troisième type

15 septembre, 2012

voisins du troisieme type_the watch_ben stiller_vince vaughn_richard ayoade_jonah hill_akiva schaffer_affiche_poster

Parce que l’un des employés de son hypermarché Costco a été brutalement assassiné, Evan décide de protéger sa communauté de Glenview en créant un comité de surveillance de quartier, pour mettre la main sur le meurtrier. Rejoint bientôt par trois larrons aussi peu expérimentés que lui et pas forcément autant impliqués, ils commencent à patrouiller en quête d’une piste. C’est alors qu’une terrifiante découverte leur tombe dessus : les extraterrestres ont envahi dans l’ombre leur petite bourgade d’Ohio. Et ils ne sont pas du tout amicaux

«Quelque part entre Attack the Block et Les Banlieusards»

Comme le faisait remarquer le jeune Elijah Wood dans The Faculty, les aliens avisés lancent leurs invasions de la Terre non pas dans les grandes mégalopoles mais dans des hameaux reculés, plus discrets pour entamer le processus d’asservissement. Une leçon qu’ont retenue les Voisins du troisième type (The Watch en VO, anciennement Neighborhood Watch), infiltrant une paisible communauté de l’Ohio où les seuls à pouvoir nous sauver les fesses sont une bande de bras cassés, membres d’une milice de quartier qu’on confondrait aisément avec l’association des idiots du village. Quelque part entre le british Attack the Block pour son postulat et Les Banlieusards de Joe Dante pour le discours, on s’attend donc à repousser l’invasion dans la joie et le bonne humeur.

Comment d’ailleurs ne pas être à la fête lorsqu’on réunit dans un seul film autant de poids lourds de la comédie ? Les têtes d’affiche Ben Stiller et Vince Vaughn assurent en effet à eux-seuls le label de qualité «Frat Pack» tandis que Jonah Hill, à un cheveu d’intégrer ce club très sélect, s’avère très marrant dans un rôle plus «brutal» qu’à l’accoutumée. Sans oublier bien sûr le petit nouveau qui va bien, Richard Ayoade, lequel trouve ici son premier grand rôle dans une grosse production. Peut-être n’est-il pas alors aussi présent que nous l’aurions aimé (il s’agit du petit nouveau, quoi) mais nous espérons en tout cas que ce film va booster sa carrière pour confirmer tout le bien qu’on pense de lui depuis la série The IT Crowd, d’autant qu’il n’est pas le dernier à nous faire rire dans ce combat déloyal contre l’envahisseur extraterrestre. Toutefois, sans se limiter à la comédie ou à la science-fiction, Voisins du troisième type comporte aussi une bonne part d’horreur, agrémentée de quelques fulgurances gores des plus surprenantes et graphiques. Nous sommes en définitive loin de la classique comédie US et bien plus près de l’oeuvre de fanboy faîte pour les fanboys, ce dont nous ne saurions nous plaindre.

Rien de très étonnant à cela lorsque l’on sait que Seth Rogen et son compère Evan Goldberg sont à l’origine du scénario, ceux-là même qui avaient réussi à faire de The Green Hornet – avec évidemment un coup de main de Michel Gondry – l’un des meilleurs films de super-héros de ces dernières années. Il satisfaisait aux exigences du genre tout en étant drôle et malin, une qualité qu’on peut également attribuer à ce film-ci. Car les lascars ajoutent en plus une autre dimension à leur script en questionnant la paranoïa larvée des quartiers résidentiels, où tout le monde ne se connaît que de façade, et plus largement le protectionnisme des Etats-Unis post-11 septembre. Le thème des immigrés et de leur intégration est ainsi très présent au début, et on aurait cru que le scénario irait dans ce sens par la suite avec les aliens.

Mais non, ces pistes, le métrage ne les creuse pas plus que ça et les abandonne même par la suite pour s’installer lors de sa dernière bobine dans de l’héroïsme de pacotille, fun mais inconsistant. Le réalisateur Akiva Schaffer s’était révélé plutôt capable avec la comédie Hot Rod sauf que dans le cas présent, il n’était peut-être pas le meilleur des choix. On le sent comme coincé entre les règles des producteurs et les délires de ses stars, et il ne peut alors plus prétendre à être autre chose qu’un yes man avec tout ce que cela implique de scories : coupes dans la durée avec des raccords particulièrement disgracieux entre certaines scènes et même au sein de plusieurs dialogues, esthétique générale trop terre-à-terre – voire «banlieusarde» – pour rendre honneur à l’aspect SF, histoire prévisible dans son déroulement et ses «surprises»… Spécialement doué pour catapulter ses personnages dans des univers où ils n’ont rien à faire (top modèles et espionnage dans Zoolander, acteurs et guerre dans Tonnerre sous les tropiques), on rêvera donc en pensant à ce qu’aurait fait Ben Stiller d’un tel sujet s’il s’était installé derrière la caméra. En l’état, Voisins du troisième type est un ovni sympatoche dont nous ne saurons toutefois s’il faut célébrer ses outrances ou pester contre ses lâchetés.

Critique ciné : Voisins du troisième type dans Cinema Cinema 021-150x100031-150x100 dans Cinema Cinema041-150x100

Critique ciné : Moi, député

2 septembre, 2012

moi depute_the campaign_will ferrell_zach galifianakis_jay roach_affiche_poster

Député de Caroline du nord depuis plusieurs années, Cam Brady brigue un cinquième mandat qu’il ne s’imagine pas perdre, le parti républicain n’ayant jamais mis face à lui de candidat. Mais parce qu’ils ont besoin d’un homme de paille pour accepter leur délocalisation d’usines chinoises – employés compris – sur le territoire de l’oncle Sam, des PDG sans scrupule décident d’en fabriquer un de toutes pièces et tirent de sa vie paisible Marty Huggins, l’antithèse du politicien aux dents longues. La bataille pour le poste n’en promet pas moins d’être épique et impitoyable

«Qu’on se le dise, ce n’est pas qu’une comédie de Will Ferrell»

Tandis que les Etats-Unis se préparent à une nouvelle élection présidentielle régalant les médias d’information, le cinéma ne pouvait rester sur la touche et ce match au sommet trouve donc un fort écho en salles – dans une moindre mesure il est vrai – avec Moi, député. Mais loin de la traditionnelle fiction politique, c’est à une comédie que nous faisons face et qui plus est, une comédie avec les inénarrables Will Ferrell et Zach Galifianakis. Deux poids lourds de la poilade, la légende et le prétendant au trône. L’exact rapport de force dépeint dans le film. Et ce dernier ne s’arrête pas là lorsqu’il s’agit de convoquer le réel, la fiction n’ayant jamais à chercher très loin pour dénicher de quoi rire… plutôt que d’en pleurer.

La bonne surprise avec Moi, député c’est donc qu’on peut reconnaître en lui, en plus d’une comédie de rang A, une vraie satyre du monde de la politique et des courses aux élections. Tout y est en effet ou presque, et surtout les éléments les plus glauques en direct des coulisses. Ceux que l’on doit garder à l’esprit lorsque se joue sous nos yeux le cirque des dirigeants. Tout commence ainsi avec les lobbys qui font les candidats, ici interprétés par le duo Dan Aykroyd (quel plaisir que de le retrouver, même brièvement) et John Lithgow, pour se concentrer ensuite sur la manipulation médiatique dont nous faisons l’objet. Soit la construction d’une image publique calibrée, l’omniprésence des conseillers (excellent Dylan McDermott), les spots de campagne que le site Funny or Die de Ferrell s’était déjà fait une spécialité de parodier, les débats aux coups bas soigneusement préparés, le racolage à tout-va (car même les adorateurs de serpents votent)… Tout est sujet à plaisanterie mais tout est également basé sur du concret, avec un trait en fin de compte à peine grossi comparé à ce qu’on peut constaté au quotidien. Mais cela suffit à faire réfléchir et pour ne rien gâcher, rire.

Il faut dire que nous n’en attendions pas moins de la réunion des deux comédiens-vedettes. Avec des rôles écrits à l’évidence sur mesure pour eux, ils trouvent leur place dans l’intrigue de manière égale – et nécessaire pour le bon fonctionnement de l’ensemble – même si les fans de Ferrell seront surpris de le voir autant en retrait, ce à quoi il ne nous a pas habitué. Après tout, c’est lui le roi, et beaucoup risquent de se rendre dans les salles en espérant le voir faire le show (allez, même si ça reste minoritaire, Will se constitue petit à petit une solide base de connaisseurs en France). Sachez alors qu’il n’oeuvre pas ici dans son registre ciné classique mais celui de ses parodies de Bush à la télé et sur le net, une différence loin d’être anodine malgré les apparences. Et que Galifianakis étant en pleine hype au box-office (Very Bad Trip, vous connaissez ?), nous avons là la cohabitation de deux humours quand d’ordinaire ses partenaires s’adaptent au sien. Qu’on se le dise donc, ce n’est pas qu’une comédie de Will Ferrell.

Le désistement derrière la caméra du fidèle compère Adam McKay au profit de Jay Roach (les Austin Powers) n’y est pas non plus étranger, ce dernier ne pouvant faire ressentir la même connivence avec l’hurluberlu bouclé. On l’a justement choisi pour servir au mieux – et équitablement – les têtes d’affiche, ce dont il s’acquitte sans problème en habile faiseur de comédies qu’il est. Néanmoins, le réalisateur de La Légende de Ron Burgundy ou Very Bad Cops est tout de même de la partie, au scénario et à la production, et cela se ressent lors de fulgurances outrancières comme on les aime. Pour peu que vous soyez clients de ce type d’humour, le dîner-confession de la famille Huggins ou les coups de poing malencontreux de Cam Brady (ils vont encore plus loin que la baston contre les mômes dans Frangins malgré eux !) sont ainsi assurés de vous faire pleurer de rire et, à eux seuls, vaudraient quasiment la vision du film. Alors la prochaine fois que nous serons appelés à remplir les urnes, vous saurez quoi faire auparavant : mater Moi, député !

Critique ciné : Moi, député dans Cinema Cinema 02-150x10003-150x100 dans Cinema Cinema04-150x100