Critique ciné : Moonrise Kingdom

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Sur une petite île de Nouvelle-Angleterre totalement étrangère aux bouleversements des années 60, Sam et Suzy, deux gamins de douze ans que le monde des adultes sépare, décident de fuguer pour vivre leur amour en pleine nature. Chamboulée dans ses petites habitudes, la communauté au complet se met alors en branle pour retrouver les deux fuyards, avec plus ou moins d’efficacité. Et pour couronner le tout, une tempête d’une rare violence s’apprête à souffler sur l’île

«Anderson reprend ses habitudes douces-amères»

S’étant offert une brillante récréation le temps du film d’animation Fantastic Mister Fox, Wes Anderson revient en grande pompe au cinéma live avec Moonrise Kingdom. Pléthore de stars dans un casting ultra-hype, ouverture du dernier festival de Cannes et Roman Coppola en co-scénariste, le réalisateur passerait presque alors pour avoir fait machine arrière et retrouvé un monde plus adulte, plus réaliste d’une certaine façon. Loin de ses expérimentations sur les illustrations enfantines transposées sur pellicule. Alors qu’au contraire, il n’a peut-être jamais autant replongé dans le jeune âge.

Il est ainsi étonnant de constater dans quelle mesure la direction artistique du petit dernier poursuit le travail effectué sur l’adaptation du roman de Roald Dahl, dont il va même jusqu’à reprendre discrètement des plans entiers comme pour mieux marquer la parenté entre eux. Mais ce sont donc surtout les environnements très similaires, baignés dans les mêmes tons pastels et filmés à l’identique, qui nous rappellent la campagne anglaise du métrage en stop-motion. Il faut dire qu’ils partagent tous deux la même inspiration des dessins de livres pour enfants et, plus spécialement dans le cas présent, des illustrations type almanachs. Des images d’Épinal à partir desquelles Wes Anderson crée une vision fantasmée de l’enfance dans un univers en vase-clos, décalé aussi bien dans le temps (nous sommes en 1965) que dans l’espace (l’action se situe sur une île coupée du monde) et où les êtres humains paraissent être des figurines dans leurs maisons de poupées, plus proches que jamais des marionnettes animales de Fantastic Mister Fox qui elles aussi tenaient souvent dans de petites cases.

La filiation se creuse encore avec l’esprit limite cartoonesque animant Moonrise Kingdom, l’humour parfois très décalé dont sait faire preuve un réalisateur d’autant plus à son aise qu’il tourne en famille, entouré de comédiens qui lui sont entièrement dévoués. Il y a bien sûr les habitués comme Bill Murray ou Jason Schwartzman, excellents, auxquels s’ajoutent des nouveaux venus trouvant immédiatement leurs marques dans ce micro-système bien rôdé. A commencer par les deux jeunes comédiens sur qui repose l’intrigue, Kara Hayward et Jared Gilman, mignons dans leur fugue qui prend parfois des allures de western à hauteur de louveteau, et un Edward Norton jamais aussi sympathique que dans les rôles de grand benêt plein de bonne volonté. Il n’y a en fait guère que Bruce Willis à jouer les rendez-vous manqués avec une performance un brin terne, la faute à un rôle écrit comme tel alors que nous aurions préféré voir l’action hero se lâcher davantage dans la comédie.

Et c’est bien là le problème d’un Wes Anderson qui, en revenant au cinéma live, reprend ses habitudes douces-amères oubliées le temps d’une expérimentation animée. Trop arty, trop sage sur le second degré, Moonrise Kingdom est en définitive trop timoré pour aller au bout de ce qu’il entreprend et nous convaincre pleinement. Joli mais poseur, voire même exigeant puisqu’il faut passer outre un problème de rythme malgré une durée des plus raisonnables, le métrage parvient à créer une vision charmante de l’enfance mais également un peu surannée, dans laquelle nous aurons du mal à rentrer malgré notre désir de le faire. Peut-être est-ce un peu trop le délire de Wes Anderson (et du fils Coppola) pour que nous le partagions ?

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