Critique ciné : Blanche-Neige et le chasseur

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Jeune princesse à la beauté éblouissante, Blanche-Neige voit un jour son père le roi partir en guerre contre une étrange armée sortie de nulle part. Victorieux, il revient au château accompagné d’une femme qu’il a sauvé, Ravena, et l’épouse sans attendre. Mais celle-ci est en fait une sorcière qui a tôt fait de s’accaparer le royaume, le plongeant dans une ère de ténèbres. Devenue une jeune femme, Blanche-Neige parvient à s’échapper de la prison où elle vient de passer sept années et, appelée sans le savoir à ramener la lumière sur le monde, s’enfuit dans la forêt interdite. Ayant un besoin vital de son cœur, la sorcière envoie alors sur ses traces le chasseur

«La réalisation est incapable d’iconiser ses sujets»

Comme si les princesses ou les histoires manquaient, voilà que l’héroïne immortalisée par Disney en 1937 réinvestit les salles obscures avec Blanche-Neige et le chasseur, soit moins de deux mois après la jolie mais inconsistante version de Tarsem Singh. A Ceci près que cette fois, loin du conte de fées aux allures arc-en-ciel et sponsorisé par Haribo, la belle enfant est plongée dans ce qu’on nous promet comme une aventure ténébreuse et épique, prenant plus largement en compte les récents succès de l’heroic fantasy et des teen movies. Une proposition curieuse mais ayant au moins la qualité de se démarquer des dizaines de versions existantes, ce qui n’était pas une mince affaire en soi, et de nous permettre une petite virée toujours attrayante dans les contrées de la dark fantasy.

Parce que «dark», le film l’est assurément. Il n’y a qu’à voir le nombre de ses partis-pris qui pourraient sembler suicidaires dans le contexte d’un blockbuster pour ados : absence quasi-totale d’humour, tonalité générale très anxiogène, un homme brisé et cradingue en guise de premier rôle masculin (Chris Hemsworth convainc bien plus ici que dans Thor)… Moins horrifique que la version de 1997 avec Sigourney Weaver, cette réinterprétation du mythe se révèle pourtant au moins aussi adulte. On sent là une vraie volonté de la part du réalisateur Rupert Sanders, lequel pour son premier long-métrage livre des visions d’une noirceur absolue (la forêt interdite est sacrément peu accueillante), dans un style assez proche à celui d’un David Yates. Solide faiseur d’images à l’évidence, il imagine quantité de petites pépites visuelles renforçant la part dark du film (tout ce qui a trait aux liquides, les soldats d’obsidienne, le design troll-esque des nains ou bien le troll lui-même) même si certaines laissent pantois (les fées aux airs de minis Na’vis sortant des animaux, très bizarre). Dans l’ensemble pas de problème donc du côté «conte de fées sombre», nous avons droit à du beau boulot comme nous l’attendions.

En revanche pour le caractère épique de l’aventure, on repassera puisque toute tentative de nous emporter dans le récit tombe à l’eau. Les références de choix sont pourtant variées et vont du Seigneur des anneaux au Trône de fer en passant par le Robin des Bois de Ridley Scott (sans compter une scène qui repompe allègrement Princesse Mononoké) mais jamais le film ne parvient à faire naître ne serait-ce que le semblant de souffle qui parcourt ces œuvres. Il y a d’abord les incohérences en pagaille qui décrédibilisent l’histoire (Blanche-Neige n’a jamais regardé par sa fenêtre après sept ans d’emprisonnement pour trouver le clou ? Quant à envoyer six nains pour infiltrer un château, elle est où la discrétion ? Un ou deux d’accord, mais six ?) et une méchante que nous avons du mal à ressentir comme une menace directe, d’autant qu’elle peine à se démarquer de ses consoeurs (elle aspire la jeunesse de ses victimes ? Où sont les cœurs dévorés ?). Ajoutons à cela une musique de James Newton Howard passant inaperçue et des scènes d’action soit bordéliques soit ridicules (mais qu’est-ce que c’est que ce coup de tête donné par le méchant frangin ?) et nous aurons un tableau déjà bien gratiné de Blanche-Neige et le chasseur.

Mais le plus grave est encore à venir car le film ne met jamais en valeur l’aura de son héroïne en titre, son pouvoir supposé être si impressionnant. Nous le découvrons en effet parce qu’il soigne… la goutte et les rhumatismes des nains autour d’un feu de camp. Bravo pour le souffle épique. Et il ne faut pas attendre mieux de l’impact de son retour sur la population, à voir par exemple comment son arrivée au château est traitée par-dessous la jambe. La princesse en devient encore plus fade que ce que laissait présager sa caractérisation grossière et si ce n’était la beauté de Kristen Stewart, nous n’y prêterions même pas attention. Stylée, la réalisation est donc incapable d’iconiser ses sujets, de servir vraiment le récit comme en attestent les vingt premières minutes du métrage qui ressemblent à une introduction alors que nous sommes déjà entrés dans le vif du sujet, tuant dans l’oeuf l’empathie spectatorielle. Une trilogie est alors évoquée mais franchement, la seule piste laissée ici en suspens étant un triangle amoureux à la Twilight (encore un), il est fort probable que nous pourrons nous épargner la vision de Blanche-Neige et le chasseur et le prince William (mais où ont-ils été chercher un prénom si princier ?).

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