Critique ciné : The Dictator

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Dictateur de l’état nord-africain du Wadiya dont il a hérité après la mort douteuse de son père, le Général Aladeen n’en a toujours fait qu’à sa tête et cela jusque face aux organisations mondiales, dont il se moque ouvertement. Forcé néanmoins de se présenter à elles pour conduire à bien une de ses machinations, il se rend à New-York en grande pompe et, là, se fait kidnapper par les services secrets qui le rendent méconnaissable. Lâché dans la Grosse Pomme comme un vulgaire quidam, il va alors trouver refuge auprès d’une hippie au grand cœur… et mettre au point un plan pour empêcher la démocratie de s’installer en Wadiya

«Un premier signe de déclin pour Sacha Baron Cohen»

Il a été un minable rappeur londonien contraint au chômage technique depuis qu’il s’est foulé son doigt de scratch. Il a été un présentateur vedette de la télévision kazakh fou d’amour pour la plantureuse et très distinguée Pamela Anderson. Enfin, il a été une icône gay venue d’Autriche et adepte des pratiques sexuelles les plus scabreuses. Autant de personnages que Sacha Baron Cohen avait brillamment fait transiter de son show sur les canaux anglais au grand écran avec, dans l’ordre, Ali G, le méga-carton Borat et Brüno. Aujourd’hui il revient sous les traits du Général Aladeen dans The Dictator, le premier de ses avatars créé tout spécialement pour un long-métrage. Un changement d’habitude moins anodin qu’il n’y paraît car bien qu’il soit riche de promesses en cette époque où le tyran bling-bling n’a plus la cote, on peut peut-être voir dans ce personnage tout frais l’explication d’un premier signe de déclin pour le comédien…

Le fantasque leader suprême du Wadiya avait pourtant tout pour plaire. Constatez : un destin grandiose qui ferait le régal des tabloïds mongoloïdes, un franc-parler teinté d’une connerie abyssale pouvant néanmoins faire parfois mouche, une pilosité faciale à rendre jaloux les membres de ZZ Top… Du pain béni pour le britannique qui s’offrait là un rôle à la démesure de sa verve trash et parodique. Sans compter que suivre un personnage se battant corps et âme contre la démocratie, ça change. L’humour sans concession de Sacha Baron Cohen est donc bien de la fête et se permet tout avec une volonté de choquer qui reste toujours constructive, grâce à l’inversion de point de vue… ou au moins ultra-jouissive dans le genre «mauvais esprit», ce dont on lui saura gré vu comme un peu de poil à gratter peut parfois être salutaire.

Ainsi que nous l’évoquions toutefois, son personnage pas encore rôdé semble lui provoquer une petite panne au niveau de l’inspiration. Pour commencer, les gags tombent à une cadence bien moins implacable que dans ses précédents délires, ce qui choque. Et comme si ça ne suffisait pas à révéler les faiblesses communes du script et du montage (à peine 1h20 de durée, même pour une comédie, ça fait court), absolument tous les nœuds narratifs d’importance sont salopés, de la confession à l’être aimé (insipide Anna Faris) à la confrontation avec le méchant (Ben Kingsley dans un rôle qui tient plus du caméo qu’autre chose). Tout ça au point que même Borat et Brüno, malgré leur forme documentaire ne facilitant pas franchement la chose, parvenaient mieux à nous raconter une histoire et – on peut le dire – à nous émouvoir .

Car oui, The Dictator abandonne en plus la forme caméra à l’épaule des collaborations antérieures de Sacha avec le réalisateur Larry Charles, happenings où l’on ne sait jamais où s’arrête la réalité et où commence la fiction, pour quelque chose de bien plus classique. Ce qui conduit en définitive le film à être le plus américain de la carrière du comique, autant dans son fond que dans sa forme. Alors après tout, pourquoi pas ? Toute sa filmographie n’appelait-elle pas à cette transition dans sa fascination répétée pour les terres de l’Oncle Sam ? Et n’y a-t-il pas du bon à tirer de la comédie US ? Oui. Sauf que le métrage se plante là où un Rien que pour vos cheveux – très proche sous bien des aspects – réussissait à transfigurer un script des plus basiques dans son ossature, à se hisser au-delà de la simple comédie romantique déguisée. Une accumulation d’écueils culminant avec le discutable retour derrière la caméra de Larry Charles car celui-ci n’arrive pas à oublier totalement le style de ses précédents efforts, son travail manque de couleur et de fantaisie et ne donne pas un look assez fun à son film, lequel en aurait bien eu besoin à l’aune de sa légèreté.

The Dictator gagnera alors certainement à être revu, ne serait-ce que pour en apprécier la VO, mais on espérera tout de même le retour d’un Sacha Baron Cohen davantage maître de son destin pour son prochain délire cinématographique, trônant plus insolemment haut dans le monde de l’humour comme il nous y avait habitué. Il a une couronne à récupérer, et ce n’est pas en tournant chez Scorsese qu’il le fera.

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