Critique ciné : Dark Shadows

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Fils d’un riche marchand s’étant installé aux Amériques au milieu du 18eme siècle, Barnabas Collins a trouvé l’amour de sa vie mais provoque par la même occasion la furie d’Angélique Bouchard, une domestique éprise de lui et maîtrisant la plus puissante des magies noires. Par vengeance, elle fait alors mourir la jeune femme et transforme Barnabas en vampire, une créature de la nuit bientôt prise au piège dans un cercueil et enterrée six pieds sous la terre. Deux siècles plus tard, Barnabas est de nouveau libre. Mais c’est pour découvrir que la gloire familiale d’antan n’est plus qu’un douloureux souvenir. Et que Angélique, loin d’avoir trépassé, est responsable de la malédiction pesant sur les Collins depuis toutes ces années

« Serait-ce le virage dans la carrière de Tim que nous attendions ? »

Bien qu’il ait à l’évidence déçu les fans de la première heure au cours des années passées, son dernier vrai morceau d’anthologie datant de 1999 avec Sleepy Hollow, Tim Burton reste l’un des cinéastes les plus passionnants en activité à Hollywood. La preuve est que chacun de ses films continue invariablement de faire naître envie et espoir, avec une déception plus ou moins grande en bout de course. Cette fois, il revient avec l’adaptation d’un feuilleton relativement inconnu par chez nous, Dark Shadows, mais semble-t-il suffisamment culte aux States pour mériter ce passage dans les salles obscures. Pour cela, peut-être l’attendions-nous donc un peu moins que d’ordinaire, ou en tout cas attendions-nous moins de voir ce qu’il allait faire du matériau qu’on lui confiait (ce qui était loin d’être le cas avec un Alice au pays des merveilles, par exemple). Mais puisque nous en sommes à voir la donne changer, peut-être est-ce bien avec ce film que nous allons retrouver le Burton de la grande époque. Avec un petit plus au passage, pourquoi pas ?

Le film a tout de même de quoi décontenancer, ne serait-ce qu’en raison de la nature du show dont il est tiré. Il faut le savoir en effet, Dark Shadows est bien une série fantastique mais dont la forme s’apparente clairement à du soap-opera, un peu comme si Dallas se délocalisait dans un des châteaux lugubres de la Hammer. En résulte évidemment un mélange de genres aux antipodes et de fréquentes ruptures de ton, sans compter que l’histoire s’en retrouve centrée sur les relations amoureuses et les conflits d’intérêts. Des sujets peu communs pour Burton, au point qu’il délaisse d’ailleurs pendant un temps l’intrigue – pourtant fondatrice du récit – entre Victoria et Barnabas. Mais l’homme aux cheveux en pétard y trouve en fin de compte sa place en auscultant une cellule familiale comme il aime souvent à le faire et, sous ses faux-airs de Famille Addams, c’est bien à Beetlejuice que ce nouveau film nous fait davantage penser, tous deux traitant de la cohabitation entre morts et vivants au sein d’un même foyer.

Nous sommes néanmoins loin des débuts du réalisateur et si l’on retrouve bien son humour noir ou son goût du macabre, ses marques de fabrique, il est clair que Burton se radicalise à partir d’ici. Et ce n’est pas seulement parce qu’aucun de ses films n’a jamais été aussi sexué que celui-ci (voir la très acrobatique partie de jambes en l’air ou la pipe de Helena Bonham Carter). En fait, il n’a peut-être jamais été autant du côté des freaks. Le second degré ou l’impératif biologique ne changent ainsi rien au fait que Barnabas massacre impitoyablement des innocents, se révélant plus « mauvais » encore qu’un Sweeney Todd qui était pourtant le plus dark des héros burtonien, tandis qu’une grande part des actions du vampire consiste à biffer de l’équation les membres de la famille les plus tristement humains. Même la diabolique Angélique, délicieuse Eva Green, trouve crédit à ses yeux et finit par devenir touchante lorsque sa coquille se brise (il ne nous avait pas fait ça aussi bien depuis Batman, le défi). Parce qu’ils ont beau être des monstres, des vrais, le génie de Burbank éprouve un amour sincère pour ses personnages et nous le fait partager sans rien policer. Comme à la belle époque, juste en plus affirmé.

La touche Burton finit alors de compléter le tableau, entre une réalisation exceptionnelle et une direction artistique à tomber par terre. Le premier plan évoque par exemple tout de suite la maestria de noirceur de Sweeney Todd et, pour sa part, la représentation de la ville côtière rappelle les thrillers insulaires du cinéma british avec un feeling gothique encore plus prononcé. Enfin, que serait Tim sans Johnny, son acteur fétiche (ce n’est pas innocent si son nom apparaît au générique sur le « ’cause I love you » du Night in White Satin de The Moody Blues) ? Son Barnabas de vampire est en tout cas aussi peu à sa place dans le contexte des 70′s que devait l’être Burton lui-même, et mister Depp continue ainsi encore et toujours d’incarner le double parfait du réalisateur. Il n’y a guère que la participation de Danny Elfman à se faire plus discrète qu’à l’accoutumée, la bande-son ayant beaucoup plus recours aux chansons que les précédents métrages car rarement le réalisateur n’avait à ce point désiré s’inscrire dans le réel, et plus encore dans une époque donnée.

Un peu comme si Burton avait pris toutes les qualités de son cinéma et se les réappropriait sous un nouveau jour, davantage enclin à visiter les extrêmes, Dark Shadows se pose donc comme étant à la fois plus sombre et plus humoristique que beaucoup de ses efforts passés, en particulier ceux de la dernière décennie. Serait-ce alors là le virage dans sa carrière que nous attendions désespérément ? Plus que jamais, nous avons envie de le croire. Et mieux, nous pouvons nous le permettre !

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Une Réponse à “Critique ciné : Dark Shadows”

  1. mabataille dit :

    Film sympathique avec une bonne ambiance réussie. Dommage que les personnages soient si simplistes et la fin si niaise. Impression mitigée au final. Quelques qualités, pas mal de défauts.

    Ça reste pour moi le meilleur Burton depuis 10 ans, au moins, faut dire que le bonhomme s’est échoué sur la plage des déceptions à moultes reprises après ses génialissimes débuts.

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