Critique ciné : Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires

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Reconnu par l’Histoire comme le président ayant aboli l’esclavage aux Etats-Unis suite à la guerre de Sécession, Abraham Lincoln avait une motivation toute personnelle de s’engager dans cette bataille. Une motivation inconnue des historiens qui de toute façon n’y auraient cru. Car oui, qui croirait que derrière les esclavagistes du sud se cachaient en réalité des vampires ? Et que Abe, armé d’une simple hache, se faisait un devoir de chasser ?

«Très divertissant dans sa manière de mêler réalité et fiction»

Revenus en force depuis le début des années 2000, les non-morts du type vampires ou zombies ont à ce point envahi les écrans qu’ils mangent à toutes les sauces et s’attaquent désormais à des cibles que nous n’aurions jamais envisagées, dans des crossovers dont l’énormité fait tout le sel. C’est simple : plus c’est gros, plus ça éveille notre curiosité. En attendant ainsi la rencontre de Jane Austen et des bouffeurs de cerveaux dans Orgueil et préjugés et zombies (plus c’est gros, donc), voici que l’un des présidents américains les plus populaires vient démastiquer du suceur de sang dans Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires. Inattendu, non ?

Pour autant, un postulat complètement fou ne signifie pas que l’on va tomber dans la gaudriole ou le troisième degré. L’approche s’avère en effet ici au contraire très documentée, on s’attache à relier les faits historiques de la vie du président au haut-de-forme à l’histoire cachée de sa lutte contre les vampires. On s’amuse à relire l’Histoire sous un nouveau jour tout en le faisant sérieusement, sans s’épargner les passages difficiles tels que la mort du fils Lincoln, encore bambin. S’il ne peut alors évidemment être aussi exhaustif sur ce point que le roman original de Seth Grahame-Smith (également scénariste ici), le film a au moins la bonne idée de se concentrer là-dessus et juste là-dessus, ce qui lui permet d’être assez efficace dans sa narration sans trop sacrifier de choses quant aux personnages. Dans le rôle-titre, le quasi-inconnu Benjamin Walker (croisé dans Mémoires de nos pères) s’avère d’ailleurs être une excellente surprise, dont la ressemblance frappante avec un jeune Liam Neeson aurait créé une continuité marrante – s’il avait gardé l’acteur irlandais – entre ce film et le biopic sur Lincoln que Steven Spielberg prépare actuellement.

Mais si cette vraisemblance historique et le ton relativement sérieux ont de quoi nous surprendre, en plus de leur association à la forte note fantastique du projet, c’est surtout dû à la présence derrière la caméra de Timur Bekmambetov, bidouilleur hystérique et éminemment sympathique mais pas toujours très constructif. Après son diptyque vampirique russe ou Wanted, il s’impose ainsi une nouvelle rigueur que l’on pourrait presque qualifier de sobriété. Certes, ses vampires en CGI ont tendance à ressembler un peu à ceux de Van Helsing mais au moins – et même si c’était très cool dans Nightwach – nous n’avons pas droit à un personnage s’enlevant la colonne vertébrale pour s’en faire une épée. Tout ça reste très simple, à l’image de sa réalisation assagie bien qu’y subsistent tout de même quelques effets clinquants (ralentis, accélérés… on ne se refait pas) et, en une occasion au moins, un exemple de ces grands moments de n’importe quoi dont il a le secret. Soit la cascade finale du train, si énorme qu’elle en devient presque impossible à rendre à l’image et tourne au risible. Il n’empêche, sans singer le style de son Tim Burton de producteur, le réalisateur russe sait faire de la belle image et y va en plus franco comme toujours sur l’action, pour tout faire péter à l’écran lors de séquences jamais vues (le combat au milieu du stampede) ou franchement ambitieuses (le climax dans le train, avant donc le passage du pont).

Loin d’être le film de l’année ou même de l’été, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires s’impose  malgré tout comme un petit blockbuster très correct, très divertissant dans sa manière de mêler réalité et fiction et d’emballer le tout avec une grosse dose de spectacle. Il s’agit en tout cas du meilleur film de Timur Bekmambetov et d’une preuve que son travail ne s’adresse pas seulement aux cocaïnomanes speedés, qu’il peut s’ouvrir à de nouveaux horizons. S’il est alors sûr que le Lincoln de Spielberg sera autrement magistral, il est également tout autant certain qu’il sera bien moins fun !

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Une Réponse à “Critique ciné : Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires”

  1. parisian's culture dit :

    La critique que tu fais de ce film est intéressante. Je trouve que pour un film de vampires, l’aspect historique n’a pas été mis à l’écart et que les événements historiques ont été relativement bien respectés.
    En revanche, je déplore que les scènes qui ne sont pas purement de l’action, ne soit pas un peu plus poignante et captivante. Mais comme tu le dis si bien si ce n’est pas le film de l’année, c’est un film qui se laisse regarder et qui est un bon divertissement.

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