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Critique ciné : La Clinique de l’amour !

2 juillet, 2012

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Chirurgien talentueux, John Marshall exerce son art dans la clinique familiale, tenue par son père depuis la mort de sa femme. Mais quand son frère Michael lui vole la femme de ses rêves, la douce infirmière Priscilla, John s’exile dans le grand Nord et laisse les rênes au flambeur frivole, qui a tôt fait de conduire la clinique à la ruine. Menacée de rachat par une multinationale pharmaceutique, John n’a alors plus qu’une alternative : rentrer au pays et tout faire pour sauver l’héritage de ses parents

«C’est pour ça que nous l’aimons, Artus»

Connu surtout du grand public pour avoir incarné Hipolito, l’écrivain malchanceux mais philosophe du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, Artus de Penguern avait aussi réalisé au passage l’une des meilleures comédies françaises de la décennie passée. Sorti en 2001, Grégoire Moulin contre l’humanité était pourtant passé relativement inaperçu et, bide aidant, ne permit alors pas à son auteur d’enquiller sur un autre projet dans la foulée. Tristesse. Onze ans plus tard, et sur la base d’un court-métrage tourné dans la première moitié des 90′s, c’est donc avec La Clinique de l’amour ! qu’il revient. Et autant le dire, c’est un rendez-vous que nous ne pouvions pas manquer.

Parce que même si on le croise régulièrement au détour d’un long-métrage ou d’un téléfilm, il n’y a quasiment qu’au sein de ses propres projets que l’on peut vraiment apprécier la personnalité de Artus tant son humour sort des sentiers battus. Bien sûr, il est nourri de nombreuses références totalement assumées et compile ainsi ce qu’on a fait de mieux question humour depuis la création du cinéma. On y retrouve par exemple le goût de la parodie des ZAZ, des gags dont l’absurde à froid est en droite lignée des Monty Pythons, des scènes évoquant Charlie Chaplin et Buster Keaton avec ces plans muets à la réalisation «statique»… Mais surtout, le comique possède aussi une fibre fleur bleue et une simplicité (de la gentillesse ?) qui transpirent de ses films et leur donnent ce ton unique, d’un optimisme décalé (à l’évidence il aime les happy-end surréalistes) mais très vivifiant car profondément sincère. C’est pour toutes ces raisons que nous l’aimons, le sieur de Penguern.

D’autant que le comédien ne s’installe pas derrière la caméra pour enfiler des perles, sa vision étant aussi cohérente qu’intéressante. La Clinique de l’amour ! est ainsi une parodie des soap-operas type Amour, gloire et beauté ou plus exactement La Clinique de la Forêt Noire (forcément). Sauf que là où d’autres se seraient contentés d’aligner les gags, lui propose un scénario des plus ambitieux que l’on pourrait voir comme l’équivalent de plusieurs saisons condensées en un seul métrage. Ce qui signifie coups de théâtre à la pelle, multiplication des intrigues secondaires et une construction «en épisodes» qui, comme par miracle, fonctionne à merveille. Après une mise en bouche posée, la machine s’emballe en effet pour enchaîner les péripéties et surprises jusqu’au bout. Il y a bien alors des moments où l’on ne comprend pas qu’un ou deux gags s’y soient glissés mais à côté de cela, l’énergie de la galerie de personnages donne une pêche d’enfer à l’intrigue. Chacun (ou à peu de choses près) y trouve sa place et le fait d’autant mieux que le casting – composé pour beaucoup d’acteurs trop rares (Bruno Salomone, la pétillante Helena Noguerra) – est à l’évidence ici pour s’éclater.

Il est sûr malgré tout que La Clinique de l’amour ! fera moins d’entrées et de bruit qu’un Bienvenue chez les ch’tis ou un Intouchables et c’est d’autant plus regrettable que, dans le genre comédie populaire (sans être péjoratif), celle-ci est autrement plus honnête dans sa démarche et convaincante dans sa concrétisation. Nous croiserons donc juste les doigts pour que, cette fois, il ne faille pas à nouveau attendre dix piges avant que Artus de Penguern ne prenne les commandes d’un autre long-métrage. Voilà un remède à la morosité que l’on acceptera avec joie !

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