Critique ciné : The Amazing Spider-Man

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Ses parents ayant mystérieusement disparu alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Peter Parker a grandi chez son oncle et sa tante pour devenir un jeune homme intelligent mais timide, ayant du mal à s’intégrer ou à déclarer sa flamme à la belle Gwen Stacy. Un jour, retrouvant des affaires qui appartenaient à son père, il se rapproche d’un ancien collègue de celui-ci, le Dr Connors, et se fait piquer par mégarde par l’un de ses sujets de recherche. Transformé sur le plan génétique, Peter obtient alors d’incroyables pouvoirs. Et une légende est sur le point de naître

«Les films de Sam Raimi restent intouchables»

Il y a tout juste dix ans de cela, Sam Raimi prouvait au monde entier que les comics pouvaient être adaptés sur grand écran malgré leurs aspects les plus fantaisistes. Et plus important encore, que ces adaptations étaient en mesure d’en restituer l’énergie et le style. Voilà ce qu’était le premier Spider-Man lors de sa sortie. Une étape majeure dans la légitimation du comic-book movie et aujourd’hui encore l’un de ses plus flamboyants représentants, suivi par un monumental second volet… plus un troisième péchant par excès, c’est vrai. Il n’empêche que nous espérions le quatrième, et même nous étions à un rien de l’avoir, mais tandis que Sam se débattait pour contenter Sony, ceux-ci optèrent pour une solution aussi radicale qu’inattendue : un reboot, ou une «Untold Story» comme ils ont essayé de renommer ça en cours de promotion. C’est là que la saga initiée par un fan devient un pur produit de producteurs, et le spectateur d’en venir à se demander quel intérêt réside dans ce The Amazing Spider-Man

Pourtant, et bien qu’il sentait le foutage de gueule dès son origine ouvertement opportuniste, le film avait tout de même su nous hameçonner au fil des mois. Quand on y pense, c’est fou comme il en faut peu : le remplacement de Tobey Maguire par Andrew Garfield, une des plus prometteuses jeunes pousses du vivier hollywoodien. L’arrivée du Lézard parmi les rangs des méchants, plusieurs fois reportée avant cela. Ainsi bien sûr qu’une poignée de trailers promettant de monstrueuses envolées en 3D. S’il n’y aura toutefois qu’une chose à sauver du ride en fin de compte, c’est bien celui qui se coltine les collants tant il se réapproprie les différentes facettes du Monte-en-l’air. Presque crédible en lycéen avec sa bouille encore un brin pouponne (on ne peut pas en dire de même de sa partenaire Emma Stone) et surtout convaincant en super-héros tourmenté, il ajoute en plus une note facétieuse davantage prononcée que chez Sam Raimi. Garfield nous livre en somme une incarnation exemplaire de Spidey, où l’on sent le mec voulant bien faire tout en flattant les fans. Un exemple qu’aurait bien fait de suivre le réalisateur.

Sauf que ce n’était pas ce qu’on lui demandait. Car ce que Sony avait en tête, en plus de vite tourner un film pour conserver les droits du personnage, c’était capitaliser sur le succès des sagas teenagers à la Twilight, avec romance compliquée dans un univers fantastique. Alors après tout, pourquoi pas ? Les péloches de Raimi étaient elles-mêmes éminemment romantiques, et ce n’est plus avec Mary-Jane que flirte Peter Parker mais avec la blondinette Gwen Stacy. Mais alors, pourquoi cette intrigue amoureuse ressemble-t-elle autant à celle des autres films ? Et à ce moment-là, pourquoi faut-il autant de temps pour la raconter à nouveau ? Choisi par les producteurs pour sa comédie romantique douce-amère (500) jours ensemble, le réalisateur Marc Webb plombe en fait le rythme de son film en le cantonnant dans sa grosse première moitié à de la bluette adolescente où l’on peine à voir naître l’homme-araignée, qui plus est au sein d’un scénario prenant l’eau de tous les côtés. Rarement nous aurons vu en effet des raccourcis aussi grossiers (Gwen est la fille du chef de la police ET l’assistante de Curt Connors), une constructions à ce point bâtarde (le capitaine Stacy n’apparaît qu’au bout d’une heure de métrage, et le méchant ne s’affirme comme tel que bien longtemps après) ou un tel manque de cohérence dans le traitement des intrigues (le mystère des parents de Parker – fondateur de cette nouvelle trilogie en perspective – est abandonné en cours de route pour ne refaire surface que lors du générique de fin). En définitive, on peut cristalliser les défauts du script dans la tentative désastreuse de reformuler le fameux «un grand pouvoir implique de grandes responsabilités» du film de Raimi, qui devient ici une lénifiante tirade ânonnée par Martin Sheen. The Amazing Spider-Man est ainsi incapable de s’éloigner de son prédécesseur et quand il s’y essaye malgré tout, c’est pour mieux se planter.

D’autant que la réalisation ne supporte pas mieux la comparaison puisque si la volonté réaliste aurait pu conduire à quelque chose d’intéressant, de différent, elle n’a ici d’autre effet que d’étouffer l’iconisation du super-héros. Même les scènes en costume traînent la patte de par la faute à une caméra refusant de se lâcher (les mouvements de caméra font de la peine) ou de faire la part belle au relief (le plan subjectif du trailer est charcuté et le seul autre qu’on trouvera dure un déjeuner de soleil). Sans compter que la partition de James Horner est loin d’être aussi étourdissante que celle de Danny Elfman, achevant de ternir le spectacle. Reste que le lézard profite d’effets spéciaux au poil et que le climax pète pas mal mais sans cela, force est de reconnaître que The Amazing Spider-Man est un représentant bien terne des films de super-héros, nous donnant même à revoir à la hausse la déception Spider-Man 3. La suite changera alors peut-être la donne (Marc Webb ne devrait pas revenir, c’est déjà ça) mais pour le moment, les films de Sam Raimi restent intouchables. C’était bien la peine de rebooter la saga pour un tel résultat…

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