Critique ciné : Prometheus

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Dans le futur, des scientifiques découvrent que les vestiges historiques terriens comportent tous un symbole identique et, mieux, que ce symbole correspond en fait à un système d’étoiles impossible à reconnaître à l’époque, laissant entendre que des extraterrestres nous auraient visités il y a des millénaires. Financée par un immense conglomérat, une expédition décolle alors pour cette destination inconnue avec l’espoir de découvrir les origines de notre monde. Mais ce qu’ils vont trouver pourrait bien signer la fin de l’humanité

«Un film à la noirceur sans fard, hautement philosophique et spectaculaire»

En 1979, le premier Alien traumatisait spectateurs du monde entier par la pureté de son fond, à savoir transposer le film d’horreur dans l’espace, et la sophistication de son emballage. Véritable artisan de cette réussite au côté du suisse fou H.R. Giger, dont la cultissime création est à classer au panthéon des plus belles et terrifiantes créatures de l’histoire du cinéma (sans oublier son environnement bio-mécanoïde gothique), Ridley Scott revient donc après plus de trente ans au genre qu’il a profondément modifié et influencé, peut-être encore davantage qu’un George Lucas avec son Star Wars. Voilà ce qu’est Prometheus, une arlésienne à la gestation chaotique et au contenu classé top secret par la Fox. Mais si ce préquel a bien des allures de retour aux sources, le chemin parcouru par le réalisateur depuis les 70′s lui inspire une toute autre ambition.

Alors qu’ils avaient voulu en faire un mystère jusqu’au plus tard dans la promotion, le film est donc clairement relié à la saga Alien – exception faite des épisodes AvP – et tout spécialement à son premier chapitre. Il y a bien sûr des éléments qui en sont directement tirés, le vaisseau des navigateurs interstellaires et ses occupants ou la Weyland-Yutani étant les plus évidents. Et même s’ils ont été revisités, ce qui s’explique en toute logique par l’intrigue ici développée, les décors ne peuvent nier la parenté avec le travail de Giger, jusqu’au dôme rocheux rappelant son concept abandonné de moissonneuse pour Dune. On reconnaît sans peine la planète sur laquelle atterrissait le Nostromo, et c’est un cadre dans lequel Scott prend un plaisir évident à revenir, l’explorant sous un nouveau jour grâce à une 3D immersive, à la fois vertigineuse et claustrophobe (décidément, dans les mains de grands réalisateurs, elle fait des merveilles). Ce qui nous conduit en toute logique au monstre lui-même car monstre il y a : plutôt éloigné de l’image que nous en avons (quoique), le métrage utilise habilement sa nature évolutive présentée dans les précédents chapitres pour nous surprendre par un bestiaire et une menace en constante mutation, au point qu’on pourrait même finir par s’y perdre un peu.

Il y a en effet certains éléments qui restent un peu obscurs (pourquoi le type possédé ?) et d’autres inexplicables qui ne pourront même pas être clarifiés par une hypothétique version longue en Blu-ray (pourquoi ne pas avoir remis le Space Jockey là où nous l’attendions pour le relier avec celui du film de 79 ?), en conséquence de quoi on a parfois l’impression que la mythologie Alien est venue se greffer sur un script n’ayant rien à voir, un convenant davantage aux aspirations de Scott. Prometheus s’écarte ainsi de la tradition de la saga en cela que les personnages ne sont pas bloqués avec le monstre dans un espace unique, ce sont des scientifiques qui vont au-devant du danger et y reviennent d’eux-mêmes, par soif de savoir. Le sentiment horrifique en est forcément amoindri, même si la peur de l’inconnu fait son petit effet. Toutefois, la vraie motivation de Scott à revenir à la saga se trouve ailleurs comme en témoigne le titre actuel du film ou l’original (Paradise), dans des strates bien plus mystiques. Soit la quête acharnée de l’être humain pour découvrir ses origines, rencontrer le(s) Créateur(s) et par le fait se hisser un peu plus comme son égal. Une thématique classique de la SF qui, loin de déboucher sur les considérations pompeuses d’un Contact, brasse des sujets rares sur grand écran et les intègre dans un récit à la noirceur sans fard, hautement philosophique et spectaculaire.

En dépit de ces questionnements existentiels et des modifications apportées à son style, Prometheus ne peut cependant cacher son appartenance à la saga, ne serait-ce qu’au travers de sa galerie de personnages ayant un goût de déjà-vu (l’héroïne plus forte qu’il y paraît, la pute de la Compagnie, l’androïde dont il faut se méfier…) ou d’un univers immédiatement reconnaissable. Mais s’il y gagne véritablement sa place en tant que préquel, c’est tout simplement parce qu’il l’éclaire sous une nouvelle lumière, lui offre une nouvelle dimension. Ridley Scott évoquait alors la possibilité d’une nouvelle trilogie en perspective, et on se demande bien quelles nouvelles évolutions va connaître notre Alien préféré !

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