Archive pour mai, 2012

Critique ciné : Dark Shadows

15 mai, 2012

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Fils d’un riche marchand s’étant installé aux Amériques au milieu du 18eme siècle, Barnabas Collins a trouvé l’amour de sa vie mais provoque par la même occasion la furie d’Angélique Bouchard, une domestique éprise de lui et maîtrisant la plus puissante des magies noires. Par vengeance, elle fait alors mourir la jeune femme et transforme Barnabas en vampire, une créature de la nuit bientôt prise au piège dans un cercueil et enterrée six pieds sous la terre. Deux siècles plus tard, Barnabas est de nouveau libre. Mais c’est pour découvrir que la gloire familiale d’antan n’est plus qu’un douloureux souvenir. Et que Angélique, loin d’avoir trépassé, est responsable de la malédiction pesant sur les Collins depuis toutes ces années

« Serait-ce le virage dans la carrière de Tim que nous attendions ? »

Bien qu’il ait à l’évidence déçu les fans de la première heure au cours des années passées, son dernier vrai morceau d’anthologie datant de 1999 avec Sleepy Hollow, Tim Burton reste l’un des cinéastes les plus passionnants en activité à Hollywood. La preuve est que chacun de ses films continue invariablement de faire naître envie et espoir, avec une déception plus ou moins grande en bout de course. Cette fois, il revient avec l’adaptation d’un feuilleton relativement inconnu par chez nous, Dark Shadows, mais semble-t-il suffisamment culte aux States pour mériter ce passage dans les salles obscures. Pour cela, peut-être l’attendions-nous donc un peu moins que d’ordinaire, ou en tout cas attendions-nous moins de voir ce qu’il allait faire du matériau qu’on lui confiait (ce qui était loin d’être le cas avec un Alice au pays des merveilles, par exemple). Mais puisque nous en sommes à voir la donne changer, peut-être est-ce bien avec ce film que nous allons retrouver le Burton de la grande époque. Avec un petit plus au passage, pourquoi pas ?

Le film a tout de même de quoi décontenancer, ne serait-ce qu’en raison de la nature du show dont il est tiré. Il faut le savoir en effet, Dark Shadows est bien une série fantastique mais dont la forme s’apparente clairement à du soap-opera, un peu comme si Dallas se délocalisait dans un des châteaux lugubres de la Hammer. En résulte évidemment un mélange de genres aux antipodes et de fréquentes ruptures de ton, sans compter que l’histoire s’en retrouve centrée sur les relations amoureuses et les conflits d’intérêts. Des sujets peu communs pour Burton, au point qu’il délaisse d’ailleurs pendant un temps l’intrigue – pourtant fondatrice du récit – entre Victoria et Barnabas. Mais l’homme aux cheveux en pétard y trouve en fin de compte sa place en auscultant une cellule familiale comme il aime souvent à le faire et, sous ses faux-airs de Famille Addams, c’est bien à Beetlejuice que ce nouveau film nous fait davantage penser, tous deux traitant de la cohabitation entre morts et vivants au sein d’un même foyer.

Nous sommes néanmoins loin des débuts du réalisateur et si l’on retrouve bien son humour noir ou son goût du macabre, ses marques de fabrique, il est clair que Burton se radicalise à partir d’ici. Et ce n’est pas seulement parce qu’aucun de ses films n’a jamais été aussi sexué que celui-ci (voir la très acrobatique partie de jambes en l’air ou la pipe de Helena Bonham Carter). En fait, il n’a peut-être jamais été autant du côté des freaks. Le second degré ou l’impératif biologique ne changent ainsi rien au fait que Barnabas massacre impitoyablement des innocents, se révélant plus « mauvais » encore qu’un Sweeney Todd qui était pourtant le plus dark des héros burtonien, tandis qu’une grande part des actions du vampire consiste à biffer de l’équation les membres de la famille les plus tristement humains. Même la diabolique Angélique, délicieuse Eva Green, trouve crédit à ses yeux et finit par devenir touchante lorsque sa coquille se brise (il ne nous avait pas fait ça aussi bien depuis Batman, le défi). Parce qu’ils ont beau être des monstres, des vrais, le génie de Burbank éprouve un amour sincère pour ses personnages et nous le fait partager sans rien policer. Comme à la belle époque, juste en plus affirmé.

La touche Burton finit alors de compléter le tableau, entre une réalisation exceptionnelle et une direction artistique à tomber par terre. Le premier plan évoque par exemple tout de suite la maestria de noirceur de Sweeney Todd et, pour sa part, la représentation de la ville côtière rappelle les thrillers insulaires du cinéma british avec un feeling gothique encore plus prononcé. Enfin, que serait Tim sans Johnny, son acteur fétiche (ce n’est pas innocent si son nom apparaît au générique sur le « ’cause I love you » du Night in White Satin de The Moody Blues) ? Son Barnabas de vampire est en tout cas aussi peu à sa place dans le contexte des 70′s que devait l’être Burton lui-même, et mister Depp continue ainsi encore et toujours d’incarner le double parfait du réalisateur. Il n’y a guère que la participation de Danny Elfman à se faire plus discrète qu’à l’accoutumée, la bande-son ayant beaucoup plus recours aux chansons que les précédents métrages car rarement le réalisateur n’avait à ce point désiré s’inscrire dans le réel, et plus encore dans une époque donnée.

Un peu comme si Burton avait pris toutes les qualités de son cinéma et se les réappropriait sous un nouveau jour, davantage enclin à visiter les extrêmes, Dark Shadows se pose donc comme étant à la fois plus sombre et plus humoristique que beaucoup de ses efforts passés, en particulier ceux de la dernière décennie. Serait-ce alors là le virage dans sa carrière que nous attendions désespérément ? Plus que jamais, nous avons envie de le croire. Et mieux, nous pouvons nous le permettre !

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Critique ciné : Le Prénom

8 mai, 2012

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Vincent se rend chez sa soeur Babou et son beau-frère pour un petit diner où les rejoignent Claude, un ami d’enfance discret, et plus tard Anna, son épouse enceinte de cinq mois. Vincent a d’ailleurs justement une surprise pour ses proches : lui et Anna ont enfin choisi le prénom de l’enfant, qu’il annonce l’air de rien. Mais cette simple petite confession va prendre des proportions ahurissantes et tandis que l’ambiance tourne au vinaigre, les squelettes sortent du placard

« Nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre »

Peut-être l’aurez-vous remarqué mais si en France on a parfois du talent, ce n’est pas souvent que nous avons des idées. Après s’être fait son petit succès sur les planches, Le Prénom est donc porté sur grand écran par ses créateurs originaux, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (plus connus pour les scripts de L’Immortel et The Prodigies), accompagnés pour l’occasion de l’équipe de comédiens originaux ou presque, Charles Berling venant jouer les remplaçants plus bankables. Jusqu’ici, pas de gros bouleversement ni de prise de risque. Et la suite abondera dans ce sens puisque, plus proche d’un Diner de cons que du Père Noël est une ordure, il s’agit clairement d’un simple portage.

Quel intérêt alors à une telle adaptation ? Qu’est-ce que le cinéma peut apporter de plus à la pièce, hormis une plus grande rentabilité ? Si l’on en croit les premières minutes conduites par un narrateur qui cachetonne en tant que guide à mi-temps dans Paris, juste une très forte inspiration louchant du côté du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, sans la fantaisie visuelle de Jean-Pierre Jeunet. Passé cela, on revient somme toute à du théâtre filmé tout ce qu’il y a de plus fonctionnel, efficace mais sans grande idée de mise en scène pour nous faire oublier l’unicité de lieu – si ce n’est un déplacement de l’action du salon à la salle à manger, puis inversement – ou le côté naturellement verbeux de la chose. Il ne faut pas oublier que de La Patellière s’attaque ici à son premier essai de réalisation tandis que Delaporte, après La Jungle en 2006, fait office de vétéran ayant encore tout à prouver. Le Prénom, plus qu’un coup de maître(s), ne peut ainsi se départir de l’impression de n’être qu’un coup d’essai. Un tour de chauffe.

Qui plus est, les possibilités limitées inhérentes au théâtre se transmettent ici à la version cinéma, l’intrigue ne s’écartant du texte original que pour des scénettes illustratives sans grand intérêt. Quant au scénario à proprement parler, avec son postulat des plus simples bien que riche de dérapages potentiels, il avance en fin de compte sur une piste particulièrement balisée où l’on voit aussi bien venir les rouages de l’histoire et révélations que certains gags, qui perdent alors inévitablement en efficacité. Sans réfléchir des masses, on peut d’ailleurs même trouver le prénom qui va semer la discorde et sur lequel repose pour beaucoup le mystère autour la promotion, c’est dire comme le duo d’auteurs ne cherche en rien à être surprenant. Et nous serons d’autant moins surpris que le clash entre les convives reste très sage, on s’en tient à la lessive du linge sale sur une note réaliste, où seul compte l’échange de bons mots entre des stéréotypes censés représenter la France actuelle. Pour ceux qui aiment être pris au dépourvu par une comédie, c’est un peu foiré.

Sa seule vrai force, Le Prénom la trouve ainsi dans la synergie entre les comédiens et l’aisance avec laquelle ils reprennent leurs rôles, comment ils parviennent à nous les rendre sympathiques bien qu’ils agissent souvent comme de gros cons (Patrick Bruel excelle en cela). Pas évident, tout comme il n’était pas gagné de faire en sorte que les engueulades sonnent vraies. Alors oui, ça peut sembler un poil léger. Mais rappelez-vous qu’ici nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre, et ça fait qu’il est nécessaire de revoir à la baisse ses attentes. N’hésitez surtout pas.

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Critique ciné : Avengers

2 mai, 2012

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Alors que nous le pensions perdu à jamais dans le vide de l’inter-univers, le diabolique Loki a en fait été récupéré par un mystérieux peuple qui lui offre de nouveaux pouvoirs et l’envoie sur Terre, où il va pouvoir exercer sa vengeance. Représentant une menace jamais vue pour notre planète, Nick Fury, le responsable du S.H.I.E.L.D., réactive alors un projet abandonné il y a des années et consistant en la réunion des plus grands super-héros. Nom de code : Avengers. Mais la collaboration entre ces êtres hors-du-commun va s’avérer presque aussi dangereuse que les hordes ennemies attendant de nous envahir

« C’est un joli exploit qu’a réussi Joss Whedon »

Ça y est, Marvel l’a fait. Là où la Warner Bros. et DC Comics se sont cassés les dents sur Justice League of America, la « boîte à idées » est en effet parvenue à concrétiser son projet de réunir tous les plus fameux héros maison (ou presque) dans un seul film, Avengers. La récompense d’une stratégie commerciale et artistique rondement menée, en droite lignée de la politique prévalant dans les comics. Il est vrai alors que ça ne s’est pas fait sans quelques accrocs – rappelez-vous la déconfiture de certains des derniers films – mais cela aura au moins eu le mérite de permettre la mise en chantier de ce crossover gargantuesque où pour une fois ce ne sont pas les méchants qui se multiplient, mais bien les super-slips. Iron Man, Thor, Hulk, Captain America… toute la smala est là en force ! Le risque étant bien sûr que tant de fortes personnalités regroupées dans une seule péloche viennent l’étouffer, tirant chacune à elle la couverture de l’intrigue. C’est là qu’entre en scène Joss Whedon.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, le sieur Whedon s’est fait avant tout connaître en créant la série Buffy contre les vampires après une première tentative (de triste mémoire) en long-métrage. Puis s’il a continué à oeuvrer pour la télévision avec des shows comme Firefly ou Dollhouse, il s’est aussi illustré quelque peu sur grand écran en signant les scripts du premier Toy Story et de Alien, la résurrection ou bien en adaptant sa série SF avec Serenity. Un parcours récompensé par une attention méritée et prouvant qu’il peut aisément passer d’un univers à l’autre mais malgré cela, on pouvait douter qu’il soit le plus qualifié pour un projet aussi maousse. Sans aller en effet jusqu’à un extrême tel que Kenneth Branagh débarquant sur Thor, sa nomination avait de quoi surprendre. Sauf que Whedon a pour lui, en plus d’une expérience bien commode de scénariste dans le monde des comics, de toujours choyer ses personnages. Et c’est en cela qu’il se révèle finalement un choix des plus judicieux.

On ne va pas se mentir cependant, Avengers comporte évidemment quelques blancs dans sa narration et on ne peut pas dire que tous les personnages soient vraiment traités à égalité : Iron Man reste le favori et cela finirait d’ailleurs par le desservir, car ses dialogues ne ressemblent quasiment plus qu’à une succession de vannes. Sans compter que les motivations des bad guys, Loki et de mystérieux méchants intergalactiques (restez pendant le générique de fin), demeurent des plus simplistes. Pourtant, l’ensemble fonctionne parce que personne n’est oublié grâce à la générosité du scénario (pour ne pas être noyé sous le flot d’informations, il est utile d’avoir vu les autres films ou de connaître un minimum la mythologie Marvel), dont l’histoire tourne toute entière autour de la création des Vengeurs et de la confrontation de leurs égos. Plus que de sauver le monde comme à l’accoutumée, il s’agit avant tout de se réunir pour le faire. Et cela va jusqu’au point où, pendant une grande partie du métrage, le danger ne vient pas de l’extérieur mais bien de certains membres du groupe ! Le traitement des personnages, leur évolution personnelle et celle de leurs relation, est ainsi ce qui nourrit directement l’intrigue.

Une telle ligne de conduite pourrait alors tuer le rythme à ceci près que le réalisateur / scénariste a eu la bonne idée de substituer certaines scènes de dialogues – qui auraient pu être longuettes, avouons-le – par de la bonne grosse baston. Oui, ici les super-héros se mettent sur la tronche entre eux, et méchamment encore ! Du pur régal pour geeks même si le film se garde bien d’établir clairement les rapports de force (faudrait pas se mettre à dos les fans de tel ou tel personnage), ce qui n’empêchera pas l’affrontement entre Tony Stark et le dieu du tonnerre d’enterrer toutes les scènes d’action regroupées de Iron Man 2. Tout ça nous conduit jusqu’à un climax apocalyptique qu’on aurait tôt fait de comparer à celui de Transformers 3 si on oubliait combien il est mieux structuré, et combien nous y sommes davantage impliqués. Rarement en effet l’adage « l’union fait la force » n’aura eu d’incarnation aussi galvanisante sur un écran, et Whedon s’avère décidément un réalisateur plein de ressources après le sympathique Serenity.

C’est donc un joli exploit qu’a réussi le papa de Buffy avec son Avengers, à savoir raconter une histoire « humainement » dense sans sacrifier au spectacle que nous sommes en droit d’attendre d’un blockbuster de ce calibre. Ça a l’air bête mais c’est une alchimie loin d’être facile à créer, que seuls peuvent atteindre des raconteurs d’histoire de sa stature. Il trouve même le moyen d’éviter les pièges dans lesquels commençaient à s’engluer les productions Marvel, jusqu’à l’humour au ras des pâquerettes, et ravive d’un coup notre intérêt pour ces adaptations. Définitivement alors, on peut le dire, l’union fait la vraie force. Mais il faut toujours quelqu’un de spécial autour de qui se réunir !

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