Archive pour juin, 2012

Critique ciné : The Dictator

28 juin, 2012

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Dictateur de l’état nord-africain du Wadiya dont il a hérité après la mort douteuse de son père, le Général Aladeen n’en a toujours fait qu’à sa tête et cela jusque face aux organisations mondiales, dont il se moque ouvertement. Forcé néanmoins de se présenter à elles pour conduire à bien une de ses machinations, il se rend à New-York en grande pompe et, là, se fait kidnapper par les services secrets qui le rendent méconnaissable. Lâché dans la Grosse Pomme comme un vulgaire quidam, il va alors trouver refuge auprès d’une hippie au grand cœur… et mettre au point un plan pour empêcher la démocratie de s’installer en Wadiya

«Un premier signe de déclin pour Sacha Baron Cohen»

Il a été un minable rappeur londonien contraint au chômage technique depuis qu’il s’est foulé son doigt de scratch. Il a été un présentateur vedette de la télévision kazakh fou d’amour pour la plantureuse et très distinguée Pamela Anderson. Enfin, il a été une icône gay venue d’Autriche et adepte des pratiques sexuelles les plus scabreuses. Autant de personnages que Sacha Baron Cohen avait brillamment fait transiter de son show sur les canaux anglais au grand écran avec, dans l’ordre, Ali G, le méga-carton Borat et Brüno. Aujourd’hui il revient sous les traits du Général Aladeen dans The Dictator, le premier de ses avatars créé tout spécialement pour un long-métrage. Un changement d’habitude moins anodin qu’il n’y paraît car bien qu’il soit riche de promesses en cette époque où le tyran bling-bling n’a plus la cote, on peut peut-être voir dans ce personnage tout frais l’explication d’un premier signe de déclin pour le comédien…

Le fantasque leader suprême du Wadiya avait pourtant tout pour plaire. Constatez : un destin grandiose qui ferait le régal des tabloïds mongoloïdes, un franc-parler teinté d’une connerie abyssale pouvant néanmoins faire parfois mouche, une pilosité faciale à rendre jaloux les membres de ZZ Top… Du pain béni pour le britannique qui s’offrait là un rôle à la démesure de sa verve trash et parodique. Sans compter que suivre un personnage se battant corps et âme contre la démocratie, ça change. L’humour sans concession de Sacha Baron Cohen est donc bien de la fête et se permet tout avec une volonté de choquer qui reste toujours constructive, grâce à l’inversion de point de vue… ou au moins ultra-jouissive dans le genre «mauvais esprit», ce dont on lui saura gré vu comme un peu de poil à gratter peut parfois être salutaire.

Ainsi que nous l’évoquions toutefois, son personnage pas encore rôdé semble lui provoquer une petite panne au niveau de l’inspiration. Pour commencer, les gags tombent à une cadence bien moins implacable que dans ses précédents délires, ce qui choque. Et comme si ça ne suffisait pas à révéler les faiblesses communes du script et du montage (à peine 1h20 de durée, même pour une comédie, ça fait court), absolument tous les nœuds narratifs d’importance sont salopés, de la confession à l’être aimé (insipide Anna Faris) à la confrontation avec le méchant (Ben Kingsley dans un rôle qui tient plus du caméo qu’autre chose). Tout ça au point que même Borat et Brüno, malgré leur forme documentaire ne facilitant pas franchement la chose, parvenaient mieux à nous raconter une histoire et – on peut le dire – à nous émouvoir .

Car oui, The Dictator abandonne en plus la forme caméra à l’épaule des collaborations antérieures de Sacha avec le réalisateur Larry Charles, happenings où l’on ne sait jamais où s’arrête la réalité et où commence la fiction, pour quelque chose de bien plus classique. Ce qui conduit en définitive le film à être le plus américain de la carrière du comique, autant dans son fond que dans sa forme. Alors après tout, pourquoi pas ? Toute sa filmographie n’appelait-elle pas à cette transition dans sa fascination répétée pour les terres de l’Oncle Sam ? Et n’y a-t-il pas du bon à tirer de la comédie US ? Oui. Sauf que le métrage se plante là où un Rien que pour vos cheveux – très proche sous bien des aspects – réussissait à transfigurer un script des plus basiques dans son ossature, à se hisser au-delà de la simple comédie romantique déguisée. Une accumulation d’écueils culminant avec le discutable retour derrière la caméra de Larry Charles car celui-ci n’arrive pas à oublier totalement le style de ses précédents efforts, son travail manque de couleur et de fantaisie et ne donne pas un look assez fun à son film, lequel en aurait bien eu besoin à l’aune de sa légèreté.

The Dictator gagnera alors certainement à être revu, ne serait-ce que pour en apprécier la VO, mais on espérera tout de même le retour d’un Sacha Baron Cohen davantage maître de son destin pour son prochain délire cinématographique, trônant plus insolemment haut dans le monde de l’humour comme il nous y avait habitué. Il a une couronne à récupérer, et ce n’est pas en tournant chez Scorsese qu’il le fera.

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Critique ciné : Blanche-Neige et le chasseur

18 juin, 2012

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Jeune princesse à la beauté éblouissante, Blanche-Neige voit un jour son père le roi partir en guerre contre une étrange armée sortie de nulle part. Victorieux, il revient au château accompagné d’une femme qu’il a sauvé, Ravena, et l’épouse sans attendre. Mais celle-ci est en fait une sorcière qui a tôt fait de s’accaparer le royaume, le plongeant dans une ère de ténèbres. Devenue une jeune femme, Blanche-Neige parvient à s’échapper de la prison où elle vient de passer sept années et, appelée sans le savoir à ramener la lumière sur le monde, s’enfuit dans la forêt interdite. Ayant un besoin vital de son cœur, la sorcière envoie alors sur ses traces le chasseur

«La réalisation est incapable d’iconiser ses sujets»

Comme si les princesses ou les histoires manquaient, voilà que l’héroïne immortalisée par Disney en 1937 réinvestit les salles obscures avec Blanche-Neige et le chasseur, soit moins de deux mois après la jolie mais inconsistante version de Tarsem Singh. A Ceci près que cette fois, loin du conte de fées aux allures arc-en-ciel et sponsorisé par Haribo, la belle enfant est plongée dans ce qu’on nous promet comme une aventure ténébreuse et épique, prenant plus largement en compte les récents succès de l’heroic fantasy et des teen movies. Une proposition curieuse mais ayant au moins la qualité de se démarquer des dizaines de versions existantes, ce qui n’était pas une mince affaire en soi, et de nous permettre une petite virée toujours attrayante dans les contrées de la dark fantasy.

Parce que «dark», le film l’est assurément. Il n’y a qu’à voir le nombre de ses partis-pris qui pourraient sembler suicidaires dans le contexte d’un blockbuster pour ados : absence quasi-totale d’humour, tonalité générale très anxiogène, un homme brisé et cradingue en guise de premier rôle masculin (Chris Hemsworth convainc bien plus ici que dans Thor)… Moins horrifique que la version de 1997 avec Sigourney Weaver, cette réinterprétation du mythe se révèle pourtant au moins aussi adulte. On sent là une vraie volonté de la part du réalisateur Rupert Sanders, lequel pour son premier long-métrage livre des visions d’une noirceur absolue (la forêt interdite est sacrément peu accueillante), dans un style assez proche à celui d’un David Yates. Solide faiseur d’images à l’évidence, il imagine quantité de petites pépites visuelles renforçant la part dark du film (tout ce qui a trait aux liquides, les soldats d’obsidienne, le design troll-esque des nains ou bien le troll lui-même) même si certaines laissent pantois (les fées aux airs de minis Na’vis sortant des animaux, très bizarre). Dans l’ensemble pas de problème donc du côté «conte de fées sombre», nous avons droit à du beau boulot comme nous l’attendions.

En revanche pour le caractère épique de l’aventure, on repassera puisque toute tentative de nous emporter dans le récit tombe à l’eau. Les références de choix sont pourtant variées et vont du Seigneur des anneaux au Trône de fer en passant par le Robin des Bois de Ridley Scott (sans compter une scène qui repompe allègrement Princesse Mononoké) mais jamais le film ne parvient à faire naître ne serait-ce que le semblant de souffle qui parcourt ces œuvres. Il y a d’abord les incohérences en pagaille qui décrédibilisent l’histoire (Blanche-Neige n’a jamais regardé par sa fenêtre après sept ans d’emprisonnement pour trouver le clou ? Quant à envoyer six nains pour infiltrer un château, elle est où la discrétion ? Un ou deux d’accord, mais six ?) et une méchante que nous avons du mal à ressentir comme une menace directe, d’autant qu’elle peine à se démarquer de ses consoeurs (elle aspire la jeunesse de ses victimes ? Où sont les cœurs dévorés ?). Ajoutons à cela une musique de James Newton Howard passant inaperçue et des scènes d’action soit bordéliques soit ridicules (mais qu’est-ce que c’est que ce coup de tête donné par le méchant frangin ?) et nous aurons un tableau déjà bien gratiné de Blanche-Neige et le chasseur.

Mais le plus grave est encore à venir car le film ne met jamais en valeur l’aura de son héroïne en titre, son pouvoir supposé être si impressionnant. Nous le découvrons en effet parce qu’il soigne… la goutte et les rhumatismes des nains autour d’un feu de camp. Bravo pour le souffle épique. Et il ne faut pas attendre mieux de l’impact de son retour sur la population, à voir par exemple comment son arrivée au château est traitée par-dessous la jambe. La princesse en devient encore plus fade que ce que laissait présager sa caractérisation grossière et si ce n’était la beauté de Kristen Stewart, nous n’y prêterions même pas attention. Stylée, la réalisation est donc incapable d’iconiser ses sujets, de servir vraiment le récit comme en attestent les vingt premières minutes du métrage qui ressemblent à une introduction alors que nous sommes déjà entrés dans le vif du sujet, tuant dans l’oeuf l’empathie spectatorielle. Une trilogie est alors évoquée mais franchement, la seule piste laissée ici en suspens étant un triangle amoureux à la Twilight (encore un), il est fort probable que nous pourrons nous épargner la vision de Blanche-Neige et le chasseur et le prince William (mais où ont-ils été chercher un prénom si princier ?).

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Critique ciné : Le Grand soir

14 juin, 2012

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Employé dans un magasin de literie, Jean-Pierre traverse une mauvaise passe dans son couple et s’enfonce à mesure qu’il se débat pour garder la tête hors de l’eau. Not, lui, erre de droite à gauche avec son chien et son look à faire trembler les mémés. Tous deux sont frères, et fils des propriétaires de la pataterie d’une zone industrielle paumée au milieu des champs. N’ayant jamais été très proches, ils vont se découvrir alors que Jean-Pierre perd son boulot et sombre définitivement. Et ensemble, ils vont se lancer dans la plus grande entreprise de leur vie

«On ne peut qu’applaudir des deux mains les derniers résistants franco-grolandais»

Pour la cinquième fois, le duo d’irréductibles grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern s’installe derrière la caméra afin de faire souffler un vent de liberté et de folie sur la production française (bah oui, le Groland ne finance pas la culture donc ils doivent venir chez nous). Ainsi après Mammuth, road-movie social avec un Gérard Depardieu touché par la grâce, Le Grand soir semble continuer dans la démocratisation de leur cinéma, le travail sur son accessibilité. Et pur peu que l’on s’en tienne à son affiche azimutée où trônent fièrement Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde, on pourrait même les croire partis pour nous faire de la bonne grosse comédie. Mais ça n’aurait pas du tout été punk…

A première vue, le film paraît pourtant très clean. Oubliées en effet les expérimentations formelles et l’inspiration de l’art brut de leur précédent effort, les réalisateurs optent ici pour une approche plus traditionnelle, presque fonctionnelle, avec une esthétique que nous pourrions définir entre le documentaire et le téléfilm. Pas très trash comme visuel, il faut le dire, et on ne peut plus éloigné de l’esprit «no future» qui anime la péloche. Car celui-ci réside ailleurs, dans l’écriture, avec en particulier un refus total d’une structure conventionnelle ou même d’une quelconque finalité. Le Grand soir doit en fait être pris comme un appel à la liberté, un cri bref mais dont l’écho a la force d’atteindre des oreilles vierges. Il leur faudra tout de même être aussi un brin ouvertes d’esprit car en niant la narration classique, le métrage a tôt fait de laisser transparaître un problème de rythme et un sentiment de vide pouvant déconcerter, sans compter quelques moments «autres» au trente-cinquième degré (avec les apparitions carrément space de Brigitte Fontaine, ça passe ou ça casse). C’est toutefois justement le propos du film, qui crée un reflet de notre société en se focalisant sur une morne et dans la norme zone industrielle que nous ne quitterons jamais, un microcosme des plus parlants et où un punk pédestre en vadrouille dénote plus encore (alors deux, vous imaginez). Pour apprécier leur boulot, il est ainsi indispensable d’accepter les exigences – justifiées – de trublions qui sont avant tout des auteurs engagés, et non des déconneurs cathodiques.

Qu’on se rassure, le film reste malgré tout une comédie. Certes déprimante par moment et parfois sordide, mais une comédie tout de même. Comment pourrait-il en être autrement avec de tels duos devant et derrière la caméra ? Et en toute logique au regard des membres qui composent cette équipe, c’est l’humour noir et aigre qui domine, parsemé de touches surréalistes rythmées par la dame Fontaine, les Wampas ou Areski Belkacem, tous présents à l’image. Pour de petits rôles néanmoins car nous ne lâchons presque jamais les deux acteurs principaux, de manière à ce que la relation fraternelle soit palpable lorsqu’ils se retrouvent. Ils sont véritablement le moteur de la péloche, au point qu’ils sont les seuls à paraître animés dans ce cadre sédaté. Albert Dupontel s’avère alors excellent comme à son habitude mais en restant un peu dans son registre, tandis que Benoît Poelvoorde surprend lui pour de bon en punk plus vrai que nature, tour à tour drôle, révoltant et touchant. Autant de contrastes pour bâtir un portrait crédible, sincère, dont les errements (nombreux) n’empêchent pas de porter un regard lucide et acerbe sur notre système économique, notre mode de vie.

Que ça nous plaise ou non, une bonne leçon peut donc venir de n’importe où comme le démontre Le Grand soir, sous ses airs de vilain petit canard insolent. A l’image des personnages du film, peut-être alors que Benoît Delépine et Gustave Kervern ne parviendront jamais à lancer leur révolution mais ils y mettent tant de cœur et de conviction qu’on ne peut qu’applaudir des deux mains les derniers résistants franco-grolandais, inestimables piliers (de bar) d’une production trop peu encline à secouer et faire marrer en même temps. On vous aime les gars, continuez comme ça !

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Critique ciné : Cosmopolis

13 juin, 2012

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Golden boy de Wall Street, Eric Packer monte un matin dans sa limousine avec comme seule idée en tête d’aller chez son coiffeur, à l’autre bout de la ville, et cela bien que la circulation soit totalement bloquée par la visite du président. Commence alors une très longue journée pour Eric et tandis que la ville s’embrase, que le système capitaliste s’écroule, le requin de la finance comprend que son extinction est inéluctable

«Au rythme lent de la limo, le sommeil a vite fait de nous rattraper»

Tiré d’un roman de Don DeLillo considéré aujourd’hui comme prémonitoire quant à la périclitation du modèle économique capitaliste, Cosmopolis était attendu de pied ferme par tous les fans de David Cronenberg. Il faut dire aussi que son précédent effort, A Dangerous Method, avait de quoi décevoir car en plus d’abandonner totalement ses thématiques fétiches, jamais le canadien ne s’était montré si pantouflard avec sa caméra. C’est pourquoi en dépit d’un synopsis pas très aguicheur, nous voulions croire dans son nouveau long-métrage. Parce que son trailer augurait d’un trip mental chaotique et violent, une plongée dans l’enfer déliquescent d’une société au bord du précipice. Et bien que ce soit effectivement le cas (hourra !), il y a de quoi être sacrément déçu lorsque nous comprenons que jamais le film ne se montrera passionnant (putain !). Et c’est un euphémisme (re-putain !).

Proche d’un American Psycho, le sujet ne manque pourtant pas d’intérêt, surtout par les temps de crise économique qui courent. On comprend ainsi parfaitement où veut en venir Cronenberg avec ce portrait d’un jeune loup tout-puissant de Wall Street, son désir de représenter la vacuité d’une existence dans une tour d’ivoire transformée ici en limousine toutes options (jusqu’à la pissotière) et que le personnage principal ne quitte presque jamais, au point qu’il jette sur le monde un regard totalement déconnecté qui finit par le perdre (vous voyez le parallèle ?). On comprend tout aussi bien la démarche sensitive de sa réalisation pour mieux nous faire pénétrer l’esprit de son antihéros et son univers malade, sale, même dans l’enceinte policée de son véhicule. Enfin, on comprend même le choix de Robert Pattinson pour le rôle principal, le jeune comédien continuant à prouver – après Remember Me ou De l’eau pour les éléphants – qu’il a le potentiel d’être autre chose qu’un envoûtant vampire pour midinettes (on attend juste une confirmation un peu plus définitive).

Mais ce qui aura beaucoup de mal à passer en revanche, c’est de constater combien le film peut atteindre des sommets dans le genre chiant. Mais alors vraiment, vraiment chiant. Or ce n’est pas tant la faute au manque de variété dans les décors, puisqu’on ne descend presque jamais de la luxueuse voiture (après tout Buried montrait qu’on peut éviter cet écueil même en restant dans un cercueil tout du long), mais bien celle au verbiage incessant, le film ne consistant en fin de compte qu’en un enchaînement quasi-ininterrompu de dialogues nawakesques. Oui, sans rire. Et c’est d’autant plus gênant que nous passons tout le temps de l’un au suivant sans la moindre introduction ou liaison, ou si peu que nous sommes de toute façon largués ou atterrés (quand on débarque au milieu d’un toucher rectal, ça surprend) à moins de se plaire à cogiter dans le vide pour se croire super malin. Rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que Cronenberg s’est contenté pour la rédaction du scénario… de recopier à l’identique les dialogues du roman, puis d’avoir vaguement brodé autour pour les relier… On croit rêver.

Résultat des courses, dans Cosmopolis ça ne fait que parler et très rapidement (dès le départ même) ça ne brasse que de l’air au gré d’un morne récit en ligne droite, notre attention n’étant même plus attisée par les apparitions inattendues d’acteurs comme Mathieu Amalric ou Juliette Binoche et ainsi, au rythme lent de la limousine, le sommeil a vite fait de nous rattraper. Ayant oublié ou transfiguré ce qui faisait de lui un auteur (on pourrait toujours arguer que les mutations du corps se changent ici en mutations de la société), David Cronenberg a sérieusement pris la grosse tête et se montre d’un élitisme et d’une exigence assez déconcertants, sans se soucier de livrer une œuvre un tant soit peu «cinématographique» alors que le problème ne s’était jamais posé avec lui (au contraire, il avait toujours fui le pensum). Après le livre lu, voici donc le livre filmé. Et ce n’est pas beau à voir…

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Critique ciné : Prometheus

11 juin, 2012

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Dans le futur, des scientifiques découvrent que les vestiges historiques terriens comportent tous un symbole identique et, mieux, que ce symbole correspond en fait à un système d’étoiles impossible à reconnaître à l’époque, laissant entendre que des extraterrestres nous auraient visités il y a des millénaires. Financée par un immense conglomérat, une expédition décolle alors pour cette destination inconnue avec l’espoir de découvrir les origines de notre monde. Mais ce qu’ils vont trouver pourrait bien signer la fin de l’humanité

«Un film à la noirceur sans fard, hautement philosophique et spectaculaire»

En 1979, le premier Alien traumatisait spectateurs du monde entier par la pureté de son fond, à savoir transposer le film d’horreur dans l’espace, et la sophistication de son emballage. Véritable artisan de cette réussite au côté du suisse fou H.R. Giger, dont la cultissime création est à classer au panthéon des plus belles et terrifiantes créatures de l’histoire du cinéma (sans oublier son environnement bio-mécanoïde gothique), Ridley Scott revient donc après plus de trente ans au genre qu’il a profondément modifié et influencé, peut-être encore davantage qu’un George Lucas avec son Star Wars. Voilà ce qu’est Prometheus, une arlésienne à la gestation chaotique et au contenu classé top secret par la Fox. Mais si ce préquel a bien des allures de retour aux sources, le chemin parcouru par le réalisateur depuis les 70′s lui inspire une toute autre ambition.

Alors qu’ils avaient voulu en faire un mystère jusqu’au plus tard dans la promotion, le film est donc clairement relié à la saga Alien – exception faite des épisodes AvP – et tout spécialement à son premier chapitre. Il y a bien sûr des éléments qui en sont directement tirés, le vaisseau des navigateurs interstellaires et ses occupants ou la Weyland-Yutani étant les plus évidents. Et même s’ils ont été revisités, ce qui s’explique en toute logique par l’intrigue ici développée, les décors ne peuvent nier la parenté avec le travail de Giger, jusqu’au dôme rocheux rappelant son concept abandonné de moissonneuse pour Dune. On reconnaît sans peine la planète sur laquelle atterrissait le Nostromo, et c’est un cadre dans lequel Scott prend un plaisir évident à revenir, l’explorant sous un nouveau jour grâce à une 3D immersive, à la fois vertigineuse et claustrophobe (décidément, dans les mains de grands réalisateurs, elle fait des merveilles). Ce qui nous conduit en toute logique au monstre lui-même car monstre il y a : plutôt éloigné de l’image que nous en avons (quoique), le métrage utilise habilement sa nature évolutive présentée dans les précédents chapitres pour nous surprendre par un bestiaire et une menace en constante mutation, au point qu’on pourrait même finir par s’y perdre un peu.

Il y a en effet certains éléments qui restent un peu obscurs (pourquoi le type possédé ?) et d’autres inexplicables qui ne pourront même pas être clarifiés par une hypothétique version longue en Blu-ray (pourquoi ne pas avoir remis le Space Jockey là où nous l’attendions pour le relier avec celui du film de 79 ?), en conséquence de quoi on a parfois l’impression que la mythologie Alien est venue se greffer sur un script n’ayant rien à voir, un convenant davantage aux aspirations de Scott. Prometheus s’écarte ainsi de la tradition de la saga en cela que les personnages ne sont pas bloqués avec le monstre dans un espace unique, ce sont des scientifiques qui vont au-devant du danger et y reviennent d’eux-mêmes, par soif de savoir. Le sentiment horrifique en est forcément amoindri, même si la peur de l’inconnu fait son petit effet. Toutefois, la vraie motivation de Scott à revenir à la saga se trouve ailleurs comme en témoigne le titre actuel du film ou l’original (Paradise), dans des strates bien plus mystiques. Soit la quête acharnée de l’être humain pour découvrir ses origines, rencontrer le(s) Créateur(s) et par le fait se hisser un peu plus comme son égal. Une thématique classique de la SF qui, loin de déboucher sur les considérations pompeuses d’un Contact, brasse des sujets rares sur grand écran et les intègre dans un récit à la noirceur sans fard, hautement philosophique et spectaculaire.

En dépit de ces questionnements existentiels et des modifications apportées à son style, Prometheus ne peut cependant cacher son appartenance à la saga, ne serait-ce qu’au travers de sa galerie de personnages ayant un goût de déjà-vu (l’héroïne plus forte qu’il y paraît, la pute de la Compagnie, l’androïde dont il faut se méfier…) ou d’un univers immédiatement reconnaissable. Mais s’il y gagne véritablement sa place en tant que préquel, c’est tout simplement parce qu’il l’éclaire sous une nouvelle lumière, lui offre une nouvelle dimension. Ridley Scott évoquait alors la possibilité d’une nouvelle trilogie en perspective, et on se demande bien quelles nouvelles évolutions va connaître notre Alien préféré !

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Critique ciné : Men in Black 3

9 juin, 2012

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Depuis le temps qu’il travaille pour le MIB, l’agent J pense avoir tout vu et tout savoir des secrets de l’univers mais pourtant l’agent K, son partenaire durant toutes ces années, continue de représenter un mystère pour lui. Alors quand un alien revanchard s’échappe de sa geôle et décide d’éliminer K dans le passé, le «gamin» n’a d’autre choix de remonter le temps jusqu’aux années 60 pour sauver son ami, protéger le monde et, peut-être, en apprendre plus sur cette énigme en costume et lunettes noirs

«C’est un vrai plaisir que de retrouver les hommes en noir»

Surprise fort appréciable de l’année 1997, le premier Men in Black avait dynamité la période estivale en s’imposant au-delà de toute attente comme un blockbuster remarquable, un spectacle complet et efficace. Une réussite face à laquelle le second volet se liquéfiait alors, incapable de camoufler son manque de substance et encore plombé par les problèmes d’actualité de 2001 qu’on sait. Et c’est par conséquent le problème inverse qui se pose avec Men in Black 3 puisque, disons-le, il suffirait d’un rien pour redorer le blason de la saga. Ainsi, et bien qu’il y demeure des écueils dont certains irritants, c’est un vrai plaisir que de retrouver les hommes en noir !

Cela tient tout d’abord au fait de retrouver l’équipe en grande forme, qui plus est après une longue séparation. Derrière la caméra, Barry Sonnenfeld s’était fait particulièrement discret depuis Men in Black 2 et si ses incursions sur le petit écran ou son Camping-car n’avaient pas de quoi corriger ce faux-pas, il rappelle ici pourquoi il a longtemps compté parmi nos chouchous. Devant la caméra, Will Smith n’a pas été aussi cool et marrant dans un film depuis fort longtemps et on s’étonnerait même presque qu’il y parvienne encore, tout comme il y a de quoi rester pantois devant le fait que le numéro mutique de Tommy Lee Jones continue de faire son effet. Mais si de telles retrouvailles avec les vieux de la vieille ont de quoi réjouir, il ne faut pas oublier pour autant les petits nouveaux et surtout Josh Brolin, qui incarne un agent K rajeuni et le fait si bien que la transition se passe sans le moindre accroc. Sans compter qu’entre deux moues monolithiques, les petites touches comiques de son rôle dénotent dans une filmographie qui en manque cruellement.

Vient alors l’inévitable moment de comparer le long-métrage à son prédécesseur, qui souffrait d’un scénario inepte et d’une méchante sexy en diable mais peu effrayante. Le nouveau chapitre rattrape tout d’abord le coup grâce à Boris l’animal, étonnant Jemaine Clement, un bad-guy dont la spectaculaire évasion d’une prison un peu spéciale en guise d’introduction donne le ton d’une œuvre à l’humour noir tranché, par instant même impitoyable. Les exécutions ne font pas dans la dentelle et nous avons droit à de vraies touches horrifiques, justifiant l’apparition du logo Amblin en début de générique puisqu’il perpétue ainsi le spirit des productions des 80′s. Le plus gros problème de Men in Black 2 tenait toutefois à son final expéditif et plat, imposé par les événements du 11/09, et de ce côté-là le troisième ne rentrera pas non plus dans les annales du climax d’anthologie. Plutôt que de perdre du temps à broder en catastrophe une révélation concernant les héros, ils auraient en effet été plus avisés de développer l’action pour la relancer au moins une fois et, pourquoi pas ?, explorer davantage les particularités physiques du méchant. Refaire le final du premier, en somme.

Malgré cela, Men in Black 3 se laisse suivre avec plaisir grâce à un rythme ne laissant aucune place aux fioritures – quitte à passer un peu vite sur certaines choses – et à des idées très sympa en pagaille (dont certaines abandonnées comme cet alien-graffiti vu dans une bande-annonce), lesquelles revisitent des thèmes classiques de la science-fiction (le voyage dans le temps en particulier, décoiffant) ou en explorent d’autres plus rares (l’extraterrestre à perception multiple, incarné par un Michael Stuhlbarg à la fois émouvant et drôle). Alors oui, le premier volet reste intouchable et inégalé. Mais en nous faisant oublier la mauvaise passe du deuxième, celui-ci gagne toute légitimité à exister et si en plus il nous fait passer un bon moment, que demander de plus ?

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Critique ciné : Moonrise Kingdom

5 juin, 2012

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Sur une petite île de Nouvelle-Angleterre totalement étrangère aux bouleversements des années 60, Sam et Suzy, deux gamins de douze ans que le monde des adultes sépare, décident de fuguer pour vivre leur amour en pleine nature. Chamboulée dans ses petites habitudes, la communauté au complet se met alors en branle pour retrouver les deux fuyards, avec plus ou moins d’efficacité. Et pour couronner le tout, une tempête d’une rare violence s’apprête à souffler sur l’île

«Anderson reprend ses habitudes douces-amères»

S’étant offert une brillante récréation le temps du film d’animation Fantastic Mister Fox, Wes Anderson revient en grande pompe au cinéma live avec Moonrise Kingdom. Pléthore de stars dans un casting ultra-hype, ouverture du dernier festival de Cannes et Roman Coppola en co-scénariste, le réalisateur passerait presque alors pour avoir fait machine arrière et retrouvé un monde plus adulte, plus réaliste d’une certaine façon. Loin de ses expérimentations sur les illustrations enfantines transposées sur pellicule. Alors qu’au contraire, il n’a peut-être jamais autant replongé dans le jeune âge.

Il est ainsi étonnant de constater dans quelle mesure la direction artistique du petit dernier poursuit le travail effectué sur l’adaptation du roman de Roald Dahl, dont il va même jusqu’à reprendre discrètement des plans entiers comme pour mieux marquer la parenté entre eux. Mais ce sont donc surtout les environnements très similaires, baignés dans les mêmes tons pastels et filmés à l’identique, qui nous rappellent la campagne anglaise du métrage en stop-motion. Il faut dire qu’ils partagent tous deux la même inspiration des dessins de livres pour enfants et, plus spécialement dans le cas présent, des illustrations type almanachs. Des images d’Épinal à partir desquelles Wes Anderson crée une vision fantasmée de l’enfance dans un univers en vase-clos, décalé aussi bien dans le temps (nous sommes en 1965) que dans l’espace (l’action se situe sur une île coupée du monde) et où les êtres humains paraissent être des figurines dans leurs maisons de poupées, plus proches que jamais des marionnettes animales de Fantastic Mister Fox qui elles aussi tenaient souvent dans de petites cases.

La filiation se creuse encore avec l’esprit limite cartoonesque animant Moonrise Kingdom, l’humour parfois très décalé dont sait faire preuve un réalisateur d’autant plus à son aise qu’il tourne en famille, entouré de comédiens qui lui sont entièrement dévoués. Il y a bien sûr les habitués comme Bill Murray ou Jason Schwartzman, excellents, auxquels s’ajoutent des nouveaux venus trouvant immédiatement leurs marques dans ce micro-système bien rôdé. A commencer par les deux jeunes comédiens sur qui repose l’intrigue, Kara Hayward et Jared Gilman, mignons dans leur fugue qui prend parfois des allures de western à hauteur de louveteau, et un Edward Norton jamais aussi sympathique que dans les rôles de grand benêt plein de bonne volonté. Il n’y a en fait guère que Bruce Willis à jouer les rendez-vous manqués avec une performance un brin terne, la faute à un rôle écrit comme tel alors que nous aurions préféré voir l’action hero se lâcher davantage dans la comédie.

Et c’est bien là le problème d’un Wes Anderson qui, en revenant au cinéma live, reprend ses habitudes douces-amères oubliées le temps d’une expérimentation animée. Trop arty, trop sage sur le second degré, Moonrise Kingdom est en définitive trop timoré pour aller au bout de ce qu’il entreprend et nous convaincre pleinement. Joli mais poseur, voire même exigeant puisqu’il faut passer outre un problème de rythme malgré une durée des plus raisonnables, le métrage parvient à créer une vision charmante de l’enfance mais également un peu surannée, dans laquelle nous aurons du mal à rentrer malgré notre désir de le faire. Peut-être est-ce un peu trop le délire de Wes Anderson (et du fils Coppola) pour que nous le partagions ?

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