Critique ciné : Cosmopolis

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Golden boy de Wall Street, Eric Packer monte un matin dans sa limousine avec comme seule idée en tête d’aller chez son coiffeur, à l’autre bout de la ville, et cela bien que la circulation soit totalement bloquée par la visite du président. Commence alors une très longue journée pour Eric et tandis que la ville s’embrase, que le système capitaliste s’écroule, le requin de la finance comprend que son extinction est inéluctable

«Au rythme lent de la limo, le sommeil a vite fait de nous rattraper»

Tiré d’un roman de Don DeLillo considéré aujourd’hui comme prémonitoire quant à la périclitation du modèle économique capitaliste, Cosmopolis était attendu de pied ferme par tous les fans de David Cronenberg. Il faut dire aussi que son précédent effort, A Dangerous Method, avait de quoi décevoir car en plus d’abandonner totalement ses thématiques fétiches, jamais le canadien ne s’était montré si pantouflard avec sa caméra. C’est pourquoi en dépit d’un synopsis pas très aguicheur, nous voulions croire dans son nouveau long-métrage. Parce que son trailer augurait d’un trip mental chaotique et violent, une plongée dans l’enfer déliquescent d’une société au bord du précipice. Et bien que ce soit effectivement le cas (hourra !), il y a de quoi être sacrément déçu lorsque nous comprenons que jamais le film ne se montrera passionnant (putain !). Et c’est un euphémisme (re-putain !).

Proche d’un American Psycho, le sujet ne manque pourtant pas d’intérêt, surtout par les temps de crise économique qui courent. On comprend ainsi parfaitement où veut en venir Cronenberg avec ce portrait d’un jeune loup tout-puissant de Wall Street, son désir de représenter la vacuité d’une existence dans une tour d’ivoire transformée ici en limousine toutes options (jusqu’à la pissotière) et que le personnage principal ne quitte presque jamais, au point qu’il jette sur le monde un regard totalement déconnecté qui finit par le perdre (vous voyez le parallèle ?). On comprend tout aussi bien la démarche sensitive de sa réalisation pour mieux nous faire pénétrer l’esprit de son antihéros et son univers malade, sale, même dans l’enceinte policée de son véhicule. Enfin, on comprend même le choix de Robert Pattinson pour le rôle principal, le jeune comédien continuant à prouver – après Remember Me ou De l’eau pour les éléphants – qu’il a le potentiel d’être autre chose qu’un envoûtant vampire pour midinettes (on attend juste une confirmation un peu plus définitive).

Mais ce qui aura beaucoup de mal à passer en revanche, c’est de constater combien le film peut atteindre des sommets dans le genre chiant. Mais alors vraiment, vraiment chiant. Or ce n’est pas tant la faute au manque de variété dans les décors, puisqu’on ne descend presque jamais de la luxueuse voiture (après tout Buried montrait qu’on peut éviter cet écueil même en restant dans un cercueil tout du long), mais bien celle au verbiage incessant, le film ne consistant en fin de compte qu’en un enchaînement quasi-ininterrompu de dialogues nawakesques. Oui, sans rire. Et c’est d’autant plus gênant que nous passons tout le temps de l’un au suivant sans la moindre introduction ou liaison, ou si peu que nous sommes de toute façon largués ou atterrés (quand on débarque au milieu d’un toucher rectal, ça surprend) à moins de se plaire à cogiter dans le vide pour se croire super malin. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que Cronenberg s’est contenté pour la rédaction du scénario… de recopier à l’identique les dialogues du roman, puis d’avoir vaguement brodé autour pour les relier… On croit rêver.

Résultat des courses, dans Cosmopolis ça ne fait que parler et très rapidement (dès le départ même) ça ne brasse que de l’air au gré d’un morne récit en ligne droite, notre attention n’étant même plus attisée par les apparitions inattendues d’acteurs comme Mathieu Amalric ou Juliette Binoche et ainsi, au rythme lent de la limousine, le sommeil a vite fait de nous rattraper. Ayant oublié ou transfiguré ce qui faisait de lui un auteur (on pourrait toujours arguer que les mutations du corps se changent ici en mutations de la société), David Cronenberg a sérieusement pris la grosse tête et se montre d’un élitisme et d’une exigence assez déconcertants, sans se soucier de livrer une œuvre un tant soit peu «cinématographique» alors que le problème ne s’était jamais posé avec lui (au contraire, il avait toujours fui le pensum). Après le livre lu, voici donc le livre filmé. Et ce n’est pas beau à voir…

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2 Réponses à “Critique ciné : Cosmopolis”

  1. Wilyrah dit :

    Je me retrouve dans cette critique dont certains passages ressemblent à s’y méprendre à la fiche que j’ai écrite – traduisant l’agacement et la déception provoquée par une oeuvre hermétique, paresseuse et trop bavarde.

  2. Salut,
    comme je viens de le poster sur le site de Wilyrah, je pense que Cosmopolis mérite un peu plus que votre agacement. Je pense vraiment que malgré l’expérience douloureuse (ok, et ennuyeuse…), il fait preuve d’un symbolisme peu banal, d’une écriture et surtout d’une mise en scène assez brillante. C’est après coup qu’il marque l’esprit du spectateur avec des images et des notions fortes. Tu parles du « livre filmé », mais au-delà de sa simple « hyper-fidelité » par rapport au livre, l’image apporte une inquiétude assez différente que celle présente dans le bouquin.
    Bon, peut-être est-ce encore le fan de Cronenberg qui parle, et c’est vrai que l’élitisme dont Cosmopolis fait preuve est souvent douteux… m’enfin voilà, je voulais (au moins un peu) défendre ce film surprenant.

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