Archive pour août, 2012

Critique ciné : Expendables 2 – unité spéciale

30 août, 2012

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Revenus d’une mission explosive en Chine, Barney Ross et ses hommes sont contactés par l’agent Chapelle de la CIA qui leur impose – en guise de remboursement pour une dette en souffrance – une mission apparemment des plus simples : récupérer le contenu d’un coffre dans un avion s’étant crashé en Europe de l’est. Mais une fois sur les lieux, les Expendables tombent face au terroriste international Vilain, lequel convoite l’objet de leur mission pour mettre la main sur cinq tonnes de plutonium et plonger ainsi le monde dans le chaos

«Il faut se demander s’il ne serait pas temps d’arrêter les frais»

Avec la vivacité de la jeunesse mais inspirés par le temps jouant contre eux, Sylvester Stallone et sa bande de potes ultra-burnés sont de retour pour Expendables 2 : unité spéciale, LE shoot de testostérone de cet été 2012. L’occasion de rameuter de petits nouveaux que nous avions espérés en vain dans le premier volet (Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris…) et d’en corriger également les bavures, lesquelles étaient quand même parvenues à ternir ce qui s’annonçait comme l’un des fantasmes les plus jouissifs jamais portés à l’écran. Mais après tout, si tout le monde a droit à une seconde chance, on peut bien en donner deux ou trois de plus à des stars de leur calibre !

Un privilège qui se mérite car en plus de nous être éternellement sympathiques, ces acteurs sont lucides quant à leur statut et cela se ressent sur le métrage, qui n’est pas dupe de son caractère bas du front. Plus encore, il s’avère en fin de compte très potache et en rajoute une couche sur le second degré par rapport au premier volet. Déjà, appeler le méchant Vilain et en faire un suppôt de Satan, faut oser, mais surtout il y va tant dans la blague clin d’oeil lancée aux spectateurs (jusqu’aux «Chuck Norris facts» si chers aux internautes) qu’on pourrait presque parler de métafilm. On rit ainsi gentiment – avec eux – des vieux de la vieille, de leurs longues carrières, et le film d’aborder justement ce sujet de la vieillesse alors que le précédent voulait au contraire le faire oublier. Le personnage du jeune loup interprété par Liam Hemsworth, inclus pour apporter la touche sexy que même Statham ne peut plus assurer, tendrait à faire croire le contraire or, fort heureusement, le choc des générations est abordé avec humour et une certaine tendresse propre à Stallone. Et si ça vous saoule quand même, sachez que le sujet est vite éclipsé pour se concentrer sur le sérieux !

Enfin, Expendables 2 : unité spéciale commence aussi avec du costaud. Absolument monumentale, la scène d’ouverture semble au départ vouloir marcher sur les plates-bandes de Commando avec son génocide de soldats anonymes. Mais ça c’est avant de nous faire comprendre que son mètre-étalon à dépasser, ce sont en fait les FPS nouvelle génération type Call of Duty et autres Battlefield. Un modèle donnant l’opportunité au réalisateur Simon West (Les Ailes de l’enfer) de se surpasser et entre l’enchaînement ininterrompu des situations les plus périlleuses et cinégéniques qui soient ou le carnage qui fait rage (avec même un peu de gore bien que nous soyons très loin des excès de John Rambo), il faut bien reconnaître que jamais séquence ne s’est approchée à ce point du feeling de ces jeux vidéo.

Le problème est qu’ensuite le film ne se risque plus une seule fois à reproduire de telles envolées : s’il se suit plus agréablement que le premier Expendables un peu beauf (rassurez-vous, il en subsiste quelques reliquats), il surprend en définitive beaucoup moins sur la longueur. Le tournage à l’économie dans les studios Boyana de Millennium Films et Nu Image n’est pas alors à mettre en cause mais plus l’amoncellement de contraintes propres à la nature du projet. Soit faire coïncider les calendriers de chacun (Jet Li se casse au bout d’un quart d’heure pour ne plus revenir), composer avec des acteurs qui tirent un peu trop visiblement sur la corde (la principale cascade de Schwarzenegger consiste à se relever de derrière un bureau), caser tout ce petit monde dans un seul scénario (Statham est réduit à un sidekick comique ne s’exprimant que par vannes)… Tout ça nous conduit comme un cheveu sur la soupe (franchement, le climax donne le sentiment d’arriver une bonne demi-heure trop tôt) jusqu’à un combat final ultra-minimaliste, avec un JCVD caché – à juste titre vu comme il a le regard bouffi – derrière ses lunettes et un Sly refusant à l’évidence de prendre les mêmes risques que dans le précédent opus. Et quand même l’initiateur de cette folle équipée ne veut (ne peut ?) plus s’impliquer, il faut se demander s’il ne serait pas temps d’arrêter les frais.

Toujours est-il que l’ensemble se suit agréablement et ressuscite une nouvelle fois avec délice le ciné en sueur des 80′s. Un programme que nous aurions encore plus apprécié s’il ne sonnait comme un glas pour nos gloires du passé car, parti sur les chapeaux de roues, Expendables 2 : unité spéciale souffre en effet d’un manque d’endurance que l’on redoute d’associer à de la gériatrie mais qui, vues les circonstances, ne peut que nous venir à l’esprit. On verra si l’avenir nous fait mentir avec Stallone dans Bullet in the Head, Schwarzy dans The Last Stand, mais il va certainement falloir se préparer à faire son deuil des action heroes de la belle époque…

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Critique ciné : Total Recall

25 août, 2012

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Dans le futur, la surface de la Terre a été rendue inhabitable à l’exception de deux zones : une réunie autour de l’île d’Angleterre et la Colonie australienne, toutes deux reliées par un ascenseur traversant la planète et appelé «la Chute». Habitant de la cité pauvre, Douglas Quaid sent que quelque chose lui manque et décide un jour d’avoir recours aux services de la société Rekall, laquelle propose d’implanter dans votre mémoire les plus fantasques souvenirs. Mais à peine s’est-il installé dans la machine que des soldats font irruption pour le mettre aux arrêts, et Douglas se retrouve alors pris dans une machination dont dépend l’avenir du monde…Mais est-ce un rêve ou la réalité ?

«Pas de quoi hurler au sacrilège»

De la même manière que Hollywood en revient sempiternellement à remplir les salles avec des remakes, nous en revenons sans cesse – après la traditionnelle phase colérique, cela va de soi – à nous questionner sur l’intérêt de cette pratique. Car oui, intérêt il peut y avoir, et pas seulement pour le producteur désireux de se remplir les poches sans trop prendre de risques. On peut ainsi remettre à jour une œuvre qui fut trop ambitieuse lors de sa création, ou qui est trop datée. On peut simplement se la réapproprier pour en faire quelque chose d’autre, de nouveau. Ou bien on peut même pondre une grosse bouse histoire de réévaluer le film original. Dans le cas de Total Recall cependant, ancienne et nouvelle version, aucun de ces cas de figure ne s’applique. Cela veut-il dire que nous sommes face à un énième remake foiré ? Pas si simple.

Pourtant, on ne peut franchement pas dire que la quête d’originalité ait présidé à la création de ce Total Recall 2012. Déjà en tant qu’adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick et en tant que remake, normal, mais aussi parce qu’il fait montre d’une paresse incroyable pour s’éloigner du scénario mis en images par Paul Verhoeven au tournant des 90′s. Attention, des différences majeures existent tout de même. La trame martienne a par exemple été totalement éclipsée, ou plus exactement transposée sur Terre avec cette très bonne idée qu’est «la Chute». Et le réalisateur Len Wiseman n’est en aucune manière un auteur de la trempe du hollandais fou mais un artisan oeuvrant dans le carré, se prenant au sérieux, d’où l’abandon du second degré caractéristique du film original. Ces variations ne cachent toutefois rien du fait que le remake se déroule selon les mêmes rebondissements et la même structure que son modèle, il n’y a aucune surprise scénaristique pour ceux qui connaissent la première mouture. A ceux-là l’intrigue paraîtra donc désespérément plate, une impression que pourra encore renforcer les nombreuses influences émaillant le projet : course-poursuites à la Minority Report, armée de machines évoquant I, Robot, mégalopole multiculturelle à la Blade Runner… Ironiquement au regard de son sujet, le déjà-vu plane sur ce Total Recall.

Mais ce qui compte au final, c’est ce que Len Wiseman fait de ces références qui pourraient devenir encombrantes. Au lieu de cela, avec l’efficacité qu’on lui connaît, il brasse alors l’ensemble pour composer des séquences d’action très élaborées, où prédomine dans leur construction une utilisation inventive de décors tout aussi inventifs (l’aspect «cubes emboîtés» de la Colonie ne manque pas de dépayser). Toutes proportions gardées, c’est une démarche que l’on retrouve chez des Spielberg ou des Peter Jackson, chez qui l’on exploite au maximum l’environnement pour proposer de l’inédit, couper le souffle aux spectateurs. Ce qui se traduit ici par une course-poursuite sur les différents paliers de la ville-ghetto où l’on part du haut pour arriver tout en bas (gaffe aux chutes), une autre bien tendue dans un réseau d’ascenseurs multidirectionnels, un gunfight en gravité zéro… Explosif et de haut-standing, le spectacle s’égrène de plus à un rythme très soutenu comme dans les deux derniers films de Wiseman, Underworld Evolution et Die Hard 4. On peut ainsi lui reprocher beaucoup de choses (et beaucoup lui est reproché) mais le réalisateur se montre décidément très à l’aise sur ce genre de narration au cordeau.

Et s’il ne devait avoir qu’une seule autre grande qualité, ce serait de faire tourner sa magnifique femme dans tous les sens du terme, qui plus est aux côtés de la non-moins affriolante Jessica Biel. Sérieux, un grand merci à toi Len, d’autant que Kate Beckinsale en impose pas mal dans le rôle de l’acharnée méchante. Pour un peu elle effraierait même autant que Michael Ironside à l’époque et assure une belle relève, ce dont ne peut vraiment se targuer Colin Farrell sur le cultissime héritage que lui laisse Schwarzenegger. Il n’empêche, après Fright Night, c’est plutôt cool de voir l’acteur irlandais se faire plaisir dans du blockbuster tranquille de la nouille, en tout cas quand c’est mieux fait que dans S.W.A.T. Unité d’élite.

Le nouveau Total Recall présentera donc un réel intérêt surtout pour les incultes de la jeune génération et les retardataires inexcusables, parce que les autres profiteront d’un show pyrotechnique très bien emballé (Wiseman est là pour faire de l’action et ça se voit) sans être indispensable. Pas de quoi légitimer totalement l’entreprise mais pas de quoi non plus hurler au sacrilège, même si l’initiateur de la saga Underworld ne se fera certainement pas des masses de nouveaux amis avec ce remake…

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Critique ciné : Abraham Lincoln – Chasseur de Vampires

23 août, 2012

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Reconnu par l’Histoire comme le président ayant aboli l’esclavage aux Etats-Unis suite à la guerre de Sécession, Abraham Lincoln avait une motivation toute personnelle de s’engager dans cette bataille. Une motivation inconnue des historiens qui de toute façon n’y auraient cru. Car oui, qui croirait que derrière les esclavagistes du sud se cachaient en réalité des vampires ? Et que Abe, armé d’une simple hache, se faisait un devoir de chasser ?

«Très divertissant dans sa manière de mêler réalité et fiction»

Revenus en force depuis le début des années 2000, les non-morts du type vampires ou zombies ont à ce point envahi les écrans qu’ils mangent à toutes les sauces et s’attaquent désormais à des cibles que nous n’aurions jamais envisagées, dans des crossovers dont l’énormité fait tout le sel. C’est simple : plus c’est gros, plus ça éveille notre curiosité. En attendant ainsi la rencontre de Jane Austen et des bouffeurs de cerveaux dans Orgueil et préjugés et zombies (plus c’est gros, donc), voici que l’un des présidents américains les plus populaires vient démastiquer du suceur de sang dans Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires. Inattendu, non ?

Pour autant, un postulat complètement fou ne signifie pas que l’on va tomber dans la gaudriole ou le troisième degré. L’approche s’avère en effet ici au contraire très documentée, on s’attache à relier les faits historiques de la vie du président au haut-de-forme à l’histoire cachée de sa lutte contre les vampires. On s’amuse à relire l’Histoire sous un nouveau jour tout en le faisant sérieusement, sans s’épargner les passages difficiles tels que la mort du fils Lincoln, encore bambin. S’il ne peut alors évidemment être aussi exhaustif sur ce point que le roman original de Seth Grahame-Smith (également scénariste ici), le film a au moins la bonne idée de se concentrer là-dessus et juste là-dessus, ce qui lui permet d’être assez efficace dans sa narration sans trop sacrifier de choses quant aux personnages. Dans le rôle-titre, le quasi-inconnu Benjamin Walker (croisé dans Mémoires de nos pères) s’avère d’ailleurs être une excellente surprise, dont la ressemblance frappante avec un jeune Liam Neeson aurait créé une continuité marrante – s’il avait gardé l’acteur irlandais – entre ce film et le biopic sur Lincoln que Steven Spielberg prépare actuellement.

Mais si cette vraisemblance historique et le ton relativement sérieux ont de quoi nous surprendre, en plus de leur association à la forte note fantastique du projet, c’est surtout dû à la présence derrière la caméra de Timur Bekmambetov, bidouilleur hystérique et éminemment sympathique mais pas toujours très constructif. Après son diptyque vampirique russe ou Wanted, il s’impose ainsi une nouvelle rigueur que l’on pourrait presque qualifier de sobriété. Certes, ses vampires en CGI ont tendance à ressembler un peu à ceux de Van Helsing mais au moins – et même si c’était très cool dans Nightwach – nous n’avons pas droit à un personnage s’enlevant la colonne vertébrale pour s’en faire une épée. Tout ça reste très simple, à l’image de sa réalisation assagie bien qu’y subsistent tout de même quelques effets clinquants (ralentis, accélérés… on ne se refait pas) et, en une occasion au moins, un exemple de ces grands moments de n’importe quoi dont il a le secret. Soit la cascade finale du train, si énorme qu’elle en devient presque impossible à rendre à l’image et tourne au risible. Il n’empêche, sans singer le style de son Tim Burton de producteur, le réalisateur russe sait faire de la belle image et y va en plus franco comme toujours sur l’action, pour tout faire péter à l’écran lors de séquences jamais vues (le combat au milieu du stampede) ou franchement ambitieuses (le climax dans le train, avant donc le passage du pont).

Loin d’être le film de l’année ou même de l’été, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires s’impose  malgré tout comme un petit blockbuster très correct, très divertissant dans sa manière de mêler réalité et fiction et d’emballer le tout avec une grosse dose de spectacle. Il s’agit en tout cas du meilleur film de Timur Bekmambetov et d’une preuve que son travail ne s’adresse pas seulement aux cocaïnomanes speedés, qu’il peut s’ouvrir à de nouveaux horizons. S’il est alors sûr que le Lincoln de Spielberg sera autrement magistral, il est également tout autant certain qu’il sera bien moins fun !

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Critique ciné : The Dark Knight Rises

21 août, 2012

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Cela fait huit ans que Batman a décidé de porter la responsabilité de la mort de Harvey Dent, afin que son héritage survive et que la criminalité soit éradiquée des rues de Gotham City. Quitte à devenir l’ennemi public numéro un. Mais les lois initiées par le défunt procureur ayant fonctionné à merveille, Bruce Wayne a abandonné sa vie nocturne et s’est progressivement retiré du monde jusqu’à n’être plus qu’une rumeur. Sa retraite, l’ancien enfant-chéri de Gotham va néanmoins devoir la quitter lorsque surgissent coup sur coup Catwoman et Bane, replongeant la ville dans le chaos

«A croire qu’il est impossible de s’élever au-dessus de The Dark Knight»

Partie sur des bases pas forcément des plus convaincantes avec Batman Begins, la vision de Christopher Nolan pour le héros de DC Comics avait magistralement pris forme à l’été 2008 avec sa suite, The Dark Knight. Un chef d’oeuvre immédiat, hanté par la performance du regretté Heath Ledger et nanti d’une narration aussi riche thématiquement que fluide et puissante. C’était donc du très lourd qu’ils nous lâchaient dessus, et c’est par le fait un très lourd héritage à porter pour ce nouveau chapitre, qui se propose en plus de clore de manière définitive et grandiose la trilogie (il n’y a qu’à voir les taglines «La légende s’achève» et «Tout va s’embraser» pour s’en convaincre). Pourtant, à l’image de la partition de Hans Zimmer qui recycle celle du précédent sans laisser s’exprimer les très bonnes choses initiées pour celui-ci, The Dark Knight Rises a du mal à trouver sa propre voie. Mais le pouvait-il vraiment ?

Dans une bonne logique de suite, le film passe tout de même à une échelle encore plus impressionnante que celle du second volet, dès une introduction que n’aurait pas renié 007 en passant par la mise à sac de Gotham City, entamée par le monstrueux «plan du touchdown». Et cela nous conduit jusqu’à une dernière partie apocalyptique où la ville est devenue une zone de non-droit et même de guerre (le jeu Arkham City n’est pas loin), avec de véritables batailles rangées en guise de climax. Les affrontements entre Batman et Bane ont beau alors être quelque peu décevants (Nolan a dû mal prendre les critiques pour ses anciennes scènes de fight car il va ici dans une direction totalement opposée, où prédomine une étonnante absence d’énergie), le spectacle reste foutrement épique, d’une ampleur et d’une classe qu’on ne retrouve plus forcément dans les blockbusters d’aujourd’hui, à quelques exceptions près.

C’est à dire pour le moins les autres efforts de Nolan car comme toujours avec ce réalisateur, on fait les choses en grand ou on ne les fait pas. Et il faut que ça ait du sens. A la multiplication des lieux et leur diversité (mention spéciale à la prison qui offre une très belle symbolique en rappelant le puits où tomba Wayne enfant, même si en définitive nous n’en ressentons pas vraiment le côté dangereux) répond ainsi la force des thèmes abordés, lesquels prolongent la sombre croisade du justicier en le confrontant à sa fin en une logique implacable et grave. Il trouve même le temps de préparer l’avenir en introduisant de nouveaux personnages (spin-offs en approche !) dont on retiendra surtout Catwoman – avec une Anne Hathaway plus femme fatale et magnifique que jamais – et le jeune flic incarné par Joseph Gordon-Levitt, décidément très en vogue en ce moment à Hollywood.

Et puis il y a bien évidemment Bane, dont l’ombre plane sur toute la première partie comme une sourde menace et chez qui on ressent un très fort charisme. Ce qui tient au look de gladiateur post-apocalyptique pour commencer, bien sûr (Tom Hardy se prépare à l’évidence pour le futur Mad Max), mais aussi à l’adoration de ses soldats ou son goût pour s’en prendre aux puissants, à ceux qui se repaissent des débris de la crise financière. C’est un ogre surgissant des entrailles de la terre, et un rôle en apparence apte à prendre la relève sur celui de Ledger. Sauf que là où le Joker détournait carrément les commandes de son film, Bane se fait lui déposséder par l’histoire elle-même, car celle-ci perd en fin de compte beaucoup de temps à boucler la boucle avec le premier volet. Pour un résultat qui plus est particulièrement décevant. En résulte que le choc n’est plus aussi monstrueux entre «Bien et Mal», l’aura du bad-guy impressionne moins que celle de son prédécesseur alors qu’il avait tout pour exploser. Et on sait combien cela avait compté dans le métrage de 2008. Ajoutons à cela quelques problèmes d’écriture stigmatisés par des dialogues parfois lourdement explicatifs, de petites incohérences, et on ne peut alors qu’être déçus comparé au brio de The Dark Knight.

Néanmoins, peut-on juger un film sur son prédécesseur ? Nous serions tentés de répondre «non» par pur bon sens mais dans le cas de The Dark Knight Rises, force est de reconnaître que nous en attendions beaucoup vu comme la barre avait été mise haute. Comprenons-nous, le film reste excellent malgré tout et se hisse sans peine au-dessus du tout-venant des blockbusters, mais il ne peut s’empêcher de décevoir un brin en même temps. A croire qu’il est impossible de s’élever au-dessus de The Dark Knight : pour le «Rise», on repassera.

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Critique ciné : L’Age de glace – la dérive des continents

17 août, 2012

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Désormais installés et bienheureux, nos trois amis n’en ont pas moins chacun leurs soucis : Manny se fait un sang d’encre pour sa fille, adolescente en pleine émancipation. Diego, toujours aussi solitaire, se demande s’il n’est pas temps de chercher l’amour. Et Sid… est Sid. Mais cette quiétude est bouleversée lorsque débute la dérive des continents, une brusque activité tectonique qui les sépare tous les trois de leurs proches et les envoie errer sur les flots, où ils ne manqueront pas de croiser maints dangers. Le temps presse pourtant, car la horde est menacée

«Et ainsi part à la dérive la saga»

Jamais espèces éteintes n’auront tant fait parler d’elles (enfin, jusqu’à Jurassic Park 4) et pour la quatrième fois, la horde de L’Age de glace est de retour pour rafraîchir la période estivale. Il y a évidemment Manny le mammouth, Diego le tigre à dents-de-sabre et Sid le paresseux, le trio d’origine, auquel s’ajoutent leur famille, leurs amis, l’écureuil Scrat… Nous retrouvons donc tout ce petit monde dans L’Age de glace : la dérive des continents et mine de rien, ça commence à faire pas mal de personnages à suivre pour un seul métrage. Après alors un troisième épisode franchement cool (vive Buck la belette !), on se demandera comment fait celui-ci pour avoir si peu à raconter.

Tout commence ainsi de manière bien poussive, avec des idées grappillées à droite, à gauche sans grande conviction (la grand-mère sur les bras fait quand même beaucoup penser à Bonjour les vacances), et surtout parce que la logique de la saga atteint ici une très mauvaise passe : l’adolescence, ingrate comme il se doit. Le thème de la famille a en effet toujours été au cœur de la saga made in 20th Century Fox et Manny s’impose comme le membre le plus représentatif de cela. On l’a vu se faire des amis, on l’a vu rencontrer l’amour, on l’a vu devenir père et maintenant… on le voit gérer une adolescente, Pêche, soûlante dans la norme hollywoodienne des teenagers en manque de reconnaissance. Un personnage ultra-lourdingue qui amène irrémédiablement son lot de scènes d’autant plus usantes que nous les avons mille fois vues ailleurs, jusqu’au vrai pote que l’on trahit pour se rapprocher des gamins populaires. Oui, c’est de ce niveau-là, et ça ne brille pas davantage du côté des adultes puisque le père-poule reste une donnée extrêmement délicate à manipuler, qui vire vite ici au ridicule. Du très lourd. Et encore vous n’avez rien vu, puisque nous n’avons abordé jusqu’à présent que les vingt premières minutes du métrage…

La suite tente ainsi de nous faire vivre une aventure dont la logique et l’utilité nous échappent, le cul entre deux chaises à vouloir faire coïncider une relecture de L’Odyssée d’Homère avec le film de piraterie. Passait encore la trouvaille d’un monde perdu rempli de dinosaures dans L’Age de glace 3, ça restait dans le ton de la série, mais là on s’enfonce jusqu’au cou dans du grand n’importe quoi. C’est à dire deux pistes d’une intrigue bâtarde qui ne mènent strictement à rien (même les pirates arrivent à manquer de charisme), surtout qu’elles sont encore parasitées par deux autres. Comme si ça ne suffisait pas, il faut donc se coltiner en premier lieu l’exode plan-plan du troupeau avec Pêche et sa maman, pleine de poncifs teenagers et de fausse urgence. Et puis bien sûr, en second, nous retrouvons les intermèdes de Scrat qui continuent invariablement de casser le rythme depuis le début de la saga. Et ne surprennent même plus puisque deux d’entre elles servaient – dans leur quasi-intégralité – de bandes-annonces !

Au scénario bricolé au point de ne plus ressembler à rien, nous ajouterons encore une ultime couche en précisant que L’Age de glace : la dérive des continents est moins généreux question gags que dans les précédents opus (forcément, avec tout ce qu’il y a d’histoires à caser en moins d’une heure trente) et que ses scènes d’action ne soutiennent pas la comparaison avec celles du troisième, loin de là, achevant de nous convaincre de la médiocrité de l’entreprise. Et ainsi part à la dérive la saga avec ce film de trop.

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Critique ciné : The Amazing Spider-Man

16 août, 2012

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Ses parents ayant mystérieusement disparu alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Peter Parker a grandi chez son oncle et sa tante pour devenir un jeune homme intelligent mais timide, ayant du mal à s’intégrer ou à déclarer sa flamme à la belle Gwen Stacy. Un jour, retrouvant des affaires qui appartenaient à son père, il se rapproche d’un ancien collègue de celui-ci, le Dr Connors, et se fait piquer par mégarde par l’un de ses sujets de recherche. Transformé sur le plan génétique, Peter obtient alors d’incroyables pouvoirs. Et une légende est sur le point de naître

«Les films de Sam Raimi restent intouchables»

Il y a tout juste dix ans de cela, Sam Raimi prouvait au monde entier que les comics pouvaient être adaptés sur grand écran malgré leurs aspects les plus fantaisistes. Et plus important encore, que ces adaptations étaient en mesure d’en restituer l’énergie et le style. Voilà ce qu’était le premier Spider-Man lors de sa sortie. Une étape majeure dans la légitimation du comic-book movie et aujourd’hui encore l’un de ses plus flamboyants représentants, suivi par un monumental second volet… plus un troisième péchant par excès, c’est vrai. Il n’empêche que nous espérions le quatrième, et même nous étions à un rien de l’avoir, mais tandis que Sam se débattait pour contenter Sony, ceux-ci optèrent pour une solution aussi radicale qu’inattendue : un reboot, ou une «Untold Story» comme ils ont essayé de renommer ça en cours de promotion. C’est là que la saga initiée par un fan devient un pur produit de producteurs, et le spectateur d’en venir à se demander quel intérêt réside dans ce The Amazing Spider-Man

Pourtant, et bien qu’il sentait le foutage de gueule dès son origine ouvertement opportuniste, le film avait tout de même su nous hameçonner au fil des mois. Quand on y pense, c’est fou comme il en faut peu : le remplacement de Tobey Maguire par Andrew Garfield, une des plus prometteuses jeunes pousses du vivier hollywoodien. L’arrivée du Lézard parmi les rangs des méchants, plusieurs fois reportée avant cela. Ainsi bien sûr qu’une poignée de trailers promettant de monstrueuses envolées en 3D. S’il n’y aura toutefois qu’une chose à sauver du ride en fin de compte, c’est bien celui qui se coltine les collants tant il se réapproprie les différentes facettes du Monte-en-l’air. Presque crédible en lycéen avec sa bouille encore un brin pouponne (on ne peut pas en dire de même de sa partenaire Emma Stone) et surtout convaincant en super-héros tourmenté, il ajoute en plus une note facétieuse davantage prononcée que chez Sam Raimi. Garfield nous livre en somme une incarnation exemplaire de Spidey, où l’on sent le mec voulant bien faire tout en flattant les fans. Un exemple qu’aurait bien fait de suivre le réalisateur.

Sauf que ce n’était pas ce qu’on lui demandait. Car ce que Sony avait en tête, en plus de vite tourner un film pour conserver les droits du personnage, c’était capitaliser sur le succès des sagas teenagers à la Twilight, avec romance compliquée dans un univers fantastique. Alors après tout, pourquoi pas ? Les péloches de Raimi étaient elles-mêmes éminemment romantiques, et ce n’est plus avec Mary-Jane que flirte Peter Parker mais avec la blondinette Gwen Stacy. Mais alors, pourquoi cette intrigue amoureuse ressemble-t-elle autant à celle des autres films ? Et à ce moment-là, pourquoi faut-il autant de temps pour la raconter à nouveau ? Choisi par les producteurs pour sa comédie romantique douce-amère (500) jours ensemble, le réalisateur Marc Webb plombe en fait le rythme de son film en le cantonnant dans sa grosse première moitié à de la bluette adolescente où l’on peine à voir naître l’homme-araignée, qui plus est au sein d’un scénario prenant l’eau de tous les côtés. Rarement nous aurons vu en effet des raccourcis aussi grossiers (Gwen est la fille du chef de la police ET l’assistante de Curt Connors), une constructions à ce point bâtarde (le capitaine Stacy n’apparaît qu’au bout d’une heure de métrage, et le méchant ne s’affirme comme tel que bien longtemps après) ou un tel manque de cohérence dans le traitement des intrigues (le mystère des parents de Parker – fondateur de cette nouvelle trilogie en perspective – est abandonné en cours de route pour ne refaire surface que lors du générique de fin). En définitive, on peut cristalliser les défauts du script dans la tentative désastreuse de reformuler le fameux «un grand pouvoir implique de grandes responsabilités» du film de Raimi, qui devient ici une lénifiante tirade ânonnée par Martin Sheen. The Amazing Spider-Man est ainsi incapable de s’éloigner de son prédécesseur et quand il s’y essaye malgré tout, c’est pour mieux se planter.

D’autant que la réalisation ne supporte pas mieux la comparaison puisque si la volonté réaliste aurait pu conduire à quelque chose d’intéressant, de différent, elle n’a ici d’autre effet que d’étouffer l’iconisation du super-héros. Même les scènes en costume traînent la patte de par la faute à une caméra refusant de se lâcher (les mouvements de caméra font de la peine) ou de faire la part belle au relief (le plan subjectif du trailer est charcuté et le seul autre qu’on trouvera dure un déjeuner de soleil). Sans compter que la partition de James Horner est loin d’être aussi étourdissante que celle de Danny Elfman, achevant de ternir le spectacle. Reste que le lézard profite d’effets spéciaux au poil et que le climax pète pas mal mais sans cela, force est de reconnaître que The Amazing Spider-Man est un représentant bien terne des films de super-héros, nous donnant même à revoir à la hausse la déception Spider-Man 3. La suite changera alors peut-être la donne (Marc Webb ne devrait pas revenir, c’est déjà ça) mais pour le moment, les films de Sam Raimi restent intouchables. C’était bien la peine de rebooter la saga pour un tel résultat…

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