Critique ciné : Total Recall

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Dans le futur, la surface de la Terre a été rendue inhabitable à l’exception de deux zones : une réunie autour de l’île d’Angleterre et la Colonie australienne, toutes deux reliées par un ascenseur traversant la planète et appelé «la Chute». Habitant de la cité pauvre, Douglas Quaid sent que quelque chose lui manque et décide un jour d’avoir recours aux services de la société Rekall, laquelle propose d’implanter dans votre mémoire les plus fantasques souvenirs. Mais à peine s’est-il installé dans la machine que des soldats font irruption pour le mettre aux arrêts, et Douglas se retrouve alors pris dans une machination dont dépend l’avenir du monde…Mais est-ce un rêve ou la réalité ?

«Pas de quoi hurler au sacrilège»

De la même manière que Hollywood en revient sempiternellement à remplir les salles avec des remakes, nous en revenons sans cesse – après la traditionnelle phase colérique, cela va de soi – à nous questionner sur l’intérêt de cette pratique. Car oui, intérêt il peut y avoir, et pas seulement pour le producteur désireux de se remplir les poches sans trop prendre de risques. On peut ainsi remettre à jour une œuvre qui fut trop ambitieuse lors de sa création, ou qui est trop datée. On peut simplement se la réapproprier pour en faire quelque chose d’autre, de nouveau. Ou bien on peut même pondre une grosse bouse histoire de réévaluer le film original. Dans le cas de Total Recall cependant, ancienne et nouvelle version, aucun de ces cas de figure ne s’applique. Cela veut-il dire que nous sommes face à un énième remake foiré ? Pas si simple.

Pourtant, on ne peut franchement pas dire que la quête d’originalité ait présidé à la création de ce Total Recall 2012. Déjà en tant qu’adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick et en tant que remake, normal, mais aussi parce qu’il fait montre d’une paresse incroyable pour s’éloigner du scénario mis en images par Paul Verhoeven au tournant des 90′s. Attention, des différences majeures existent tout de même. La trame martienne a par exemple été totalement éclipsée, ou plus exactement transposée sur Terre avec cette très bonne idée qu’est «la Chute». Et le réalisateur Len Wiseman n’est en aucune manière un auteur de la trempe du hollandais fou mais un artisan oeuvrant dans le carré, se prenant au sérieux, d’où l’abandon du second degré caractéristique du film original. Ces variations ne cachent toutefois rien du fait que le remake se déroule selon les mêmes rebondissements et la même structure que son modèle, il n’y a aucune surprise scénaristique pour ceux qui connaissent la première mouture. A ceux-là l’intrigue paraîtra donc désespérément plate, une impression que pourra encore renforcer les nombreuses influences émaillant le projet : course-poursuites à la Minority Report, armée de machines évoquant I, Robot, mégalopole multiculturelle à la Blade Runner… Ironiquement au regard de son sujet, le déjà-vu plane sur ce Total Recall.

Mais ce qui compte au final, c’est ce que Len Wiseman fait de ces références qui pourraient devenir encombrantes. Au lieu de cela, avec l’efficacité qu’on lui connaît, il brasse alors l’ensemble pour composer des séquences d’action très élaborées, où prédomine dans leur construction une utilisation inventive de décors tout aussi inventifs (l’aspect «cubes emboîtés» de la Colonie ne manque pas de dépayser). Toutes proportions gardées, c’est une démarche que l’on retrouve chez des Spielberg ou des Peter Jackson, chez qui l’on exploite au maximum l’environnement pour proposer de l’inédit, couper le souffle aux spectateurs. Ce qui se traduit ici par une course-poursuite sur les différents paliers de la ville-ghetto où l’on part du haut pour arriver tout en bas (gaffe aux chutes), une autre bien tendue dans un réseau d’ascenseurs multidirectionnels, un gunfight en gravité zéro… Explosif et de haut-standing, le spectacle s’égrène de plus à un rythme très soutenu comme dans les deux derniers films de Wiseman, Underworld Evolution et Die Hard 4. On peut ainsi lui reprocher beaucoup de choses (et beaucoup lui est reproché) mais le réalisateur se montre décidément très à l’aise sur ce genre de narration au cordeau.

Et s’il ne devait avoir qu’une seule autre grande qualité, ce serait de faire tourner sa magnifique femme dans tous les sens du terme, qui plus est aux côtés de la non-moins affriolante Jessica Biel. Sérieux, un grand merci à toi Len, d’autant que Kate Beckinsale en impose pas mal dans le rôle de l’acharnée méchante. Pour un peu elle effraierait même autant que Michael Ironside à l’époque et assure une belle relève, ce dont ne peut vraiment se targuer Colin Farrell sur le cultissime héritage que lui laisse Schwarzenegger. Il n’empêche, après Fright Night, c’est plutôt cool de voir l’acteur irlandais se faire plaisir dans du blockbuster tranquille de la nouille, en tout cas quand c’est mieux fait que dans S.W.A.T. Unité d’élite.

Le nouveau Total Recall présentera donc un réel intérêt surtout pour les incultes de la jeune génération et les retardataires inexcusables, parce que les autres profiteront d’un show pyrotechnique très bien emballé (Wiseman est là pour faire de l’action et ça se voit) sans être indispensable. Pas de quoi légitimer totalement l’entreprise mais pas de quoi non plus hurler au sacrilège, même si l’initiateur de la saga Underworld ne se fera certainement pas des masses de nouveaux amis avec ce remake…

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