Critique ciné : Le Prénom

le prenom_patrick bruel_charles berling_affiche_poster

Vincent se rend chez sa soeur Babou et son beau-frère pour un petit diner où les rejoignent Claude, un ami d’enfance discret, et plus tard Anna, son épouse enceinte de cinq mois. Vincent a d’ailleurs justement une surprise pour ses proches : lui et Anna ont enfin choisi le prénom de l’enfant, qu’il annonce l’air de rien. Mais cette simple petite confession va prendre des proportions ahurissantes et tandis que l’ambiance tourne au vinaigre, les squelettes sortent du placard

« Nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre »

Peut-être l’aurez-vous remarqué mais si en France on a parfois du talent, ce n’est pas souvent que nous avons des idées. Après s’être fait son petit succès sur les planches, Le Prénom est donc porté sur grand écran par ses créateurs originaux, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (plus connus pour les scripts de L’Immortel et The Prodigies), accompagnés pour l’occasion de l’équipe de comédiens originaux ou presque, Charles Berling venant jouer les remplaçants plus bankables. Jusqu’ici, pas de gros bouleversement ni de prise de risque. Et la suite abondera dans ce sens puisque, plus proche d’un Diner de cons que du Père Noël est une ordure, il s’agit clairement d’un simple portage.

Quel intérêt alors à une telle adaptation ? Qu’est-ce que le cinéma peut apporter de plus à la pièce, hormis une plus grande rentabilité ? Si l’on en croit les premières minutes conduites par un narrateur qui cachetonne en tant que guide à mi-temps dans Paris, juste une très forte inspiration louchant du côté du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, sans la fantaisie visuelle de Jean-Pierre Jeunet. Passé cela, on revient somme toute à du théâtre filmé tout ce qu’il y a de plus fonctionnel, efficace mais sans grande idée de mise en scène pour nous faire oublier l’unicité de lieu – si ce n’est un déplacement de l’action du salon à la salle à manger, puis inversement – ou le côté naturellement verbeux de la chose. Il ne faut pas oublier que de La Patellière s’attaque ici à son premier essai de réalisation tandis que Delaporte, après La Jungle en 2006, fait office de vétéran ayant encore tout à prouver. Le Prénom, plus qu’un coup de maître(s), ne peut ainsi se départir de l’impression de n’être qu’un coup d’essai. Un tour de chauffe.

Qui plus est, les possibilités limitées inhérentes au théâtre se transmettent ici à la version cinéma, l’intrigue ne s’écartant du texte original que pour des scénettes illustratives sans grand intérêt. Quant au scénario à proprement parler, avec son postulat des plus simples bien que riche de dérapages potentiels, il avance en fin de compte sur une piste particulièrement balisée où l’on voit aussi bien venir les rouages de l’histoire et révélations que certains gags, qui perdent alors inévitablement en efficacité. Sans réfléchir des masses, on peut d’ailleurs même trouver le prénom qui va semer la discorde et sur lequel repose pour beaucoup le mystère autour la promotion, c’est dire comme le duo d’auteurs ne cherche en rien à être surprenant. Et nous serons d’autant moins surpris que le clash entre les convives reste très sage, on s’en tient à la lessive du linge sale sur une note réaliste, où seul compte l’échange de bons mots entre des stéréotypes censés représenter la France actuelle. Pour ceux qui aiment être pris au dépourvu par une comédie, c’est un peu foiré.

Sa seule vrai force, Le Prénom la trouve ainsi dans la synergie entre les comédiens et l’aisance avec laquelle ils reprennent leurs rôles, comment ils parviennent à nous les rendre sympathiques bien qu’ils agissent souvent comme de gros cons (Patrick Bruel excelle en cela). Pas évident, tout comme il n’était pas gagné de faire en sorte que les engueulades sonnent vraies. Alors oui, ça peut sembler un poil léger. Mais rappelez-vous qu’ici nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre, et ça fait qu’il est nécessaire de revoir à la baisse ses attentes. N’hésitez surtout pas.

Critique ciné : Le Prénom dans Cinema Cinema 021-150x100031-150x100 dans Cinema Cinema041-150x100

Une Réponse à “Critique ciné : Le Prénom”

  1. Wilyrah dit :

    Pour ma part j’ai trouvé ce film absolument insupportable. J’ai enduré ce calvaire hystérique pendant les 1h45 que ça dure mais en sortant j’en avais presque des palpitations tellement ça m’a tapé sur les nerfs. Votre critique est plus modérée et à tête reposée j’en viendrais sûrement à faire le même constat mais le fait est qu’hier soir j’ai passé un moment très pénible devant ce spectacle prévisible et bien sage derrière les coups de gueule.

Laisser un commentaire